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S'inspirer pour transformer

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La transfo’ publique au temps du confinement #Episode 4
27.05.20

La crise sanitaire liée à l’épidémie de  Covid-19 a impacté en profondeur certains projets de transformation publique. Loin de s’avouer vaincus, les agents en charge de ces projets ont su changer de pied, parfois dans l’urgence, se faire confiance et donner une toute autre direction à leurs démarches au service des usagers ou des citoyens. Audace, imagination, sens de l’intérêt général… dans le cadre de notre série "La transfo’ publique au temps du confinement", nous donnons la parole aux agents de l’État engagés - d’abord malgré eux puis avec ardeur et conviction - dans cette drôle d’aventure !

Romain Tales, responsable du recensement des données publiques à Etalab.

 

Quelle est votre mission habituelle ? Dans quel cadre travaillez-vous ?

Je suis responsable du pôle ouverture et circulation des données au sein du département Etalab de la Direction interministérielle du numérique (DINUM) et chef de mission DATA dans le cadre du programme d’accélération tech.gouv initié en 2019 par la DINUM. Je suis agent contractuel au sein d’Etalab depuis février 2011 (date de création de la mission)

Dans quelle action êtes-vous engagé pendant cette phase de confinement ?

Dans cette phase de confinement, j’ai bien évidemment porté le "business as usual" concernant l’open data, l’évolution des produits permettant de faciliter la circulation des données (Signup, api.gouv.fr, api particulier, api entreprise) ainsi que le suivi et la mise en œuvre du "Dites-le-nous une fois" dans les administrations.
Toutefois, j’ai rapidement été amené à travailler sur deux sujets phares en matière de transparence de l’action publique à savoir : le tableau de bord relatif au COVID-19 disponible sur gouvernement.fr ainsi que le tableau de bord des aides aux entreprises.

Quelle est l'ambition derrière cette plateforme ?

Compte tenu du nombre importants de moyens mis en œuvre par le gouvernement et notamment les ministères économiques et financiers afin d’accompagner les entreprises en difficultés, il était primordial pour MM. Lemaire et Darmanin de donner un maximum de visibilité sur les différentes aides attribuées, leurs caractéristiques, leurs montants ainsi que leur répartition géographique.

J’ai souhaité m’investir sur le projet de tableau de bord des aides aux entreprises car j’avais été précédemment impliqué sur un projet d’attribution des aides relatives au fond de solidarité à destination des TPE/PME et la transmission des données avait déjà été identifiée comme un élément clé afin d’assurer un suivi sur l’attribution des aides. De ce suivi est né l’idée de la conception d’un tableau de bord grand public permettant de mettre en lumière les mesures du Gouvernement en faveur des entreprises. L’ambition n’étant en effet pas de s’arrêter au seul fonds de solidarité mais bien de tendre vers l’exhaustivité des aides attribuées par le gouvernement.

Avec qui travaillez-vous au quotidien sur ce projet ?

Le projet est mis en œuvre techniquement et fonctionnellement par une équipe de 4 personnes placées au sein d’Etalab. Le cabinet du ministre de l’action et des comptes publics échange régulièrement avec le directeur de la DINUM sur les grandes orientations stratégiques. J’échange pour ma part directement avec les administrations productrices de données parmi lesquelles figurent la Direction générale des finances publiques (reports d’échéance et fonds de solidarité), la Direction générale du Trésor (prêts garantis Etat), la Direction de l'animation, de la recherche, des études et des statistiques (DARES) (activité partielle) ainsi que l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (ACOSS) (aides exceptionnelles versées aux artisans, commerçants).

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans le "mode de faire" mis en place pour avancer dans la mission collective que vous accomplissez vous et les autres agents embarqués ?

Ce qui m’a le plus surpris est la rapidité avec laquelle le produit a été développé…en l’espace de 2 semaines, nous avons construit un tableau de bord permettant de restituer les aides aux entreprises qui expose les données relatives au fonds de solidarité sous forme cartographique et graphique (histogrammes). Un grand bravo à l’équipe qui a fait un boulot exceptionnel…

Quelles sont les nouvelles méthodes, approches ou solutions que la crise du Covid-19 ont accéléré ou fait changer dans votre travail ?

Le contexte de crise sanitaire a créé une nécessaire rapidité dans la réalisation des projets surtout sur la phase de conception du POC (ndlr: proof of concept)…nous avons pour habitude de travailler en mode AGILE avec des produits qui évoluent en permanence afin de répondre au mieux aux besoins des utilisateurs mais le temps de développement d’une première version peut parfois prendre un peu de temps. Dans ce cas précis, le temps de développement du POC a été raccourcis afin de proposer au cabinet de M. Darmanin un aperçu rapide du tableau de bord !

Un deuxième éléments majeur qui ne porte pas forcément sur la méthode mais plutôt sur la manière de valoriser les politiques publiques mises en œuvre. Bien que nous disposions en France d’un cadre légal ambitieux en matière d’open data, de nombreuses administrations n’ont pas encore passé le pas et ne positionnent pas ce sujet comme une priorité. La crise sanitaire nous a montré que l’utilisation des données publiques était non seulement un vecteur de transparence permettant à l’administration de mettre en lumière le travail accompli mais aussi un vecteur d’efficacité permettant aux administrations d’avoir une meilleure visibilité sur l’impact des mesures prises.

L'agilité et l'open data ont plus que jamais démontré leur utilité durant cette crise ?

L’agilité fait déjà partie des méthodes de travail intégrées au sein de l’administration. Je ne conseillerais toutefois pas de pérenniser le développement de POC dans des délais aussi courts, car cela est générateur de stress et peut conduire à des erreurs dans le conception d’un produit.
Toutefois, concernant l’utilisation de l’open data comme un moyen de valoriser les politiques publiques et l’utilisation des données plus sensibles comme un vecteur d’efficacité dans la mise en œuvre des politiques publiques, oui il faut pérenniser ce genre de pratiques.

 La crise du Covid-19 a-t-elle changé votre regard sur le rôle du Service Public ?

Je travaille depuis bientôt 10 ans dans le service public et cette crise sanitaire n’a fait que me confirmer le regard que j’en avais… un collectif au service de l’intérêt général.

 En tant que professionnel et agent public, sortirez-vous changé de cette période ?

Cette période a changé beaucoup de choses pour bon nombre d’agents publics. Je pense que le fait de travailler en confinement a été le plus gros révélateur sur notre capacité à être efficace tout en travaillant à distance.