Rencontre avec Richard Hanna, chargé de mission interministérielle numérique écoresponsable

Témoignage

Publié le 07 février 2022 par Mission "Innovation publique"

La mission interministérielle Numérique écoresponsable pilotée par la DINUM et le ministère de la Transition écologique vise à réduire l’empreinte environnementale du numérique de l’administration publique. Ses actions s’intègrent dans une démarche plus large des Services Publics Ecoresponsables.

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Richard Hanna

Mission interministérielle numérique écoresponsable – qu’est-ce que c’est, quels sont les objectifs de cette mission ?



La mission a débuté en 2020 et est co-pilotée par la DINUM et le ministère de la Transition écologique. Elle s’articule autour de deux grands axes, l’établissement de guides, de méthodologies et de référentiels comme le Guide pratique pour des achats numériques responsables, le Référentiel Général d’écoconception de service numérique et prochainement le Guide des bonnes pratiques numérique responsable. La mission s’intéresse à des sujets comme : l’achat et la fabrication d’équipements, écoconception de services numériques, réemploi, gestion des déchets.

Le second axe est celui de la mise en œuvre de plan d’actions pour réduire l’empreinte environnementale du numérique, des activités numériques de l’Etat par la présence et l’action de correspondants au sein des ministères. La publication des plans d’actions ministères en février permettra de détailler les actions sur le sujet du numérique dans la démarche « Services publics écoresponsables » (qui traite de tous les sujets : la mobilité, le chauffage, l’alimentation mais aussi donc, le numérique). Il est important de montrer l’exemplarité de l’Etat, notamment par la documentation de la démarche pour un numérique plus responsable.

Présentation de la mission

Quel est l’impact du numérique sur l’environnement ? De quelles façons peut-on le mesurer ?



Beaucoup de fausses informations circulent sur l’empreinte environnementale du numérique. Les principaux impacts environnementaux du numérique est celui lié à l’extraction des matières premières et à la fabrication d’équipements. Le numérique est très consommateur en matières, en énergie pour extraire la matière, en eau et contribue à la pollution des sols par les activités minières. L’eau est un sujet de plus en plus important aussi quant au refroidissement des centres de données.

Pour réguler ces impacts du numérique sur l’environnement, il est nécessaire de réduire l’achat d’équipement, même s’il y a une injonction contradictoire de la part de l’Etat entre sa volonté de numériser davantage et celle de réduire l’impact de ses activités sur l’environnement.

Peut-on dire qu’aujourd’hui qu’un numérique plus responsable est devenu un objectif porté par les administrations et services publics ?



La mission interministérielle Numérique écoresponsable travaille d’abord sur le périmètre de l’Etat et de l’administration, et s’intéresse à la répercussion de l’achat des équipements, au développement des services numériques et à l’intégration des clauses environnementales et sociales qui s’adressent également aux prestataires.

Les administrations ont ce devoir d’être plus exemplaire et il est nécessaire de communiquer au plus grand nombre. La mission n’a pas pour essence de s’adresser directement au grand public ou au privé. Pour les agents publics le message est d’aller au-delà de la simple sensibilisation, au-delà des éco-gestes mais la principale cible reste bien l’administration en générale, très consommatrice en équipements informatiques.

Aujourd’hui les administrations doivent se mobiliser à l’achat reconditionné, veiller à la réduction du nombre d’écran, garantir l’achat responsable et éviter le gaspillage encadré par la loi anti-gaspillage de février 2020 qui oblige les administrations de s’équiper à hauteur de 20% de produits reconditionnés ou issu du recyclage.

De quoi parle-t-on lorsque l’on parle d’écoconception des services numériques ?

L’écoconception est une démarche qui vise à limiter ou à réduire les impacts environnementaux d’un service numérique. L’objectif de l’écoconception est de réduire la consommation des ressources informatiques et énergétiques et limiter la contribution à l’obsolescence des équipements.

Comment accompagnez-vous les services publics qui souhaitent intégrer l’écoconception dans leurs objectifs ? De quelle manière réussissez-vous à promouvoir une vision écoresponsable tout en intégrant les contraintes techniques et en préservant la qualité de l’expérience usager ?



L’accompagnement des services publics passent par le Référentiel général d’écoconception des services numériques (RGESN), la boîte à outils libres et open source et les formations. Au sujet des formations, on peut par exemple citer la formation sur l’écoconception des services numériques. L’objectif d’intégrer l’écoconception est de sensibiliser aux impacts du numérique, de permettre l’achat écoresponsable, d’utiliser des équipements plus durables grâce aux logiciels libres de droit qui garantissent la longévité des appareils.

Tous les ministères sont engagés dans ce processus. Chaque correspondant au sein des ministères anime ensuite son réseau de référents pour mettre en place les différentes actions permettant de promouvoir un numérique plus responsable : achat d’équipement, écoconception de services numériques, réemploi… La mission organise des ateliers thématiques permettant de monter en compétences sur des sujets pointus. Parmi ces ateliers nous aborderons des sujets comme le réemploi et le don des équipements fonctionnels, la traçabilité de l’approvisionnement en matériels informatiques, celui de l’effacement des données permettant le réemploi de disques durs, l’écoconception de services numériques, …

Quel peut-être l’apport des méthodes de design lorsqu’il s’agit de concevoir des services numériques écoresponsable ou de former des agents aux questions d’éco-responsabilité numérique ?



L’utilisation du design dans l’animation de nos ateliers est relativement faible pour l’instant mais c’est un outil qui pourrait venir se renforcer à l’avenir. A noter tout de même que nous échangeons régulièrement avec les designers en interne, le pôle Design de la DINUM mais aussi les designers transverses de Beta, Etalab ou des EIG, et avec les designers externes, l’association des Designers Ethiques, des designers experts en écoconception, etc.

Quels sont vos prochains objectifs et défis en termes d’écoconception de service numérique pour l’année 2022 ?



Les objectifs de la mission numérique écoresponsable n’est pas tant de favoriser un « achat responsable » mais bien de réduire les achats en allongeant la durée d’usage des équipements en les réemployant, en évitant le gaspillage, en agissant sur la déconnexion tout en apportant une meilleure réflexion sur les besoins des agents.

Une piste de réflexion est d’agir sur l’obsolescence des équipements en utilisant davantage les logiciels et les systèmes d’exploitation open sources pour éviter le renouvellement des appareils qui ne sont plus compatibles. Il s’agit de faire de l’Etat un acteur exemplaire dans l’utilisation de ces dits logiciels afin de mener de front l’ouverture des logiciels et la prise en compte des enjeux environnementaux.

Les grands challenges à venir seront de bien comprendre les actions qui ont vraiment de l’impact, que les « éco-gestes » individuels sont utiles à la sensibilisation mais peu suffisants pour un résultat d’envergure. Il s’agit aussi de mieux expliquer ce à quoi correspond l’écoconception des services numériques : ce n’est pas du design minimaliste mais bien une réflexion sur les besoins des utilisateurs et la façon la plus sobre d’y répondre. Un sujet intéressant à explorer sera de démonter par des exemples que l’écoconception est un allié des autres sujets majeurs de la conception de service numérique : accessibilité, sécurité, interopérabilité protection des données personnelles.

Quelques actions :

    • Identifier des correspondants et animer un réseau de référents.
    • Déployer une stratégie d’évaluation de l’empreinte environnementale des activités numériques : parc informatique, services numériques, centre de données, usage du Cloud...
    • Ne pas systématiser la fourniture d’un équipement professionnel supplémentaire si cela n’est pas nécessaire (téléphone professionnel, écran supplémentaire, …).
    • Mutualiser sous certaines conditions les équipements pour des usages professionnels et personnels.
    • Sensibiliser les agents aux impacts environnementaux du numérique et les bonnes pratiques qui ont de l’impact (à travers des MOOCs, des formations, des ateliers, intégration de support dans le kit de bienvenue des arrivants…).
    • Former à l’achat responsable (l’IGPDE par exemple propose des sessions à ce sujet).
    • Former à l’évaluation de l’empreinte environnementale du numérique notamment par l’analyse du cycle de vie.
    • Former à l’écoconception de service numérique.
    • Privilégier les achats durables et réparables, par exemple en tenant compte des écolabels et de l’indice de réparabilité des équipements.
    • Achat d’équipements reconditionnés ou contenant des matériaux recyclés.
    • Intégrer des clauses environnementales et sociales dans les achats de matériels, de prestations intellectuelles, de logiciels ou d’hébergement.
    • S'assurer de la traçabilité, des conditions sociales et environnementales de la production des équipements.
    • Envisager la location fonctionnelle d'équipements dans certaines conditions.
    • Intégrer le Référentiel général d’écoconception dans les clauses techniques de la commande sur des projets-pilotes.
    • Expérimenter le Référentiel général d’écoconception sur des projets-pilotes réalisés en interne.
    • S’engager dans la mise en œuvre du Code de Conduite européen pour les centres de données.
    • Privilégier les hébergements mettant en œuvre le Code de Conduite européen pour les centres de données.
    • Connaitre et réduire les PUE, WUE ou CUE des centres de données (Power, Water et Carbon Usage Effectiveness).
    • Auditer l’infrastructure et décommissionner les applications obsolètes ou non utilisées.
    • Connaître l’inventaire et la durée de vie du parc informatique.
    • Mettre à jour les équipements au lieu de les remplacer.
    • Réemployer les matériels en interne.
    • Allonger la durée d’usage des équipements.
    • Don aux agents ou à des associations afin de favoriser le réemploi des matériels fonctionnels (notamment via la plateforme de la DNID).
    • Favoriser la remise en état du matériel fonctionnel via un établissement de l'économie sociale et solidaire.
    • S’assurer du recyclage de tous les équipements non fonctionnels et tous les consommables en passant par un éco-organisme agréé.

Les actions à venir pour un service public numérique écoresponsable :

  • Guide des bonnes pratiques numérique responsable (à venir début 2022)
  • Les plans d’actions des ministères

Tous les travaux de la mission sont publiés sur :

ecoresponsable.numerique.gouv.fr

Sources :