Les laboratoires interministériels d'innovation de l'État au service de la simplification  et de la transformation de l'action publique

Vidéo Publié le 20 novembre 2024 · Mise à jour le 23 juillet 2026

  • Innovation publique

Revivez en replay le 11e "Rendez-vous de la DITP" qui s'est tenu le 14 novembre 2024, un temps d'échange mensuel et interactif, sur les laboratoires interministériels d'innovation de l'État.

Les laboratoires interministériels d'innovation de l'État au service de la simplification et de la transformation de l'action publique

[Replay] Les laboratoires interministériels d'innovation de l’État

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Bonjour à tous et bienvenue sur Acteur Public TV. C'est la 11e édition de ces rendez-vous de la DITP. Merci à vous de nous suivre. On s'arrête aujourd'hui sur les Lab’Oratoires interministériels d'innovation territoriale. Ils ont été lancés en 2016 et, en quelques années, ils ont démontré leur expertise dans des domaines très variés : le design de services, le coaching de projets, la facilitation ou encore la participation citoyenne. Le tout au service des territoires avec une offre adaptée aux spécificités de chaque collectivité.

Alors, beaucoup de questions aujourd'hui. Quels sont les projets portés ? Quelles sont les méthodes à retenir ? Quels impacts ont ces Lab’Oratoires sur l'action publique ? Est-ce que l'objectif de favoriser la prise de risque est atteint ? Quelles perspectives pour 2025 ? Pour répondre à toutes ces questions, nous allons aller, au cours de cette heure et demie de rendez-vous de la DITP, dans les Hauts-de-France, en Bretagne, en Pays de la Loire et aussi en Occitanie avec quatre Lab’Oratoires parmi les 16 existants aujourd'hui. Quatre intervenants que vous retrouverez dans quelques minutes : Julie Gardé, qui est la responsable d'État’LIN, le Lab’Oratoire d'innovation publique de l'État en Pays de la Loire ; Julien Kounowski, chargé de mission innovation publique, modernisation et développement des usages numériques au Ti Lab en Bretagne ; Christophe Trouillard, responsable du service appui à l'innovation des politiques publiques au SII Lab dans les Hauts-de-France ; et puis Alice Vilcot-Dutarte, qui est ingénieure élève du corps des Mines, ancienne conseillère du préfet de la région Occitanie, qui a été responsable du Lab’O, notamment en région Occitanie.

Mais pour lancer cette 11e édition des rendez-vous de la DITP, nous accueillons d'abord Grégoire Tirot. Bonjour.

[Grégoire Tirot, Chef de service Innovation et Participation citoyenne à la DITP]
Bonjour.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Merci d'être avec nous sur le plateau d'Acteur Public TV. Vous êtes chef du service innovation et participation citoyenne à la DITP. On va donc parler pendant cette heure et demie des Lab’Oratoires d'innovation de l'État. Dans quel contexte, rappelez-nous, avaient d'abord été lancés ces Lab’Oratoires interministériels d'innovation territoriale ? C'était en 2016.

[Grégoire Tirot, Chef de service Innovation et Participation citoyenne à la DITP]
Oui, c'est une histoire plutôt récente. Ça fait seulement 8 ans qu'on a ces Lab’Oratoires interministériels. L'idée en 2016, avec un financement du plan Investissement d'avenir, c'était d'essayer de transformer la manière de construire l'action publique et de se dire : "On va essayer de construire des projets avec une méthode différente". On part du terrain, on part des problèmes, on part des spécificités de chaque territoire et on va essayer de trouver des solutions plutôt que de déployer des solutions ou des projets prédéfinis. Et donc, c'est cette volonté-là qui a incarné le lancement de ces labs, donc des projets à l'échelle du territoire construits avec une méthode et des compétences nouvelles.

Et aujourd'hui, on est très heureux puisqu'on a 16 Lab’Oratoires. C'est nouveau, donc ce sont des structures qui cherchent toujours un petit peu leur place dans un univers qui n'est pas habitué à l'innovation. Mais en tout cas, je trouve qu'on a de beaux succès aujourd'hui et on pourra les voir un peu plus tard au cours de la prochaine table ronde.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Exactement. On va aller voir et en parler longuement tout à l'heure. Quels sont les grands objectifs de ces Lab’Oratoires ?

[Grégoire Tirot, Chef de service Innovation et Participation citoyenne à la DITP]
Alors le premier objectif, c'est un objectif opérationnel : c'est proposer des solutions à l'échelle du terrain pour répondre à des problèmes qui remontent du terrain et répondre aux besoins des citoyens et des agents, et d'avoir des solutions robustes, frugales, qui fonctionnent. Ça, c'est le premier objectif.

Derrière ça, en fait, il y a aussi une volonté d'internaliser des compétences au sein de l'administration qui, sinon, n'existeraient que dans le secteur privé. Donc il y a aussi une idée de se rendre autonome pour un certain nombre de capacités. Derrière la capacité opérationnelle, il y a aussi une volonté plus transversale d'essayer de casser les silos administratifs. Un Lab’Oratoire, c'est un lieu, c'est un creuset dans lequel on va trouver des compétences différentes, mais aussi de faire travailler des administrations ensemble et de créer de la synergie, de l'unité, puisqu'on sait que globalement aujourd'hui, pour un citoyen, les structures administratives ne font pas sens. Ce qui est important, c'est la politique publique et le résultat, le service public.

Le troisième objectif à la naissance de ces Lab’Oratoires, c'était de montrer qu'on pouvait innover au sein de l'action publique, ce qui n'était pas évident en soi il y a une dizaine d'années, et je crois qu'on a fait la preuve qu'on pouvait le faire. Et aujourd'hui, on passe à une nouvelle étape. Je dirais que c'est innover pour transformer, et pas simplement innover pour montrer qu'on sait innover, et donc d'être en capacité d'avoir une offre de service pour réussir à mettre en œuvre les priorités du gouvernement. Et je pense que quand on aura multiplié les projets qui répondent aux priorités du gouvernement, aux priorités et aux enjeux qui parlent aux citoyens, on aura montré que l'innovation est une force de transformation à l'échelle du pays. Voilà un petit peu quelles sont les grandes priorités et les grands objectifs.

Et pour ce faire, pour qu'on réussisse, il faut que dans chaque lab on trouve au moins quatre compétences : une compétence en intelligence collective et facilitation (comment on met des gens différents, qui parlent différemment avec des langages différents, des points de vue différents autour d'une table, et qu'on arrive à construire un diagnostic partagé et éventuellement une solution commune). On a aussi besoin d'accompagner les porteurs de projet parce qu'on ne sait pas forcément nativement, quand on est fonctionnaire ou agent public, mener un projet. Donc, on a besoin d'aide, d'accompagnement, notamment en termes de méthode. On a besoin aussi de design de services pour bien construire des dispositifs qui fonctionnent, qui parlent aux citoyens. Et on a besoin aussi de participation citoyenne, c'est-à-dire d'intégrer la parole des citoyens au moment de construire une action publique qui les concerne.

Voilà un petit peu les grandes compétences et objectifs. Et à la fin, j'ai envie de dire que l'objectif final, une fois qu'on se dit tout ça (et là je renvoie au fameux MindLab, qui était le Lab’Oratoire d'innovation publique danois), c'est qu'à la fin, si on a réussi, on n'aura plus besoin de labs, puisqu'en quelque sorte l'administration aura intégré toutes ces compétences qu'on a au sein des labs, toutes ces méthodes. Et donc, les Lab’Oratoires se seront quelque part dissous dans l'administration. Donc c'est ça le but final, mais on a encore un petit peu de temps.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Il y a un peu de marge, il y a un peu de marge encore. Mais quelle a été l'évolution quand même entre 2016, donc la création de ces labs, et aujourd'hui 2024 ? Comment ont évolué ces Lab’Oratoires ?

[Grégoire Tirot, Chef de service Innovation et Participation citoyenne à la DITP]
Alors, ces Lab’Oratoires, déjà, ils ont évolué en termes de capacité, puisque au départ ces Lab’Oratoires interministériels reposaient souvent sur une personne, peut-être deux personnes. Il suffisait qu'une personne s'en aille pour devoir recommencer, reconstruire la structure. Donc aujourd'hui, nous, ce qu'on a essayé de faire, c'est d'essayer de solidifier, de pérenniser ces structures et de leur donner plus de moyens. Et aujourd'hui, entre effectivement les premiers recrutements et ceux qu'on a pu réaliser cette année, on arrive à 16 structures, 16 Lab’Oratoires, et plus de 80 personnes dédiées à l'innovation publique dans les territoires.

Mais ce que je voudrais dire aussi, c'est que l'on parle des Lab’Oratoires interministériels territoriaux, mais il y a aussi un vaisseau amiral quelque part, qui vient animer, aider à structurer et donner du lien entre ces Lab’Oratoires, qui est le lieu de la transformation publique. C'est le Lab’Oratoire d'innovation de la direction interministérielle de la transformation publique, qui essaie de faire effectivement le lien, la synergie, et qui accueille plus de 20 000 personnes par an à Paris avec 700 m² dédiés également à l'innovation publique.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
On va en parler, justement, des synergies possibles entre les différents Lab’Oratoires et les remontées d'expérience aussi tout au long de cette matinée. Combien de projets ont été lancés d'abord, et puis quel type de projets vous paraissent les plus exemplaires, les plus pertinents ?

[Grégoire Tirot, Chef de service Innovation et Participation citoyenne à la DITP]
Alors, on a fait le décompte pour l'émission et, d'après les déclarations de nos Lab’Oratoires, on serait à plus de 190 projets qui ont été lancés, entamés ou achevés au cours de cette année.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Ce qui est juste sur 2024 ? Juste sur 2024, ouais.

[Grégoire Tirot, Chef de service Innovation et Participation citoyenne à la DITP]
Juste sur l'année 2024. Et si on doit prendre quelques grandes catégories, on a des projets très intéressants en matière de design de services et qui aident beaucoup les préfectures. Alors, je pense notamment à tout ce qui est accueil des étrangers, et il y a un exemple intéressant qui est la refonte des services d'accueil de l'asile. Généralement, quand vous faites une demande, il y a trois administrations qu'il faut voir dans trois endroits différents. Là, l'idée, c'est de les recouper pour faire du tout-en-un. Et donc, c'est ce projet qu'on a aidé à accompagner, qui a été porté par le Lab’O en Occitanie, qui est très intéressant et qui permet de fluidifier et rendre l'expérience plus simple pour le demandeur, mais aussi pour les administrations qui peuvent travailler et échanger les informations plus facilement.

Il y a aussi des projets en participation citoyenne qui sont très intéressants. Par exemple, dans les Hauts-de-France, le SII Lab accompagne un projet de participation citoyenne qui vise à construire un projet de résilience du territoire du Pas-de-Calais qui a connu de fortes inondations, en associant l'ensemble des parties prenantes, donc les citoyens, mais aussi les agriculteurs, tous ceux qui ont un usage du terrain, les élus, les entreprises.

On a aussi un autre projet, un lab qui est quasiment un lab de coconstruction et de participation citoyenne qui est à Istres, l'InLab Istres-Fos. Il est très intéressant parce que l'idée est d'associer l'ensemble des parties prenantes, des habitants et des acteurs d'un territoire qui est l'étang de Berre. C'est une zone industrielle parmi les plus importantes en Europe, avec une ville aussi avec beaucoup d'habitants autour, et puis cet étang qui est à protéger. Donc, comment on concilie la nécessité d'assurer la transition écologique sans sacrifier l'industrie ? Depuis 2 ans, ce Lab’Oratoire essaie de dessiner avec l'ensemble des acteurs déjà un diagnostic, en conviant des scientifiques, en discutant, et à partir de là de se donner une vision, un objectif, des moyens et un chemin pour atteindre cette vision.

Et puis l'autre chose qui est intéressante aussi qu'on trouve au sein de ces Lab’Oratoires, c'est qu'ils deviennent de plus en plus des formes d'incubateurs de projets. L'idée, c'est de lancer des appels à projets et de se dire : "Voilà, vous avez une idée, lancez-vous, quelque part comme un intrapreneur." Et donc le Lab’Oratoire va vous accueillir et porter votre projet, vous accompagner, vous donner de bons conseils sur plusieurs mois, voire une année, et aider à développer cette culture de l'innovation en mode projet. Donc je sais que demain on ira à Nantes pour l'incubateur porté par État’LIN, le Lab’Oratoire des Pays de la Loire. La Fabrique RH, qui est le Lab’Oratoire d'Île-de-France, fait également ce type d'incubateur. Donc ce sont des choses intéressantes, et voici les principaux exemples que je pouvais vous partager.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors vous avez parlé tout à l'heure du lieu de la transformation publique qui se trouve à Paris. Comment, justement, la DITP accompagne ces 16 Lab’Oratoires ?

[Grégoire Tirot, Chef de service Innovation et Participation citoyenne à la DITP]
Alors, au départ, on était essentiellement dans une forme d'animation, d'accompagnement financier, et avec la place plus importante que prenait l'innovation, le comité interministériel de la transformation publique du premier semestre 2023 a demandé à donner mandat à la DITP de passer d'un mode d'animation à plutôt de pilotage, et pour ce faire, a octroyé des moyens supplémentaires en direction et dédiés aux Lab’Oratoires interministériels.

Et donc aujourd'hui, on a réussi à obtenir un budget de fonctionnement, puisqu'avant les Lab’Oratoires ne fonctionnaient qu'avec des appels à projets et donc quand l'appel à projets se finissait, il n'y avait plus de moyens. Donc un budget de fonctionnement, et surtout 25 emplois qu'on vient de recruter entre septembre et décembre, répartis dans l'ensemble de ces 16 Lab’Oratoires. Beaucoup de designers, mais aussi on a quelques compétences un peu nouvelles en excellence opérationnelle. On a quelqu'un en Bretagne qui va être plutôt chargé de produits numériques, c'est-à-dire comment on passe d'un produit qui marche à toute petite échelle sur mon ordinateur à un produit qu'on va diffuser. Et on a aussi créé un guichet d'innovation territoriale qui permet de cofinancer ces projets.

Voilà, donc aujourd'hui on a plus de 80 personnes qui travaillent dans ces Lab’Oratoires, dont ces 25 emplois qu'on vient de recruter en dur, et aussi une vingtaine d'autres que la DITP finance, des contrats courts qu'on rembourse pour pouvoir intégrer sur des projets plus courts des compétences qu'on n'a pas nativement au sein de l'administration.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors, c'est le titre de cet atelier, de ce webinaire. Aujourd'hui, on parle de simplification, de transformation. Comment vous estimez que ces Lab’Oratoires interministériels d'innovation montrent bien la volonté, ou sont des applications très concrètes de cette volonté de simplification et de transformation ?

[Grégoire Tirot, Chef de service Innovation et Participation citoyenne à la DITP]
Alors, je pense que les labs, déjà via la méthode, incarnent même cette volonté de simplification sans le dire, parce que le fait même que l'on parte des problèmes concrets, qu'on comprenne bien quel est le problème concret et pas d'une solution prédéfinie, aboutit à une méthode, à des résultats en tout cas qui sont beaucoup plus efficaces, et donc à plus de simplicité.

Si je prends les trois grands piliers de cette méthode portée par le Lab’Oratoire interministériel, on est dans l'idée d'abord de comprendre l'humain. C'est le premier pilier, c'est-à-dire que l'on va essayer de voir comment fonctionne réellement le cerveau humain ou l'être humain en interaction. Et ça, les sciences comportementales ou le design nous aident beaucoup. Et donc on fait des choses qui fonctionnent mieux en prenant en compte le fonctionnement du cerveau humain. Donc ça, c'est la première chose.

La deuxième chose qui fait que ça marche, et donc c'est plus simple, c'est qu'on travaille en mode coconstruction. Ce n'est pas une solution purement descendante qui s'impose au terrain, elle est coconstruite, elle est pensée avec l'ensemble des acteurs et des parties prenantes. Donc on peut penser que ça répond davantage aux besoins.

Et le troisième pilier, c'est qu'avant de déployer, de s'arrêter ou de décider que cette proposition est la solution, on va l'expérimenter, on va tester de manière itérative. Et donc ces allers-retours font en sorte que la solution va être robuste, bien construite et donc efficace, et donc par nature, elle sera simple.

Après, j'ai bien conscience qu'on est dans un monde où il y a beaucoup de choses qui existaient, qui ont été construites avant l'existence des labs. Et donc aujourd'hui, l'enjeu, c'est effectivement de savoir comment les Lab’Oratoires interministériels pourront accompagner cette volonté de simplification qui est très forte. On le voit bien, on en entend parler. Et donc, le ministre Guillaume Kasbarian l'a annoncé la semaine dernière au moment du lancement de la 11e édition du mois de l'innovation publique, puisque le mois de novembre est dédié depuis 11 ans à l'innovation publique. Il a annoncé qu'on ferait des simplifications dans chaque département avec l'idée de donner la parole aux agents, peut-être aussi également aux citoyens selon des modalités à définir, pour essayer de faire remonter des demandes, des besoins de simplification à partir du terrain. Et bien sûr, les Lab’Oratoires interministériels seront au cœur de ce dispositif.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors juste avant, vous parliez de perspectives pour 2025. Quels sont les grands enjeux pour ces Lab’Oratoires interministériels d'innovation territoriale ? On s'approche des 10 ans de création. On en est à 8 ans.

[Grégoire Tirot, Chef de service Innovation et Participation citoyenne à la DITP]
Alors, effectivement, il y a un enjeu de passage à l'échelle. Donc, premièrement, il y a l'enjeu de simplification que je viens d'évoquer. Il y a un enjeu aussi d'avoir des projets qui sont impactants. Et donc on va travailler collectivement pour essayer de développer des outils qui intègrent mieux la notion d'évaluation et d'impact des projets innovants, pour montrer qu'ils transforment réellement, qu'il y a des résultats. Et donc ça, ce sera un enjeu : porter des projets en intégrant mieux cette dimension de l'impact et de l'évaluation, et de montrer aussi ce qui marche, et de capitaliser aussi sur ce qui marche.

La troisième priorité, avec la simplification et l'évaluation, c'est aussi de davantage incuber, de porter cette notion d'incubation de projets. Donc, j'ai évoqué ces deux Lab’Oratoires interministériels régionaux qui en réalisent. J'aimerais bien qu'on le fasse aussi au lieu de la transformation publique, qu'on ait une fonction non pas seulement de fabrication de la transformation publique, mais aussi d'incubation en résidence de projets pendant une durée déterminée. Et donc, notamment, des projets qui soient davantage centrés sur des priorités politiques du gouvernement. Donc ça, c'est quelque chose d'important.

La quatrième priorité, ce serait aussi de faire davantage des Lab’Oratoires des hubs de diffusion des compétences innovantes, via notamment un programme qu'on va lancer dans 15 jours qui s'appelle le Campus de la transformation publique. Il intègre un certain nombre de modules de formation aux méthodes et aux compétences innovantes et, j'espère, sera très porteur de diffusion de ces formations. Les Lab’Oratoires seront là pour pouvoir capitaliser sur ce contenu.

Et enfin, cinquième priorité : une fois qu'on a fait des projets, qu'on les a évalués, qu'on voit leur valeur ajoutée, eh bien il faut communiquer, montrer aux Français, montrer à la presse, aux journalistes que ces projets d'innovation changent les choses, transforment, ont des résultats, de l'impact. Et on va essayer de valoriser chaque mois en communication des projets, et puis aussi pour mieux valoriser l'innovation et la transformation publique. C'était la seconde annonce faite par le ministre Guillaume Kasbarian la semaine dernière : on va lancer des prix de la transformation publique. Une dizaine de prix pour valoriser ceux qui font l'effort de prendre des risques, de tester, d'innover, peut-être aussi de rater, mais de transformer l'action publique. Et je trouve qu'effectivement, ces prix permettraient de mettre en valeur ces actions et aussi ceux qui portent cette dynamique de transformation.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Merci beaucoup Grégoire Tirot d'avoir été avec nous sur le plateau d'Acteur Public pour débuter donc cette matinée consacrée aux Lab’Oratoires interministériels d'innovation territoriale. On va continuer à en parler pendant toute cette matinée jusqu'à 11h avec nos quatre prochains intervenants. Merci Grégoire Tirot d'avoir été avec nous. Bonjour.

Donc, si vous nous suivez pour ce 11e rendez-vous de la DITP sur Acteur Public TV, on s'arrête donc aujourd'hui sur les Lab’Oratoires interministériels d'innovation territoriale. Ils ont été lancés en 2016 et ils ont montré en quelques années leur expertise dans des domaines très variés : le design de services, le coaching de projets, la facilitation ou la participation citoyenne. On vient d'en parler longuement avec Grégoire Tirot, le tout au service des territoires avec, on va le voir, une offre adaptée à chaque spécificité de chaque collectivité.

Quels sont les projets portés ? Quelles sont les méthodes à retenir ? Et surtout, quel impact ont ces Lab’Oratoires sur l'action publique ? Est-ce que l'objectif aussi de favoriser la prise de risque est atteint ? Et puis on verra les perspectives pour 2025. Pour répondre à toutes ces questions, je vous présente donc nos quatre nouveaux intervenants qui ont pris place. D'abord Julie Gardé, bonjour. Vous êtes responsable d'État’LIN, le Lab’Oratoire d'innovation publique de l'État en Pays de la Loire. Merci d'être avec nous. Julien Kounowski, vous êtes chargé de mission innovation publique, modernisation et développement des usages numériques au Ti Lab en Bretagne. Bonjour.

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Bonjour et merci.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Christophe Trouillard, vous êtes responsable du service appui à l'innovation des politiques publiques au SII Lab dans les Hauts-de-France. Merci d'être avec nous. Et puis Alice Vilcot-Dutarte, bonjour. Vous êtes ingénieure élève du corps des Mines, ancienne conseillère du préfet de la région Occitanie, et vous avez donc été responsable du Lab’O. N'hésitez pas à prendre le micro, vous avez piloté le projet du centre d'excellence robotique. Merci également d'être avec nous.

On va commencer avec vous d'abord pour faire un petit tour de table, mais on va revenir aussi très longuement sur les quatre expériences de vos quatre Lab’Oratoires. Mais d'abord un petit mot de chacun : en quoi les Lab’Oratoires d'innovation dont on va parler ce matin sont devenus, d'après vous, des partenaires privilégiés pour les services publics territoriaux, Alice Vilcot-Dutarte ?

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Ce sont des partenaires privilégiés, à mon avis, parce qu'en fait ils connaissent leur territoire, ils sont en proximité des agents. L'innovation publique ne se fait pas en chambre, ne se fait pas à Paris, elle se fait en fait dans chaque territoire, et je pense que c'est ça aujourd'hui la force des labs.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Très bien. Juste un mot pour vous qui nous regardez, je rappelle que vous pouvez poser vos questions à nos quatre intervenants via le Livestorm sur lequel vous êtes probablement connectés en train de nous regarder, dans la rubrique questions. N'hésitez pas donc à nous poser vos questions sur la rubrique questions, je précise, pas dans le chat. Mais il y a quand même une question que je vois là : est-il possible de visualiser ce webinaire ultérieurement ? Réponse, évidemment, oui, vous pourrez revoir en replay les différentes interventions de ce matin. On continue ce tour de table avec vous Julie Gardé, sur l'intérêt de ces Lab’Oratoires comme partenaires des collectivités, des territoires.

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Oui, bah je rejoins ce qu'a dit Alice évidemment, sur le fait qu'on soit en proximité dans les territoires, au plus près des services de l'État. Et puis je dirais aussi qu'on a un vrai rôle de facilitateur pour les services et pour les accompagner dans leurs projets de transformation, et donc on leur apporte des méthodes et des outils qu'ils n'ont pas encore forcément aujourd'hui, et on les acculture à l'innovation. Et ça permet d'accélérer leur processus de transformation publique et d'améliorer la qualité de service public et leurs missions au quotidien.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Julien Kounowski,

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Je rejoins forcément ce que les collègues ont dit. On a cet enjeu de proximité, de déconcentration, donc au plus proche des services. J'oserais même dire : l'intelligence vient des territoires, les usagers sont sur les territoires. Donc, tous les ingrédients sont réunis en tout cas pour que, au niveau le plus local possible, au plus proche, on va dire, de l'action publique, on trouve les meilleures solutions, on expérimente, et bien, on produise des changements, des transformations bénéfiques pour tout le monde.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Même question Christophe Trouillard.

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Moi, je rajouterais qu'en fait, on crée des partenariats parce qu'on a un recours, on a un recours local identifié qui permet à ces services de se dire qu'ils vont trouver les moyens et les méthodes pour régler leurs problèmes, soit du très, très quotidien de professionnels, ou même autour de leurs politiques publiques.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Merci beaucoup. On va commencer donc, on va prendre la direction de l'Occitanie avec Alice Vilcot-Dutarte. Donc vous avez été la responsable du Lab’O et vous avez notamment travaillé sur ce projet de centre d'excellence robotique qui s'appelle Robot'O. Comment s'inscrit ce projet au sein du Lab’O ?

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Alors, Robot'O, on ne s'est pas réveillés un matin en se disant qu'on allait faire des robots. Et alors certains diront que c'est un abus de langage. En effet, c'est un abus de langage, on ne fait pas des robots, on fait des automates informatiques. On en parlera un peu plus tard. Et en fait, cette idée d'utiliser cette technologie, elle est simplement venue du besoin. On n'est pas arrivés par la solution. On avait des agents qui avaient besoin d'appui dans la dématérialisation, c'est-à-dire qu'ils continuaient à faire l'interface entre différents systèmes informatiques et à faire cette saisie de données, parfois dans des temps records parce que c'était une actualité, il fallait très vite saisir des données.

Et la première expérimentation, elle a eu lieu au moment du Brexit, où il y a eu beaucoup de saisies de données des ressortissants anglais qui devaient du coup engager des démarches, et on a testé l'automatisation d'abord sur un outil un peu ancestral du ministère de l'Intérieur. On ne pensait pas que ça marcherait, c'était une interface noire avec les petits tirets blancs, et en fait ça a marché. Et progressivement, on s'est rendu compte qu'il y avait un intérêt, un besoin, justement, d'alléger la charge des agents, et particulièrement sur tous les processus sur lesquels en fait ils n'ont aucune valeur ajoutée.

Et petit à petit, chemin faisant, on s'est dit que ça serait peut-être bien qu'on ait les compétences en interne pour faire ça. Puisque, depuis le début, on se faisait accompagner par des experts du privé, des gens qui nous accompagnaient dans le cadre de la dématérialisation. Et pour être plus agiles, on s'est dit : "Mais et si on faisait ça en propre ?" Et les services ont répondu présent, ils ont dit : "Ben nous, on aimerait bien pouvoir proposer ça à nos équipes dans les départements." Donc je parle des services informatiques départementaux. Ils étaient d'accord, on est partis, on les a formés, on a animé ce collectif, on continue à l'animer. C'est quelque chose qui demande quand même de l'investissement, mais qui fonctionne par la bonne volonté des gens, et je crois que c'est un petit peu le secret aussi.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Donc là, on voit que l'objectif, c'est vraiment la simplification du travail des agents. Comment vous avez travaillé avec eux pour faire, par exemple, remonter leurs demandes ?

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Alors, ça a fonctionné comme beaucoup de labs fonctionnent, c'est-à-dire par le bouche-à-oreille. C'est-à-dire qu'on fait un premier cas, on teste, ça fonctionne. Il ne va rien se passer pendant 3 mois après, et puis 3 mois plus tard, les gens se parlent à la pause café. "Ah mais tu as ce problème-là ? Mais en fait, moi, on m'avait développé un robot, peut-être que ça pourrait t'aider." Et ce faisant, en fait, la boule grossit progressivement.

Et aujourd'hui, on se pose la question, du coup, de la manière de faire remonter ces besoins-là, sachant que l'objectif ce n'est pas d'avoir, durant toute la vie des agents, des robots qui fassent le truc à leur place. Le robot, c'est un petit peu un pansement temporaire qui va permettre aux équipes, du coup, en administration centrale de combler le vide un peu que l'agent comblait, et qu'on comble par un automate. Et pour, du coup, sourcer les nouveaux cas d'usage, en fait aujourd'hui, on se pose beaucoup de questions sur comment faire remonter ce besoin-là. On n'a pas envie de mettre en place un formulaire et de perdre ce contact-là. Donc, on a des ambassadeurs dans chaque département qui font partie du centre, qui ont un petit peu ce rôle-là, qui participent aux comités de direction dans les départements et qui vont parler de la techno, parler de ce qui a été fait, expliquer, et en fait à partir des cas d'usage qu'on expose, les gens tout de suite tiltent et se disent : "Ah, ça pourrait m'être utile", ou en fait, "Non, je n'ai pas de besoin actuellement."

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Comment vous avez choisi ces ambassadeurs ? J'imagine, des volontaires ?

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Des volontaires, des volontaires, et des gens qui ont quand même une appétence pour ces sujets d'innovation, de technique, et puis des personnes qui soient suffisamment, je vais dire "haut placées" (mais c'est un abus de langage), qui aient une capacité de toucher beaucoup de monde, donc des chefs de services informatiques, des référents transformation publique dans les départements. Voilà.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Quelles sont les tâches, justement dont vous parlez, les tâches répétitives que vous avez pu automatiser en quelque temps ?

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Alors, beaucoup de saisies dans des bases de données, dans des systèmes d'information. Je vais l'avouer là, mais parce que je suis partie donc c'est bon. On a... Non, on a fait beaucoup de choses en fait en mode expérimental sans forcément demander toutes les autorisations qu'il fallait, parce qu'en fait on testait les choses, on voulait voir si ça pouvait fonctionner. Et puis, quand il s'est avéré que ça fonctionnait et que c'était efficace, là on en a un petit peu parlé. Et c'est un petit peu le rôle des labs aussi de pouvoir être cette bulle. Quand on parle d'incubateur, il y a vraiment cette notion de bulle. Et donc voilà, on couvre un petit peu le sujet, puis au moment où ça fonctionne, on dit "Oh, au fait, on a fait ça, ça fonctionne."

Alors bien sûr, on ne fait pas ça n'importe comment, comme mes collègues l'ont dit, on a des méthodes, et notamment sur des sujets informatiques où on est très vigilants sur les sujets de cybersécurité. Et pour répondre à votre question (parce que je fais des digressions), on a eu par exemple un robot sur la saisie des informations des vacataires qui ont été recrutés pour la mise sous pli des élections législatives, des élections européennes aussi, parce qu'en fait c'est une responsabilité qui est revenue au sein des services de l'État. Avant, il y avait des prestataires qui le faisaient, puis c'est revenu.

Et donc les services de l'État recrutaient, je ne sais pas, en Haute-Garonne, c'était 1500 vacataires, donc des gens qui ne travaillent pas pour l'administration, donc qui ne sont pas référencés dans nos systèmes d'information RH. Et donc il faut saisir toutes leurs informations, leurs noms, leurs numéros de sécurité sociale, leurs RIB pour ensuite pouvoir les payer, parce que c'est une action rémunérée. Et donc, en Haute-Garonne, il fallait qu'en 15 jours les agents saisissent plus de 1500 contacts. Autant vous dire que c'était 15 jours de copier-coller entre systèmes d'information. Et ça, on l'a testé dans le Tarn-et-Garonne. Et puis, en fait, la Haute-Garonne a dit "Ben moi aussi ça m'intéresse, parce qu'on a du gros volume." Et puis finalement, l'Hérault a dit "Ça m'intéresse parce qu'on a du gros volume."

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors, on va revenir bien sûr sur le robot, mais je voudrais rebondir sur ce que vous venez de dire, sur les tests que vous faisiez avant éventuellement de rendre publics les essais que vous avez faits. Donc il y a quand même une culture du droit à l'erreur qui a besoin d'être mise en place dans ces Lab’Oratoires. Est-ce que c'est le cas ?

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Oui. Bah c'est un peu... ce n'est pas l'alpha et l'oméga, mais un petit peu quand même. Ce droit à l'erreur, en fait. Ce n'est pas quelque chose qui est culturellement parlant inscrit au sein des services de l'État. C'est peut-être l'effet "bon élève" des agents aussi, qui n'ont pas envie de rater. Sauf que c'est en ratant qu'on apprend, et plus on rate, et plus on apprend. Le rôle des labs à mon avis là-dedans, c'est d'abord d'identifier quand ça va rater, et quand ça va rater de se dire : "OK, on y va au plus vite pour limiter au maximum l'impact négatif qu'on va avoir". Mais de ne pas être figé dans l'action en disant : "Peut-être que ça va rater." On est là : "Oui, peut-être que ça va rater et ce n'est pas grave, et on en tirera des apprentissages."

Sur le cas du robot, on a un robot qui a été ultra difficile à mettre en place. D'ailleurs, c'est ce robot-là qu'on a fait un petit peu en off. Ultra difficile parce que c'était des démarches budgétaires très complexes, avec plein de cas un petit peu difficiles à imaginer, à préparer. Et quand on s'est confrontés au sujet, des problèmes d'organisation aussi dans les services, du turnover... on a mis 1 an et demi à faire ce robot-là. Et puis, au bout d'un an et demi, on s'est dit : "OK, en fait là, on n'arrive pas à le tenir celui-là, parce qu'il faut énormément de maintenance, parce que nous on n'a pas le temps pour faire cette maintenance-là, et parce qu'il y a plein de contraintes qu'on ne maîtrise pas." Et à partir de là, on s'est dit : "Bon, on va arrêter de proposer cette offre si ça ne fonctionne pas."

On a fait une réunion un peu de crise avec le service concerné. On a dit : "Pour vous, quelle est la fonctionnalité la plus prioritaire ?" Parce qu'en fait, il faisait quatre actions différentes, et ils nous ont dit : "Nous, c'est ça." Et là, on a réussi à se dire : "OK, ça c'est votre priorité, ça on le met de côté. Et si ça c'est votre priorité, comment est-ce qu'on assure une maintenance quasiment H24 de ça ?" Et finalement, ça nous a aussi permis de monter en compétences sur notre relation avec les agents qui vont avoir besoin des robots. C'est-à-dire qu'il y a des processus à respecter, il y a des choses à respecter. Par exemple, on ne met pas le développeur en charge du robot au contact direct des services. Ça paraît du bon sens, mais quand on l'a expérimenté une fois, on ne fait pas l'erreur deux fois. Et plein de petites choses comme ça, sur cette culture du droit à l'erreur.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Je voudrais vous entendre un peu tous. Julien Kounowski par exemple, ça vous paraît quelque chose d'indispensable évidemment dans un Lab’Oratoire d'innovation, sur le droit à l'erreur ?

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Sur le droit à l'erreur, d'accepter l'erreur, c'est même que l'erreur est apprenante. Enfin, je veux dire là, avec plus de 7 ans, 8 ans de recul sur les Lab’Oratoires, on a des projets qui ont échoué, mais ils n'ont jamais réellement totalement échoué. Ils ont produit de la documentation, ils nous ont permis de comprendre ce qu'on pouvait faire autrement. Et la magie, on va dire, de l'innovation (parce qu'il y a ce côté magique), c'est justement la mémoire de ce qui n'a pas marché, puisque souvent ça revient à un moment ou à un autre où on se dit : "Mais là maintenant, ça peut marcher." C'est ça qui est intéressant, c'est-à-dire que rien n'est perdu. Tout se conserve, tout se transforme, hein. C'est quasiment du principe chimique. Mais vraiment, c'est ça qui est intéressant.

C'est-à-dire que souvent un projet peut échouer aussi parce qu'il n'y a pas le bon contexte, il n'y a pas les bonnes conditions, il y a une problématique de sécurité ou je ne sais pas, enfin il y a quelque chose qui fait que ça ne va pas marcher. Mais en fait 6 mois après, un an après, eh bien si on est en capacité de le ressortir, qu'il y a une nouvelle dynamique, ce projet vient en compléter un autre ou il ressort, et bien là ça peut passer. Donc je dirais que l'échec n'est surtout pas définitif, c'est surtout ça le truc. Et surtout, se mettre en postulat que l'échec peut conditionner un projet dans le sens : "Mieux vaut pas faire parce que l'échec c'est terrible." C'est ce qu'on essaie justement de renverser, et il faut absolument le renverser, puisque souvent le postulat c'est de dire : "Ça ne va pas être possible, donc il ne faut pas perdre du temps dessus", alors qu'en général ce temps, eh bien derrière, il est... c'est un investissement en tout cas qui est toujours rentable. Voilà.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Christophe Trouillard.

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Moi, ça me fait rebondir. Euh, donc, l'échec comme la réussite, ça produit de l'expérience, comme le disait Julien. Et nous, on s'est lancés aussi dans une dynamique dont on a tiré l'inspiration de l'Angleterre, les What Works Centres, qui sont là pour capitaliser toutes ces expériences et aussi les rendre plus remobilisables pour quelqu'un qui se relance. Parce qu'effectivement, localement ça peut ressortir au bout de 6 mois, quelqu'un qui se souvient, mais très très souvent les personnes changent de poste, etc., ça peut disparaître, et donc il y a cet enjeu de réussir à capitaliser sur cette expérience et la mettre à un endroit qui soit disponible et accessible pour d'autres personnes qui se lancent dans des projets, qui peuvent apprendre soit sur le sujet, soit sur la méthode.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Julie Gardé, un mot sur ce sujet.

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Oui, bah voilà, juste pour compléter, mais c'est vraiment pour dire que justement, l'essence même des labs, c'est d'offrir ce cadre propice à l'expérimentation, au test et au droit à l'erreur. Voilà, nous c'est un discours qu'on tient vraiment, notamment dans le cadre de l'incubateur sur nos intrapreneurs qui viennent, en disant : "Allez-y, lâchez-vous, testez, essayez, trompez-vous, recommencez". Et nos méthodes sont des méthodes très itératives de toute façon. Donc, c'est parce qu'on s'est planté (je dis le mot parce que c'est un mot qu'on emploie quand même très souvent dans le quotidien), c'est parce qu'on s'est planté qu'on va corriger, et probablement finir par réussir in fine.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors vous qui nous regardez, je rappelle que vous pouvez poser vos questions à nos quatre intervenants que je me ferai un plaisir de répercuter sur la rubrique questions qui se trouve juste à côté de la fenêtre que vous êtes en train de regarder probablement en direct. J'en ai d'ailleurs une pour vous Alice Vilcot-Dutarte. Comment faites-vous pour diffuser ? Question posée par Alexandre Chard. Comment faites-vous pour diffuser le sujet des automates au-delà de la région Occitanie ? Est-ce que ce sujet a été pris en charge par le ministère en centrale, notamment d'un point de vue budgétaire ?

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Euh alors il y a deux questions. Il y a le sujet budgétaire et il y a le sujet de faire connaître et permettre aussi de parler de ces technologies-là au-delà de l'Occitanie. Sur ce deuxième point, on a très vite de toute manière impliqué le ministère de l'Intérieur dans le sujet, c'est-à-dire qu'ils étaient dans le projet, ils étaient là au moment du copil de lancement, ils ont été informés progressivement et on a reçu le directeur du numérique, Mathieu Weill, aussi à la fin du projet, avec lequel on a discuté et qui nous a permis aussi d'avoir une vision un peu plus nationale du sujet.

On a fait plusieurs temps d'échange. Pendant 1 an et demi de durée du projet, on a été assez disponibles. Donc on a donné beaucoup de temps en échange bilatéral avec des gens qui pouvaient être intéressés, mais également dans des temps d'échanges plus globaux. Cependant, ces temps d'échange, on s'est rendu compte que ça ne suffisait pas à vraiment transposer notre modèle à d'autres organisations. Tout simplement aussi parce que la maturité qu'on avait acquise avec les petits tests un petit peu qu'on avait faits au début, celle-là, elle ne pouvait pas être remplacée. On ne pouvait pas s'en passer.

Et donc on a convenu avec la mission innovation du ministère de l'Intérieur qu'ils animent ce partage d'expérience un petit peu plus profondément. Et nous, de notre côté cette année, on s'investit (donc, moi je suis partie, mais au moment où je partais c'est quelque chose qui était engagé) pour vraiment formaliser très concrètement tout ce qu'on a appris de cette expérience-là. Nos développeurs ont créé un guide des bonnes pratiques de développement des RPA par exemple, ont créé également un guide permettant d'expliquer comment on installe une machine virtuelle. Une machine virtuelle, c'est comme un ordinateur qui est sur un serveur et qui est accessible de plusieurs ordinateurs. Ce qui nous permet d'héberger tous nos automates sur une machine virtuelle qui est accessible de différents ordinateurs avec des codes dédiés. Et tout ce petit fonctionnement-là, c'est des choses que nous on a un peu apprises sur le tas, et les équipes, en tout cas le centre robot, accordent aujourd'hui beaucoup de temps sur cette capitalisation-là. Après, à chaque territoire de s'en saisir aussi, il ne faut pas que ce soit quelque chose qui soit forcé, poussé de force dans les territoires parce que sinon ça perdra tout son sens. On est à la limite de l'industrialisation de l'innovation. En fait, c'est quelque chose qui est très difficile à faire. Donc, pour moi, ça doit rester une initiative régionale. Donc, si une région est intéressée, elle y va, avec un appui, évidemment, qui est très fort du ministère de l'Intérieur sur ce sujet-là.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Comment vous faites pour remonter les résultats ? L'évaluation des impacts ? Quelles sont les méthodes que vous mettez en place ?

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Alors, en bons gestionnaires de projet, on a défini des KPI, des indicateurs en fait qui nous permettaient d'abord de mesurer l'activité du centre puisque c'est sur la base un petit peu du bénévolat, donc ça avance quand on a le temps. On a très vite pu compter le nombre d'automates qu'on développait, donc une dizaine par an à peu près. Là, au dernier copil avant de partir, j'étais un peu émue parce que les équipes dans les différents départements (Tarn-et-Garonne, Tarn, Hautes-Pyrénées, etc., j'en oublie, je suis désolée) ont commencé à vraiment être très dynamiques sur le sujet, et aujourd'hui on compte le temps économisé par les assistants. C'est-à-dire qu'un agent va mettre, par exemple, 4 heures pour faire un processus, 4 heures par semaine, le robot va le faire en 3 secondes. Donc le temps gagné, c'est le temps que passait l'agent, et ce n'est pas du temps... ça ça se mesure. Et ça se mesure parce qu'en fait, au début, avant de faire l'automate, on fait ce qu'on appelle un "vis ma vie". C'est-à-dire qu'on retrace étape par étape les actions de l'agent, et c'est ça qui va nous permettre de créer le code associé, et du coup on mesure le temps d'action de l'agent et la fréquence. Est-ce que c'est mensuel, hebdomadaire, journalier ? Et par un petit calcul, multiplication, addition, on y arrive.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
On va se rendre maintenant dans les Hauts-de-France pour parler du dispositif FALC, les Hauts-de-France qui, je rappelle, est dirigé par vous, Christophe Trouillard, le SII Lab dans les Hauts-de-France, et vous avez donc lancé le dispositif FALC. Qu'est-ce que c'est et à qui s'adresse ce projet ?

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Alors, le Facile à Lire et à Comprendre (FALC), c'est un petit peu du bon gros sens paysan. Tout est écrit dedans. Mais c'est quand même une méthode qui a été développée par les personnes, en tout cas les personnes qui accompagnaient les personnes en situation de handicap intellectuel, qui peuvent avoir des difficultés de compréhension à la lecture. En fait, à l'origine, voilà, le FALC, c'est plutôt pour les personnes en situation de déficience intellectuelle. Et après ça, il va y avoir des bénéfices collatéraux, notamment sur les personnes âgées, sur les malvoyants, les personnes qui sont dyslexiques. J'ai des collègues qui aiment bien utiliser l'image du bateau sur les trottoirs : bon, avant c'était pour faire passer les véhicules dans les garages, mais on en a mis près des passages cloutés et on s'est rendu compte qu'au début, c'était pour les fauteuils roulants, mais que les personnes en roller, les personnes qui avaient des enfants en poussette, ça leur rendait également service. C'est un petit peu le bénéfice collatéral qu'il y a au FALC. Ensuite, aussi un intérêt pour les personnes dont le français n'est pas la langue maternelle. Et puis, aussi un moyen de mettre en capacité, justement, les personnes, ça va au-delà de la compréhension du texte, on va aussi à la compréhension de la démarche.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
D'accord. Donc on est vraiment là dans la démarche pure et dure de simplification, d'une meilleure compréhension des messages.

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Ben je considère qu'effectivement, c'est un des piliers de la simplification qu'on a tendance souvent à oublier, parce que la dématérialisation ou l'automatisation, il y a un biais de facilité à le mettre en œuvre. Parce que vous verrez que la méthode est, en fait, assez complexe, et que, pourtant, c'est primordial que les messages qu'on cherche à faire passer, notamment dans une démarche administrative, soient compris. Ça évite beaucoup de difficultés par la suite.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors, comment ça fonctionne, ce dispositif Facile à lire et à comprendre ?

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Historiquement, il y a eu... c'est vieux, mais pas tant que ça quand même. C'est dans les années 70 aux États-Unis, cette démarche de "par et pour" qui a débuté. Elle a été identifiée dans les années 88. Il y a eu une première démarche européenne pour le faire. Et puis surtout, de 2007 à 2009, il y a vraiment 8 pays au sein de l'Europe qui se sont dit : "Voilà, on va faire ce qu'ils ont appelé les règles pour un langage clair et facile." Et donc, en France, il y a une association, une fédération d'associations qui a fait le guide. Ce guide, eh bien, en fait, il va donner tout un tas de règles. Il y a une vingtaine de règles qui sont générales, peu importe le support du discours.

On va demander... alors c'est plutôt pour l'écrit, d'éviter les métaphores. Par exemple, "il pleut des cordes". Bah, ce n'est pas si simple que ça à comprendre. On peut traduire par tout simplement "il y a une forte pluie" ou "il pleut beaucoup". Voilà, il y a tout un tas de règles. Après, quand vous passez au support écrit, il y en a d'autres qui s'ajoutent. Est-ce qu'on doit justifier ? Il faut éviter de justifier un texte, c'est-à-dire le faire aller de droite à gauche de façon équivalente dans tout le paragraphe, parce que vous avez des gens, notamment les dyslexiques, bah si vous changez les espaces entre les mots et les espaces entre les lettres, eh ben, ça va leur perturber encore plus que d'habitude la lecture des mots. Voilà, vous avez tout ce genre de règles.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Très bien. Et du coup, quand vous avez établi ces règles, vous vous êtes basés, vous avez consulté des spécialistes... comment ça s'est mis en place ?

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Alors cette démarche-là qui a eu lieu entre 2007 et 2009, elle a été faite au sein des associations qui accompagnent les personnes, et surtout en les associant. Ça, c'est quelque chose qu'on a déjà dit dans les introductions, c'est l'intérêt. Cette démarche, c'est aussi d'être centré usager, et donc on fait travailler les personnes qui vont avoir besoin de pouvoir comprendre le discours, et ben c'est à elles qu'on demande de le transcrire, c'est le mot qui est utilisé.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors, vous avez combien de démarches et quelles démarches ont été concernées par toutes ces... ?

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Alors, j'ai... moi j'ai... il y en a une actuellement là dans une heure, les personnes qui s'en sont occupées vont passer en commission régionale "habitat, logement", bref, c'était sur la demande de logements sociaux à la Métropole européenne de Lille. Et on s'est rendu compte, bah les agents d'accueil, les personnes qui font les dossiers se sont rendu compte qu'en fait il y avait beaucoup de navettes, et même entre agents qui s'occupent des dossiers, il y a ce sentiment que cette phrase-là ne doit pas être bien comprise parce que 80 % des gens nous envoient la mauvaise pièce.

Voilà, il y a quand même un savoir à l'intérieur des services qui demande juste à être relevé pour justement prendre en charge et se dire : "Voilà, on arrête de poser cette question de cette façon-là parce que ça pose problème." Et donc, on avait déjà eu des projets sur le FALC, on leur dit : "Bah voilà, je pense que vos notices d'accompagnement, pour qu'elles soient accessibles au plus grand nombre, ben on va vous mettre en relation avec notre partenaire qui sait transcrire, et qui a ces personnes qui vont vous faire ce travail, toute cette méthodo assez lourde de transcription."

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Comment ça fonctionne, la transcription ? Vous travaillez avec qui ?

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Eh bien alors nous, il y a deux solutions. Soit on s'empare du règlement et on suit les 20 et les 40 règles, etc., on fait de son mieux. Pour avoir le label FALC, en revanche, il faut absolument passer par un ESAT, un établissement ou service d'accompagnement par le travail. Donc, c'est des structures qui font travailler toutes sortes de handicaps pour avoir un travail de droit commun à peu près. Et donc, un de ces groupes de personnes doit pouvoir lire le document, cocher, vérifier toutes les variables, toutes les conditions, et quand elles sont réunies, eh bien, il y a validation et là on peut mettre un label. Alors, on n'est pas obligé d'aller jusqu'au label. Nous, en revanche, on a pris le choix d'avoir le package complet qui est réalisé par l'association, à savoir dès le début la compréhension, la traduction du document (avant même... parce qu'on a remarqué que c'était plus efficace que ça soit directement les personnes qui ont besoin du message qui fassent la transcription) et après la validation. D'ailleurs, c'est disjoint. C'est-à-dire qu'il y a un groupe qui va monter en compétence sur le document, sur le jargon qui est utilisé, et donc ce n'est pas lui qui doit valider. C'est quelqu'un qui n'a pas vu encore le document qui doit juger de la compréhension et du respect des règles.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Vous parliez tout à l'heure de l'implication des agents, qui sont les mieux placés finalement pour repérer les documents qui sont mal rédigés parce qu'on leur envoie les mauvais documents. Comment vous faites remonter, justement, ces remarques des agents ? Est-ce que vous avez mis en place un système, un dispositif ?

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Après, quand on offre cet accompagnement, par exemple à la Métropole européenne de Lille, on échange, c'est généralement à la remontée d'un premier irritant. C'est ce service-là qui doit avoir une dynamique. Hein, c'est comme le disait Alice, nous on a la chance de travailler avec les gens qui en veulent, qui veulent transformer leur quotidien. Donc ça remonte assez simplement, de façon assez évidente. Et après, on a d'autres services qui suivent. Là, leur conclusion c'était que maintenant toute la MEL (Métropole Européenne de Lille) va se lancer, toute leur doc, ils veulent se lancer dans le Facile à comprendre.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Comment vous évaluez les résultats ?

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Bien, il y a une façon quantitative, il y a une façon qualitative. Quantitative, je me souviens avec la Maison départementale des personnes handicapées du Nord. Bah c'est combien... c'est le courrier, c'est-à-dire combien on évite de navettes ? Il y a 2 ans, avant qu'on fasse ça, bah 30 % des dossiers, on est obligés de les renvoyer. Là, maintenant, bah on est tombé à 20, à 5 progressivement parce qu'il y a de l'amélioration continue, évidemment. Et puis il y a le qualitatif, c'est, bah, c'est le stress même des agents. C'est-à-dire qu'un agent public, quand il donne des conseils, bah il n'est pas satisfait de donner le mauvais conseil, de revoir la personne, de ne pas savoir. Et ça, c'est de la remontée terrain.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors je vous rappelle, donc vous qui nous regardez, vous pouvez poser vos questions dans la rubrique questions. J'ai trois questions, notamment une qui vous concerne Christophe Trouillard : Avez-vous envisagé l'utilisation de l'intelligence artificielle générative pour la transcription des textes ?

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Bien, on a échangé avec cet ESAT qui est La Forge, qui a effectivement étudié cette possibilité de faire de l'IA (c'est-à-dire que ces ateliers, avec leur personnel, voir s'il peut être soit préparé, soit carrément, si ça marche, pourquoi pas, transcrit). Et pour l'instant, en fait, ils ont essayé plusieurs méthodes, ils n'y parviennent pas. Tout simplement aussi parce que l'intelligence artificielle se nourrit des textes qui sont déjà en ligne, en présence, et que pour l'instant ce n'est pas le FALC qui est majoritaire sur Internet. Voilà. Donc pour l'instant ce n'est pas probant, mais ce n'est pas quelque chose d'exclu.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors, une question que je ne comprends pas moi-même, mais j'espère que vous allez la comprendre. Nicolas Kermabon : "Oui, il faudrait exactement le dispositif pour bien comprendre. Existe-t-il un What Works Centre centralisé ?"

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Eh bien c'est une démarche qui est portée par le...

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Peut-être rappeler ce que c'est qu'un What Works.

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Ouais, le What Works Centre, moi je le traduisais au début par "Qu'est-ce qui marche". Voilà, un petit peu pour plagier une marque. C'est vraiment, si vous voulez, vous avez des centres de ressources, ça existe beaucoup en France. Il y a une ressource qui est créée, on la met à disposition, elle est accessible. Vous avez des cabinets de consulting qui vont prendre ces ressources et qui vont peut-être vous accompagner à les mobiliser. Là, le What Works Centre, c'est d'avoir un package complet où vous avez la ressource, les personnes qui l'ont utilisée. Il y a aussi ce niveau supérieur de l'expérience, le retour d'expérience. Pas seulement : "J'ai fait une concertation citoyenne", mais : "Comment j'ai fait pour avoir des personnes éloignées de la consultation d'habitude ? Qu'est-ce que, donc dans mon cas, comment j'ai fait ?"

Il y a un cas qui est assez exemplaire pour moi, c'est les populations autochtones de Guyane. Bon ben voilà, comment on fait pour qu'elles viennent à des éléments de participation citoyenne ? Donc il y a des choses instructives sur le fond et sur la forme. Et puis après, il y a encore un niveau supra, c'est-à-dire que quand on a beaucoup de matériaux dans des What Works Centres, vous avez des chercheurs (donc on associe la recherche) qui vont faire une méta-analyse et qui pourront vous dire : "Voilà, d'après 50 expériences sur la participation citoyenne, et ben quand vous vouliez faire participer des gens qui sont à la rue, cette méthode-là elle marche quand même 9 fois sur 10 et donc vous pouvez vous en inspirer."

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Donc je pense que ça répond aussi à la question de Stéphane Lacroix qui demandait où on peut trouver les documents sur les bonnes pratiques ? C'est un peu ce qu'on retrouve sur ce What Works Centre.

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Voilà, donc le nôtre en France est en construction. Après, la DITP lance une démarche pour être aussi tête de pont au niveau national sur cette notion de What Works.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Est-ce que vous voulez répondre sur ces questions ? Peut-être que les réponses sont différentes en fonction des Lab’Oratoires. Alice Vilcot-Dutarte, par exemple, sur les bonnes pratiques que vous évoquiez tout à l'heure. Est-ce qu'il y a des documents qu'on peut trouver en ligne pour les personnes qui nous regardent ?

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Euh, alors sur le centre robot, on a surtout mis en place une plateforme pour partager avec les services de l'État. Donc en interne, ce n'est pas ouvert au grand public. Après, la démarche de What Works Centre, elle nous intéresse particulièrement, mais on a des collègues qui avancent plus vite que nous là-dessus. Donc on les suit, on les regarde, et on participe plutôt, mais après, on a un site où on partage l'info, mais ce n'est pas ultra accessible et je crois que ce n'est pas très FALC.

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Oui, juste bah sur la capitalisation... nous, pareil, pour l'instant c'est plutôt des documents qu'on produit qui sont à destination de l'interne. Donc voilà, on fait des publications, on va dire, modestement, mais qui font un retour sur voilà, notre incubateur, par exemple, un centre d'appui à la participation citoyenne qu'on a. On va revenir sur les projets qui ont été accompagnés, comment ils ont été accompagnés, faire un retour d'expérience, et ça on le met à disposition de nos agents et des services de l'État pour l'instant. Pareil, pour l'instant ce n'est pas forcément "Facile à lire et à comprendre", je pense qu'on a des progrès à faire et on n'est pas encore pour l'instant sur une mise à disposition grand public de ces documents, mais par contre on n'y voit pas d'inconvénient et ça serait à réfléchir à l'avenir.

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Oui, peut-être juste rebondir là sur les What Works. Ça me paraît assez essentiel surtout dans notre trajectoire de maturation d'innovation publique. On a besoin, justement, de remettre à disposition de cette réutilisation, on va dire, tout ce qui est produit, de toutes les bonnes pratiques, les projets et autres, mais même d'aller plus loin. C'est-à-dire que pour moi, le What Works Centre, c'est aussi l'endroit d'une médiation, d'une médiation avec des chercheurs, avec des agents, avec des usagers, avec des élus. Enfin, c'est vraiment un endroit aussi de rencontres qui va permettre de légitimer et de partager, justement, ces expériences, ces réussites, ces échecs apprenants (encore une fois, je le redis), pour pouvoir avancer là-dessus.

Parce que très souvent, et on le voit, il y a aussi un effort extrêmement fort à faire de conviction, et d'aller convaincre (au vu de projets réussis) tout l'écosystème, dont les élus sur les territoires etc., pour leur dire : "Ça marche là, ça peut peut-être marcher chez vous, mais il faut s'engager, etc." Donc, on a besoin de ces dispositifs au niveau national. Donc, on attend effectivement que la DITP, j'allais dire, nous appuie là-dessus et aussi produise cette dimension nationale parce que ça sera vraiment ce lieu aussi de rencontre, on va dire neutralisé (hein, ce n'est pas un lieu de rencontre politique), mais pour vraiment faire avancer l'action publique et rendre un meilleur service à l'usager, au territoire.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors, on va rester en Bretagne avec vous, Julien Kounowski, puisque vous êtes, je le rappelle, donc le responsable du Ti Lab en Bretagne. Vous avez notamment lancé un projet qui s'appelle PORTREA. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que c'est ?

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Alors juste, je voulais préciser, donc le Ti Lab, il est spécifique dans le sens que c'est un Lab’Oratoire qui est porté par l'État et le Conseil régional de Bretagne. Donc on a une responsabilité partagée, moi je le copilote côté État. Voilà, je voulais aussi saluer toute l'équipe qui est complètement hybridée et mixte (État, collectivité, et donc du Conseil régional) sur ce dispositif.

Et donc, justement, alors les PORTREA, "Portraits de territoire de la relation administrative", eh bah c'est un très beau projet. Un projet qui est né en 2018-2019. Pourquoi ? Parce qu'on a eu, justement du fait d'être sur les territoires, on a capté un certain nombre de faisceaux d'indices via les services, via les associations, via le tissu aussi des collectivités et autres, sur les problèmes de rupture d'accès au droit du fait du numérique. La dématérialisation, etc. et autres, a produit des effets. Et on nous a demandé de nous pencher sur cette question de : comment on peut produire, au vu des problèmes que rencontrent ces usagers, des outils, des solutions qui vont aider aussi bien dans le cadre des accueils, que dans le cadre des orientations, que dans le cadre du pilotage d'une politique publique (qui n'existait pas alors, celle de l'inclusion numérique), bah des possibilités, des améliorations et de l'interconnaissance.

Donc, les portraits de territoire de la relation administrative, c'est avant tout une démarche, une démarche aussi portée par de la recherche-action. On retombe sur nos enjeux What Works Centre. Donc on a des chercheurs qui ont été impliqués, puisque déjà on a essayé de doter, de quantifier les besoins sur les territoires. Donc, de développer des indicateurs de fragilité numérique, d'exigence numérique, parce qu'on est vraiment sur le problème aussi de la relation e-administrative. On peut ne pas être compétent ou être compétent sur le numérique. Par contre, c'est quand même, bien entendu, normal, et ce qu'on attend, c'est, quand on a des droits, d'y accéder et que ces droits soient activés.

Donc l'enjeu, ce n'était pas juste de dire : "Bah il faut monter en compétences tout le monde sur le numérique", c'était de dire : "C'est quoi les problèmes de l'administration, c'est-à-dire quand il y a quelque chose qui est en ligne, pourquoi on n'arrive pas à le réaliser ?" Donc l'enjeu, c'était de créer ces indicateurs, de pouvoir quantifier (sur la Bretagne, ça a été fait maintenant au national, mais quand même de se rendre compte qu'au national les chiffres évoluent, mais on était à quand même plus de 14 millions de Français, ce n'est pas négligeable, qui sont sur ces problématiques de difficultés d'accès au numérique dans le sens e-administration, aussi du terme inclusion numérique). Donc de poser ces indicateurs de manière très fine grâce à nos chercheurs.

On a pu même travailler avec l'INSEE et descendre sur des niveaux de territoires très fins, au niveau des quartiers, pour déterminer des volumes de populations qui pourraient être à risque sur ces dimensions-là, et après lancer des ateliers sur les territoires, au niveau des EPCI, au niveau des communes, pour vraiment identifier toutes les ressources, les ressources sur cet accès au droit et au numérique. Et on a découvert des choses assez extraordinaires, puisque souvent même au niveau régional, on peut être éloignés de certaines réalités de territoire. On a des Maisons France Services qui rendent par exemple de super services et des accueils. Mais on s'est rendu compte aussi, et ça ça se partage, qu'aujourd'hui nos bibliothèques, les médiathèques, sont aussi des acteurs extrêmement importants sur les territoires. Elles accueillent beaucoup d'usagers le samedi matin par exemple, pour les aider aussi sur de l'accompagnement aux démarches administratives.

Donc les portraits regroupent toutes ces ressources pour aider au pilotage des politiques publiques, puis ça nous permet de mieux positionner les ressources et de discuter entre les acteurs. Faire de l'interconnaissance entre les professionnels puisque les différents professionnels de l'inclusion numérique, de l'accès au droit, etc. et autres, se retrouvent ensemble dans des ateliers et participent à finalement mieux orienter les usagers et créer de meilleurs parcours pour eux sur ces dimensions-là. Et bah donc, par conséquent, derrière, l'usager qui est en difficulté sur le numérique bénéficie finalement d'un meilleur tissu territorial et d'un meilleur dynamisme sur son territoire et de possibilités pour réussir ses démarches tout simplement et activer ses droits. C'est bizarre de le dire, mais ça passe aussi par là : il faut recréer des fois des écosystèmes pour permettre des parcours usagers.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Donc là, la cartographie, l'idée c'est vraiment d'améliorer l'accès aux services publics.

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Tout à fait. C'est aujourd'hui un outil... encore une fois, on est sur des personnes là qui sont en situation éventuellement de difficulté sur le numérique. Donc, ce n'est pas eux les premiers utilisateurs de la cartographie, mais ce sont tous les professionnels, les bénévoles, tous ceux qui agissent sur ce champ-là, qui les accueillent, qui les accompagnent, qui vont vers eux, qui réutilisent cet outil pour mieux les orienter, ou alors, eh bien, les accueillir aussi. Puisque, du coup, ça permet éventuellement aussi à certains usagers, bien sûr, de localiser l'endroit où il faudrait qu'ils puissent aller, les horaires d'ouverture, etc. Et aussi, ça permet (encore une fois, aux décideurs, collectivités, État, associations) de mieux s'organiser, pour dire : "Là il faudrait qu'on mette telle ressource, là il faudrait qu'on mette une Maison France Services nomade là qui va se déplacer sur plusieurs territoires." Ça rebascule, ça ré-horizontalise, je vais le dire comme ça, l'action publique dans sa prise de décision, pour ne pas réfléchir en silo, mais justement dire comment, collectivement, on organise mieux les ressources et les espaces.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Comment se déroule le recensement des droits, des démarches qui vont apparaître sur cette cartographie ? C'est un énorme travail, j'imagine.

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Alors, c'est là où, effectivement, le Lab’Oratoire et la démarche de recherche-action ont toute leur place, puisqu'il faut faire des ateliers sur les territoires, il faut faciliter, il faut générer cette intelligence collective. Donc, on organise des ateliers, donc, comme je l'ai évoqué, au niveau des EPCI. On lance des enquêtes, des enquêtes avec aussi des chiffres qui sont consolidés par les chercheurs pour essayer vraiment d'identifier les logiques de parcours, les ressources disponibles.

Et encore une fois, je le redis (et ça, c'est aussi un enjeu de nos Lab’Oratoires), c'est qu'on crée, au-delà de l'interconnaissance, de vraies dynamiques collectives. Moi, ce que je vois des effets vraiment "plus" des portraits, au-delà de l'outil, de la cartographie telle qu'on l'évoque, c'est que derrière, suite à un atelier, il y a énormément de mises en réseau. Il y a énormément d'acteurs qui ne se connaissaient pas, qui étaient isolés sur leur territoire, eh bien qui se mettent dans de nouvelles configurations de travail, et tout ça, ça améliore le service à l'usager. Donc, du coup, des ateliers de territoires, des enquêtes et puis après des suivis.

Et, pour donner un point aussi, ce qui est intéressant sur les portraits, c'est que c'est vraiment un projet qui est né dans le Lab’Oratoire, mais qu'aujourd'hui on a pu transférer en grande partie à un Hub, un Hub pour un numérique inclusif. Des dispositifs aujourd'hui qui sont mandatés, donc par l'Agence nationale de la cohésion des territoires (l'ANCT), pour animer la politique de l'inclusion numérique dans les régions, dans les territoires. Et donc, ça nous permet aussi, maintenant, de compter sur de nouvelles forces d'acteurs et de facilitateurs sur les territoires. Je pense à Laura, Agathe, Antoine par exemple, qui dans le cadre du Hub, maintenant, vont déployer ces portraits. C'est plus le lab directement, ou c'est avec l'appui du lab, mais ils vont directement déployer ces portraits.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Vous avez, j'imagine aussi, vous, mis en place des systèmes de remontée des résultats, des impacts.

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Alors, sur la remontée des impacts, ce qui nous intéresse beaucoup, c'est le retour, effectivement, des différents professionnels et acteurs, on va dire, qui accueillent les usagers et qui les accompagnent dans leurs démarches pour voir en quoi, eh bien, cela leur a servi, en quoi il faut actualiser aussi certaines dimensions. Donc là-dessus on a ce retour. Le retour direct de l'usager, il est un peu plus compliqué puisqu'il faudrait qu'on arrive à évaluer, effectivement, sur les ruptures de droits, comment les choses évoluent sur les territoires, mais on y travaille aussi.

Ce que je trouve très intéressant, c'est que surtout le plus gros retour qu'il y a, c'est quand un portrait est déployé, ça change vraiment la dynamique territoriale et l'interconnaissance entre les acteurs. Et là on peut évaluer, effectivement, la dimension positive de réengagement et de reconfiguration, on va dire, des parcours. Donc ça c'est intéressant là-dessus. Et encore une fois derrière, ça permet aussi en termes de plaidoyer, je le dis aussi, pour les territoires, pour les acteurs (collectivités, même État), de pouvoir beaucoup plus, on va dire facilement, objectiver les besoins du territoire, ce qui n'était pas évident avant. On était vraiment dans l'inconnu. Euh, c'était un dispositif, on nous disait qu'il y a un besoin, mais on ne savait pas dans l'ensemble s'il y avait des enjeux, on va dire plus systémiques.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Comment vous recensez vos utilisateurs ? Qui sont vos utilisateurs principaux ?

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Alors, c'est les milliers de travailleurs... ça va du travailleur social, par exemple, qui utilise l'outil parce que justement le travailleur social, il est en tension. C'est-à-dire que, d'un côté, il est sur les enjeux d'accès, d'ouverture, d'activation des droits, mais pour autant ce n'est pas lui qui accompagne sur le numérique forcément les choses. C'est le Conseiller Numérique France Services, enfin conseiller numérique comme on le dit maintenant, les agents qui sont dans les Maisons France Services, les différents bénévoles et acteurs des dispositifs de médiation numérique. Donc c'est tout un écosystème, souvent invisible (je veux dire, quand on n'est pas dans ces problématiques, on ne les connaît pas) mais qui est extrêmement actif, extrêmement engagé. Donc des milliers de personnes en Bretagne, et même au-delà, parce qu'on commence à diffuser les portraits aussi au-delà de la Bretagne, et qui donc utilisent ces outils, plus (comme je l'ai évoqué) des décideurs, puisque l'enjeu c'est aussi le diagnostic de territoire. On est actuellement dans une démarche de feuille de route "France Numérique Ensemble", et donc les portraits nous ont beaucoup aidés pour objectiver nos besoins et pouvoir remonter au national aussi nos pistes d'action.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
On va aller pas loin, pas loin de la Bretagne maintenant avec vous Julie Gardé. Vous êtes la responsable d'État’LIN, qui est donc le Lab’Oratoire d'innovation publique dans les Pays de la Loire. Vous avez quel projet que vous avez porté récemment que vous pouvez évoquer avec nous ?

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Euh bah nous, on a lancé il y a 3 ans maintenant un incubateur de projets. C'est notre 3e promotion cette année, et le comité de sélection aura lieu demain. Et donc, on a lancé ce dispositif pour permettre, bah de sourcer un peu et de détecter des initiatives des agents des services publics qui auraient des idées pour améliorer la qualité de service public et créer de nouveaux services plus adaptés.

Donc, cet incubateur, il a plusieurs objectifs. C'est vraiment de former et d'accompagner, et d'outiller les agents, de les initier à l'intrapreneuriat, vraiment de les mettre au cœur du projet, de leur dire : "En fait, vous pouvez prendre l'initiative". Ce n'est pas forcément la culture de la fonction publique au départ, où on peut avoir des commandes plutôt descendantes et des agents plutôt exécutants. Là, l'idée c'est de leur dire : "Vous êtes au cœur des métiers, vous connaissez ce qui se passe au quotidien, vous avez forcément des idées pour que ça change et pour que ça se passe mieux. Donc venez toquer à la porte de l'incubateur et on essaiera de vous accompagner pendant 7 mois".

Du coup, ce qu'on propose c'est 7 mois d'accompagnement à raison d'une journée par mois un peu sanctuarisée, où on réunit les porteurs de projets incubés, et on a plusieurs phases qui représentent un petit peu les phases du design de services. Donc, c'est-à-dire que voilà, c'est une journée qui va être consacrée à l'immersion, c'est-à-dire comment on fait un petit peu la cartographie des acteurs qui concernent le projet de chaque porteur. Ensuite, comment on commence à éLab’Orer des idées sur la base des problématiques qui ont été identifiées, comment on teste, on prototype, pour in fine avoir une solution viable, qu'on espère le plus viable possible (une fois de plus, même s'il y a le droit à l'erreur et on peut se tromper). Donc voilà. Donc là on est à la troisième promotion. Sur les deux précédentes promotions, on a eu sept projets, huit projets accompagnés pardon. Voilà, il devrait y en avoir quatre ou cinq encore sur la prochaine promotion.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Comment vous vous faites connaître ? Comment, auprès des agents, comment vous communiquez auprès des agents pour faire connaître l'existence de cet incubateur de projets ?

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Alors, on a un appel à idées qu'on lance, qui est annuel. Donc voilà, on fait des petits documents, des petits flyers qu'on essaie de rendre, voilà, pédagogiques, clairs, là du coup Facile à Lire et à Comprendre on espère en tout cas, pour qu'on diffuse largement en interne. Via, voilà, les intranets, notre site internet. On distribue aussi via la campagne d'affichage, et puis dans toutes les instances un petit peu officielles des services de l'État. Voilà, on a en général quand même plusieurs candidatures. Donc on arrive de mieux en mieux en tout cas à se faire connaître, mais la communication c'est un vrai sujet.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors, comment ensuite vous sélectionnez les projets parmi les candidats qui remontent jusqu'à vous ?

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Alors, il y a plusieurs étapes. C'est d'abord donc un appel à idées qui est diffusé, où là on demande, voilà, en trois lignes, aux porteurs de projets de nous décrire l'idée qu'ils ont. On ne veut pas forcément qu'ils creusent plus. Suite à ça, on propose un entretien d'une heure et demie avec les équipes du Lab, où on va venir requestionner leur idée et vraiment les faire creuser et pousser, pour identifier d'où vient le besoin, comment est venue cette idée. On a d'ailleurs un petit jeu qu'on a créé au Lab pour ça qui s'appelle "Et voilà !", qui est un support un peu ludique pour permettre aux porteurs de projet de se poser les bonnes questions, et qu'ils puissent répondre aux questions et un petit peu avancer sur leur idée.

Et puis, à la fin de cet entretien, soit on considère que vraiment ça correspond aux critères de l'incubateur, et auquel cas on leur propose de déposer officiellement un projet. Soit ce n'est pas le cas pour plein de raisons, et du coup on les réoriente vers un autre type d'accompagnement, qui peut être aussi au Lab d'ailleurs, mais pas forcément sur ce dispositif. Et puis ensuite on organise un comité de sélection, donc qui a lieu demain, qui est composé principalement d'agents du SGAR (Secrétariat Général pour les Affaires Régionales), du volet politiques publiques, modernisation et moyens. On a aussi la présence de la DITP à ce comité, et du Centre interministériel à la participation citoyenne. Et donc voilà, on passe en revue tous les projets qui ont été déposés et puis voilà, on fait un système de vote assez classique. Voilà.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors, vous n'allez pas nous révéler les projets que vous allez voir demain, mais quels sont ceux que vous avez déjà portés dans les années précédentes ?

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Alors, ben il y en a voilà, il y en a huit au total. Je peux vous donner quelques exemples un peu différents. Sur la première promotion, on a eu un projet autour du patrimoine qui était porté par la Direction des affaires culturelles des Pays de la Loire, et qui se posait la question de se dire : "Les Journées du Patrimoine, ça rencontre un grand succès, c'est une fois par an, il y a beaucoup de monde, mais comment au final tout au long de l'année, au fil de l'eau, on peut faire en sorte que les citoyens s'approprient le patrimoine en Pays de la Loire et puissent contribuer aussi, 'faire' aussi patrimoine ?" Et donc du coup ce projet a été incubé et voilà, je vous passe toutes les étapes, mais au final la solution qui a été proposée et qui est aujourd'hui opérationnelle (et qui voilà, si vous tapez "Le PAM" sur Internet, vous aurez accès à une plateforme web qui est une cartographie), recense des lieux de patrimoine mais avec des photos, des illustrations. Ça peut être des dessins aussi d'ailleurs, postés par les citoyens, c'est-à-dire que eux-mêmes peuvent, au cours de vacances, de balades, de séjours, si un endroit pour eux fait sens, "fait patrimoine", ils peuvent prendre une photo et la poster sur cette plateforme. Et voilà, ce qui fait qu'aujourd'hui on a un certain nombre de points et d'illustrations en tout cas sur cette cartographie. Vraiment, c'est très contributif et ce sont les citoyens qui postent. Donc ça c'est plutôt intéressant.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Concrètement, ça vient d'un agent ? Quel type d'agent, et pourquoi il a eu cette idée ?

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Alors bah, c'était vraiment ce qu'on, en fait, à chaque fois l'idée, c'est de (et c'est ce qu'on recreuse au premier entretien), c'est quand on va leur dire : "Voilà d'où vient cette idée, est-ce que c'est vous individuellement ? Est-ce que vous avez collecté un petit peu d'informations ?" Donc là, en l'occurrence, ça venait d'un agent et des services, mais en disant vraiment : "Les Journées du Patrimoine, quand on voit comment ça marche et les retours des visiteurs qui disent 'Mais oui mais au final c'est super les Journées du Patrimoine, mais il faudrait que ça soit plus souvent', comment on peut faire plus, comment on peut faire différent ?" Donc voilà, l'idée c'était de trouver une solution qu'on puisse faire au fil de l'eau, qu'on puisse nourrir au fil de l'eau. Donc voilà, là ça venait d'un agent en l'occurrence. C'est souvent des idées au départ qui viennent d'un agent et, quand on creuse, on s'aperçoit en fait que c'est parce que ça en intéresse d'autres, puis ça vient d'un faisceau, en fait, d'indices qui amènent à vouloir trouver une solution.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
En tout cas, vous allez donner un autre exemple.

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Euh oui, autre exemple du coup sur la 2e promotion, pour que ça soit équitable, je donne un exemple par promotion. C'est sur toute autre chose. Donc là, on est sur (le premier exemple, c'était une solution numérique qui a été trouvée, mais ce n'est pas forcément toujours le cas, loin de là) et le deuxième exemple, c'est sur un outil de gestion de crise. Faut savoir que dans les régions, s'il y a un gros événement, une catastrophe naturelle, un attentat, que sais-je, un gros accident, il y a une cellule de crise qui se met en place avec un certain nombre d'opérateurs : la préfecture, les services de police, la gendarmerie, voilà, les pompiers et autres. Et donc ils se retrouvent très régulièrement pour faire des points d'état de situation à la préfecture, en général dans un centre de crise. Et donc ils avaient un outil qui n'était pas tellement efficace : c'était un tableau blanc où ils écrivaient au fur et à mesure où on en était de la situation, et le préfet quand il venait, on doit lui faire un point de situation.

Et ils se sont rendu compte que c'était très compliqué, que c'était un peu brouillon, qu'ils avaient du mal, à chaque fois, il fallait tout reprendre. Et donc c'était ça la problématique de départ. Et donc la solution qui a été trouvée, elle est finalement assez simple. C'est un système vraiment visuel de magnets, de post-its aimantés on va dire. Donc c'est vraiment très pratico-pratique, mais qui leur permet voilà, vite, de bouger les choses, d'inscrire sur le post-it la situation et de le bouger dans un tableau. Et c'est aussi des dispositifs qui peuvent être posés sur des véhicules par exemple. Donc c'est-à-dire que si la réunion de crise doit se faire sur le terrain parce que la situation le nécessite (sur un camion de police ou une ambulance), on peut poser ces magnets et donc faire la réunion de crise vraiment sur le lieu de la crise. Donc voilà.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Ça c'est quelque chose qui est déjà en application.

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
C'est en application. Euh, à la fin de l'incubation, il y a eu un prototype qui là, pour le coup, au final a quasiment été la solution finale. Il y a encore quelques petits réglages techniques pour que ça puisse bien coller sur toutes les surfaces. Mais oui oui, c'est déjà en utilisation. Et là, ce qui est intéressant aussi, c'est que ce projet, il a été repéré, on va dire, par d'autres structures qui souhaiteraient en disposer parce qu'il est assez réplicable. Au final, on a été contactés déjà par le SAMU notamment qui était intéressé, par le centre pénitentiaire (le ministère de la Justice aussi). Donc voilà, ce qui est chouette aussi c'est voilà (et c'est un des critères de sélection de nos projets), c'est la potentielle réplicabilité à d'autres territoires ou d'autres services.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors vous évoquez justement des acteurs de terrain qui vous contactent parce qu'ils sont intéressés par les projets que vous avez développés. C'est l'occasion justement de revenir sur l'apport pour les acteurs de terrain de vos différents Lab’Oratoires interministériels territoriaux. Donc vraiment, vous êtes en contact permanent avec le terrain. Comment vous entretenez ce contact ?

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Alors nous, les projets qu'on accompagne, on est beaucoup sur le terrain, c'est-à-dire qu'on fait peu d'accompagnement finalement au sein de nos bureaux, au Lab à Nantes. Alors, sur l'incubateur, les journées sont à Nantes, mais d'ailleurs pour cette nouvelle promo, on va essayer de les délocaliser un petit peu. Mais sur les autres projets qu'on peut accompagner, des projets de design de services ou de participation citoyenne, on va vraiment au contact, sur le terrain, et on accompagne les projets sur le terrain. Et donc, on est en contact permanent avec les services de l'État qui sont les porteurs de projet, mais aussi on fait beaucoup de "d'aller vers" sur la participation citoyenne notamment. Donc on peut se retrouver, voilà, sur des marchés, des places de marché dans les quartiers, pour aller à la rencontre des citoyens et leur parler directement pour recueillir leur parole. Donc je dirais que vraiment, les Lab’Oratoires ont une vraie proximité avec l'ensemble des parties prenantes des projets systématiquement.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Même question pour vous tous. Alice Vilcot-Dutarte notamment, sur les liens avec les acteurs de terrain.

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Le lien avec les acteurs de terrain... alors les labs, ils sont un service de l'État. Pour autant, l'innovation, elle ne se fait pas que au sein des services de l'État. Aujourd'hui, l'État n'est jamais seul sur une politique publique. Donc, il y a deux choses pour moi. Il y a la proximité des agents des services de l'État. Et ça, elle est très difficile à faire. D'abord parce que le terme d'innovation publique peut être parfois galvaudé et les gens peuvent dire : "Oui, enfin ton truc avec des post-its, ça m'intéresse pas." Alors que voilà, c'est des idées reçues. Donc, celles-là, il faut les combattre. C'est assez difficile à faire, d'autant plus sur un territoire tel que l'Occitanie qui fait approximativement la taille de l'Irlande pour vous donner une idée. Donc on essaie de se déplacer le plus possible. Par exemple, les réunions de robot, on les fait mouvantes. Donc on va dans les différents départements.

On a aussi des lieux qui existent, on a un lieu à Montpellier, un lieu à Toulouse, et on s'appuie aussi, du coup, sur les autres, ceux qui ne sont pas des services de l'État, c'est-à-dire les référents innovation qu'il peut y avoir dans les collectivités, dans les services hospitaliers, au sein du rectorat, et il y a un vrai réseau qui existe aujourd'hui qui s'appelle Oasis en Occitanie et qui permet de dépasser les frontières des services de l'État. Et donc c'est un petit peu une constellation ou un archipel, avec une dynamique à Montpellier, une dynamique à Toulouse et des dynamiques qu'on essaie de créer au plus près du terrain.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Même question, Julien Kounowski.

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Bah comme je l'ai évoqué, le Ti Lab a déjà cette chance d'être multi-partenarial. Donc déjà au sein du Ti Lab, on rencontre énormément d'acteurs territoriaux, mais ce qu'ont dit les collègues est essentiel, c'est le territoire qui fait le projet. Donc les labs sont sur les territoires, on se déplace beaucoup. On va là où sont les usagers (hein, ce n'est pas les usagers qui viennent forcément au lab, quand je dis lab, le lieu physique qui est souvent au niveau du chef-lieu de département, de région).

Mais alors, il y a des réseaux, des communautés aussi qui sont animées. Nous, on en anime aussi. On a des communautés de facilitation avec Utilo, un guide de la facilitation qui regroupe même au-delà de la Bretagne. Mais vraiment, ce que je voudrais souligner, c'est que d'être sur les territoires, d'être au plus proche, on va dire, de là où est le problème, hein, parce que c'est quand même l'enjeu, c'est ce qui crée après aussi, plus durablement que le Lab en tant que tel, des dynamiques territoriales sur l'innovation et la transformation.

Parce que l'une des plus-values de nos démarches de labs, je ne sais pas si on l'a bien souligné, mais je vais le redire, c'est qu'on apporte une autre façon de faire, des méthodes et aussi un espoir de faire autrement. Enfin, je préfère aussi le dire, mais moi ça m'est arrivé très souvent de voir, quand on va sur certains territoires, que ce soient des agents de l'État ou des collectivités, quand on arrive avec les méthodes et qu'on dit "il y a un problème", ils nous disent : "Bah ouais, mais le problème on n'arrivera pas à le régler." "Ben, on va quand même essayer, on va faire des choses, on rentre dans une démarche", puis on voit quand même qu'on arrive à bousculer ce problème. Et ben ça change même la vision de ce que sont capables de produire les services de l'État au niveau le plus proche du terrain. Souvent, c'est : "Bah on attend que le national nous dise quoi faire."

Là, on est plutôt en train de dire : "On prend notre destin en main et on entraîne les agents." Donc moi, je vois aussi pas mal d'acteurs locaux (ça va des agents publics aux collectivités et dans le privé aussi, associatif et autres) qui disent : "Mais du coup c'est génial parce que vous nous avez donné aussi envie de faire", et donc avec le Lab ou sans le Lab, bah eux aussi se mettent dans des démarches d'innovation et ça crée un écosystème beaucoup plus riche après derrière.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors, je voudrais donner la parole à quelqu'un qu'on n'a pas encore entendu depuis le début de ce rendez-vous de la DITP, de cet atelier, qui est avec nous également, qui est Amélie Durozoy qui est dans le public. On va vous... voilà, on a déjà une caméra vers vous. Amélie Durozoy, merci d'être avec nous. Vous êtes coordinatrice du réseau des Lab’Oratoires d'innovation publique. Donc vous, justement, vous supervisez, vous connaissez le travail des 16 Lab’Oratoires qu'on évoque depuis le début de cette matinée. Donc, ce lien avec les acteurs de terrain, c'est très important. Comment ces Lab’Oratoires font-ils pour faire connaître leur travail auprès de ces acteurs et pour obtenir des remontées finalement, des suggestions ?

[Amélie Durozoy, Cheffe du pôle Laboratoires d’Innovation et Lieu de la transformation publique à la DITP]
Alors, on va revenir un peu sur un sujet qui est l'animation en fait. Donc en fait, on anime et on pilote le réseau des labs en les nourrissant, en les formant, en leur offrant des parcours de formation en facilitation, participation citoyenne. On travaille aussi avec eux pour l'évaluation de l'impact de leurs projets. On valorise régulièrement, donc au moins sur les réseaux sociaux également on fait connaître, on essaie de faire connaître dans la presse les impacts de leurs travaux. Et comme le disait Christophe tout à l'heure, on a un beau projet aujourd'hui à la DITP, c'est de constituer à la fois un Campus de la transformation publique avec une nouvelle offre de formation, et aussi un What Works Centre avec des ressources qui sera donc piloté par le lieu de la transformation publique.

Puisque le lieu a l'ambition de pouvoir constituer à la fois un centre de formation et aussi un What Works Centre qui capitalise sur l'ensemble des ressources, des retours d'expérience des labs. Et ce qui est au cœur de l'animation aussi que l'on propose aux labs, c'est de pouvoir faire en sorte qu'ils partagent, qu'ils répliquent pour passer à l'échelle leurs solutions. On travaille aujourd'hui beaucoup sur les projets inter-labs. Donc on incite les Lab’Oratoires d'innovation territoriale à pouvoir répliquer, expérimenter sur les mêmes sujets pour pouvoir avoir le maximum de retours d'expérience et capitaliser, et également on veut partager ces ressources avec les autres acteurs de notre réseau, puisqu'en fait on anime également un grand réseau qui comprend aujourd'hui 130 Lab’Oratoires d'innovation (puisqu'il y a aussi les Lab’Oratoires d'innovation ministériels et les Lab’Oratoires d'innovation de collectivités).

Et donc on a organisé, le 5 novembre dernier au lieu de la transformation publique, une grande rencontre inter-labs, la communauté des Lab’Oratoires d'innovation au sens large que l'on anime. On avait plus de 100 personnes présentes, et donc on avait placé le thème de cette journée sur celle des coalitions d'acteurs. Et je crois que c'est ça au fond qui est très important de dire à travers tout ça. Ils l'ont bien exprimé aujourd'hui, c'est que les Lab’Oratoires d'innovation sont des lieux de coalitions d'acteurs. Ce sont des lieux ouverts pour travailler avec les autres acteurs de l'innovation sur le terrain. Et nous, ce qui nous intéresse, et ce qui est au cœur de l'action de la DITP dans la transformation publique, c'est de faire des coalitions d'acteurs, coalitions d'innovateurs publics par-delà les silos administratifs. Les labs le font extrêmement bien sur les territoires, et nous en fait, c'est dans la feuille de route aussi que l'on propose aux labs : c'est de pouvoir travailler, de faire des coalitions d'acteurs avec les autres labs et, au sens large, avec tous les acteurs de l'innovation publique au sein de leur territoire. Et nous, en centrale, on essaie de le faire également.

Ce qui est important, je pense aussi, et ce qui est au cœur de ce que souhaite Thierry Lambert, notre directeur, c'est de pouvoir partager au plus (le plus)... La transformation publique, elle se diffuse au plus près des territoires, des besoins des usagers et des besoins des agents publics, puisqu'en fait l'action des labs, elle est en direction des citoyens, des usagers des services publics, mais aussi des agents publics. Et c'est là en fait que pour nous les Lab’Oratoires d'innovation sont centraux, puisqu'ils sont des lieux, des bacs à sable en fait, d'expérimentation. On a parlé tout à l'heure du droit à l'erreur, et c'est vraiment... on veut libérer les énergies publiques, on veut libérer la créativité des agents publics et leur dire : "Voilà, tapez à la porte des labs".

Ce sont des espaces de créativité, ce sont de vrais bacs à sable pour expérimenter des services publics qui soient faits autrement et qui soient faits de manière "usager centré". C'est-à-dire qu'on déplace la focale aujourd'hui, on veut transformer la manière dont on fabrique les services publics en partant du besoin de l'usager quel qu'il soit. C'est-à-dire que ce soit l'agent public, qui lui porte ce service public, mais aussi l'usager qui doit en bénéficier le plus et pour qui, en fait, le service public doit être le plus accessible possible et répondre le plus rapidement et le plus facilement à ses besoins.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Alors, je vais profiter de votre présence à Amélie Durozoy pour vous poser quelques questions qui sont arrivées sur le... dans la rubrique questions (que je rappelle, vous pouvez encore nous envoyer quelques questions même si le temps file). Bonjour. Peut-on participer si on n'est pas agent mais simple citoyen ? Et puis une question également la même finalement, de Laurent Godin : Comment les acteurs associatifs peuvent signaler des simplifications à mettre en œuvre ?

[Amélie Durozoy, Cheffe du pôle Laboratoires d’Innovation et Lieu de la transformation publique à la DITP]
Eh bien tout simplement en franchissant la porte des labs, en allant voir les Lab’Oratoires, en expliquant leurs irritants. Puisqu'en fait c'est ça qui est au cœur de notre philosophie aujourd'hui et des travaux que l'on porte, c'est que les Lab’Oratoires sont des lieux ouverts, ouverts aux citoyens, ouverts aux acteurs associatifs. Venez avec votre irritant, puisqu'en fait c'est ça aujourd'hui la manière dont on conçoit la transformation publique : c'est qu'elle est au plus près des besoins de résolution de problèmes. Et pour ça, on a besoin de remonter du terrain. On part des irritants rencontrés par les citoyens pour accéder à un service public, ou par les agents publics pour mettre en œuvre une politique publique.

Et ce qui est très important et ce que je peux souligner aujourd'hui (puisqu'on a parlé beaucoup des territoires), c'est que les Lab’Oratoires sont donc très utiles aux agents publics, aux citoyens, mais surtout aussi aux préfets, puisque ce sont un outil... en fait la DITP a construit les Lab’Oratoires d'innovation territoriale, les a placés auprès des SGAR, donc des Secrétaires Généraux aux Affaires Régionales, afin qu'ils soient un vrai outil pour que le préfet puisse réussir sa feuille de route territoriale, pour transformer l'action publique au plus près des besoins, des services déconcentrés et des territoires.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Vous avez évoqué tout à l'heure la réplication, justement, des projets qui sont initiés dans un lab et, éventuellement, qui puissent être répliqués dans les autres régions, dans les 15 autres labs. Comment ça fonctionne ? Est-ce que vous avez des coopérations, vous avez mis en place des coopérations entre vous pour faire remonter les projets qui vous paraissent les plus pertinents ? On va commencer avec vous Julie Gardé.

[Julie Gardé, Responsable d’État’LIN des Pays de la Loire]
Alors bah, c'est vrai que pour rebondir sur ce que disait Amélie, le fait de se retrouver régulièrement à la DITP entre labs, bah permet de faire connaissance aussi entre nous, entre responsables de labs et équipes des labs, et du coup, voilà, de créer aussi des connexions. Aujourd'hui on est beaucoup dans le transfert un peu de compétences, de bonnes pratiques, le partage. Ça c'est vraiment quelque chose qui est assez chouette, je trouve, au sein de ce réseau des labs, c'est qu'on n'est pas chacun dans notre petit pré carré ("Moi, j'ai eu cette bonne idée, je la donnerai à personne"). Au contraire, l'idée c'est vraiment de partager. Il y a des niveaux de maturité plus ou moins importants en fonction des labs aussi. En l'occurrence, État’LIN fait partie des labs les plus anciens, né en 2017.

Donc, on a un petit peu d'expérience, et qu'on adore partager. Et puis sur les coalitions, bah c'est sur certains projets... je pense à la Bretagne sur un projet qu'on a qui a été incubé d'ailleurs, qui s'appelle Data QPV autour de la cartographie des financements des contrats de ville à un niveau, à une échelle de quartier vraiment, où le projet a été incubé d'abord en Pays de la Loire, ensuite au niveau ministériel, et puis du coup on a, voilà, élargi le champ des partenaires avec notamment le Lab Bretagne. Donc naturellement, en fait, les coalitions se font en fonction des thématiques de projet, voilà, des appétences des uns et des autres, c'est assez naturel.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Julien Kounowski sur cette possibilité de réplication des projets.

[Julien Kounowski, Chargé de mission au Ti Lab de Bretagne]
Bah rapidement, comme effectivement on arrive sur cette phase de maturité où on dépasse la question du prototype, prototype opérationnel, et qu'on est sur des enjeux de changement d'échelle (en tout cas, pareil, un vieux lab, 7-8 ans, donc ça reste jeune, mais déjà avec pas mal de projets qui sont arrivés au bout), nous on est vraiment sur l'enjeu du partage des communs. Donc déjà, tout ce qu'on produit c'est en commun, c'est du Creative Commons BY-SA. Donc c'est partagé, tout le monde peut s'en ressaisir et l'utiliser. Et de plus en plus, c'est ce que Grégoire Tirot évoquait tout à l'heure, on essaie d'avoir de nouvelles ressources pour justement aider à porter le changement d'échelle sur d'autres territoires et d'autres labs.

Donc tu as évoqué Data QPV. Donc en fait ça part aussi de Data État, un autre projet. Aujourd'hui, Data État, on est en train de le diffuser dans 8 nouvelles régions, donc avec l'aide de plusieurs Lab’Oratoires dans ces régions pour diffuser ce projet qui remet à disposition la donnée financière, et qui permet d'avoir une vision interministérielle et précise de ce que l'État (enfin, pour répondre à une question précise et simple) : "Qu'est-ce que l'État finance sur un territoire ?" On ne savait pas avant, maintenant on arrive à le faire et ça, ça permet de faire autrement nos politiques publiques. On a aussi des projets comme l'Accueillette. L'Accueillette, c'est tout un outil aussi sur les accueils des publics, pour mieux évaluer, pour voir comment faire évoluer les accueils, pour rendre un meilleur service ou en tout cas se poser autrement les questions.

Donc ça aussi, on est en inter-labs, avec plusieurs Lab’Oratoires, avec trois autres labs (sinon même un 4e), pour diffuser l'expérimentation et capitaliser collectivement dessus. Euh, je pense aussi à Utilo (hein, que j'ai évoqué tout à l'heure, donc toute notre démarche sur les outils de facilitation et d'intelligence collective) qui est aujourd'hui largement diffusé dans tous les Lab’Oratoires qui ont voulu s'en saisir, et donc bien au-delà de la Bretagne bien entendu. Donc voilà. Donc on est de plus en plus sur du partage, mais surtout aussi sur de la co-expérimentation et ça je trouve ça intéressant. C'est-à-dire que même une région, si on veut après industrialiser au national (parce qu'on va finir là-dessus, c'est vraiment chaque région a aussi ses réalités), donc plus on peut expérimenter sur différents territoires de différentes régions, un projet qui part d'un univers très local, plus on a des chances de pouvoir après l'industrialiser au national, si d'aventure le ministère ou les ministères concernés veulent bien nous soutenir.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Christophe Trouillard,

[Christophe Trouillard, Responsable du SII Lab dans les Hauts-de-France]
Il y a un exemple aussi de transfert d'une région à l'autre. Donc, c'est le portrait qui a été présenté aujourd'hui. On a fait, nous SII Lab, l'entremetteur avec les Hubs qui ont la responsabilité de l'animation de l'inclusion numérique sur les territoires. Alors ça c'est des transferts, je veux dire latéraux. Vous avez aussi... comme tu disais (hein, de plusieurs bacs à sable), sur PORTREA par exemple, le problème de l'identification des zones blanches autour de l'inclusion numérique. Euh, il y a eu une initiative en Aquitaine, il y a eu une expérimentation en Bretagne, et également eu chez nous sur comment calculer des indicateurs pérennes, et qui suivent surtout l'évolution. Et puis après, vous avez une troisième qu'on a essayé de concrétiser mardi au lancement du mois de l'innovation publique, où on se met directement en coalition dès le début, par exemple sur l'invitation à faire des simplifications dans chacune des régions. Et ben on va se mettre ensemble pour constituer un bloc qui serait prêt à déployer dans tous les départements dès le départ.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Un dernier mot parce qu'on va devoir arrêter là-dessus, Alice Vilcot-Dutarte, sur cette coopération inter-labs.

[Alice Vilcot-Dutarte, ancienne Responsable du Lab'O en Occitanie]
Je vais avoir des propos, on va dire très très "Bisounours", mais on a la chance d'avoir une Direction Interministérielle de la Transformation Publique qui accorde énormément d'attention aux humains, en fait, qui constituent ce réseau, parce que je pense que c'est des personnes aussi qui sont convaincues que l'innovation oui, c'est des outils, c'est des logiciels, mais c'est surtout des gens qui ont une vision et une vision qui est très juste. Tu parlais d'intelligence de territoire et, Julie l'a dit, on se connaît, et en fait tout le réseau tient parce qu'en fait il y a des chefs de pont qui sont là, qui sont présents, qui sont des humains en fait. Avec leurs failles, leurs qualités et leurs croyances et leurs valeurs, et nous pas également.

Et en fait rien que ça, c'est ultra riche. Aujourd'hui, je trouve que les enjeux, c'est optimiser, simplifier, aller plus vite, mais sans déprécier, sans perdre sur le facteur humain. Et je trouve que c'est quelque chose qu'on arrive assez bien à faire, et ça reste aujourd'hui l'enjeu de l'innovation.

[Antoine Fonteneau, Acteurs Publics]
Ben, c'est une belle conclusion. Merci beaucoup Alice Vilcot-Dutarte pour terminer. Merci à vous cinq d'avoir été avec nous. Julie Gardé, vous êtes venue des Pays de la Loire. Julien Kounowski, merci également. Christophe Trouillard également. Alice Vilcot-Dutarte à l'instant, et puis Amélie Durozoy qui est dans le public et qui a pris la parole tout à l'heure. Merci également à Grégoire Tirot qui était en introduction de ce rendez-vous de la DITP. Merci beaucoup à vous.

On n'a pas pu répondre à toutes les questions, il y a encore eu des questions qui sont arrivées tardivement mais on n'a pas pu répondre en direct, mais on pourra y répondre plus tard. Donc surveillez vos messages, on pourra éventuellement répondre à vos questions et à vos interrogations. Merci à vous de nous avoir suivis, et à bientôt pour le prochain rendez-vous de la DITP avec Acteur Public TV.

Créés par la DITP en 2016 auprès des préfets de région, les laboratoires interministériels d’innovation territoriale ont démontré leur impact grâce à leur expertise dans divers domaines : design de services, efficacité opérationnelle et coaching de projet, facilitation, participation citoyenne.

Piloté par la DITP, le réseau, qui compte actuellement 16 laboratoires, est mobilisé pour porter la simplification et la transformation de l’action publique au sein même des territoires. Au total, près de 150 projets innovants ont été développés en 2024.

Quels sont les objectifs des projets portés par ces laboratoires d’innovation publique territoriale ? Quels sont les méthodes employées et leurs impacts sur l’action publique ? 

Les labs rassemblent une multitude de compétences : intelligence collective, accompagnement des projets, design de services, participation citoyenne... Dans l'objectif de proposer des solutions à l'échelle du terrain, internaliser les compétences, innover au sein de l'action publique, pour transformer au niveau national.

« L'idée est de transformer la manière de construire l'action publique en partant des spécificités de chaque territoire afin de trouver des solutions. Les labs incarnent cette volonté de simplification, partir des problèmes concrets aboutit à des résultats plus efficaces. »

Grégoire Tirot

Au programme

Introduction de Grégoire Tirot, chef de service Innovation et Participation citoyenne, DITP

Regards croisés :

  • Simplification de la vie des agents, avec la présentation du Rob’O (Centre d’excellence de robotique en Occitanie) visant à transformer le quotidien des agents en automatisant les tâches répétitives à travers une offre de service intégrale en Robotic Process Automation (RPA)
    Avec Alice Vilcot-Dutarte, ingénieure élève du corps des Mines, ancienne conseillère du préfet de la région Occitanie et ancienne responsable du Lab’O (Occitanie)
  • Simplification de la vie des usagers : FALC (Facile à Lire et à Comprendre) pour lutter contre l'illettrisme
    Avec Christophe Trouillard, responsable du Service appui à l’innovation des politiques publiques, Plateforme innovation et méthode, Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités, SII Lab (Hauts-de-France)
  • Améliorer l’accès aux services public : PORTREA (Portrait Territorialisé de la Relation e-Administrative), qui permet d’associer sur une même cartographie les besoins des habitants d'un territoire en matière d'accompagnement aux démarches administratives et d'accès aux droits numérisés
    Avec Julien Kounowski, chargé de mission innovation publique, modernisation et développement des usages numériques, Ti Lab (Bretagne)
  • Offre de service pour l’incubation de projets : ce programme a pour objectif d’accompagner les agents publics pour concevoir et améliorer des politiques publiques et des services qui répondent aux besoins des agents et des citoyens 
    Avec Julie Gardé, responsable d’État’LIN (Pays de la Loire)
  • Pilotage et animation du réseau des labs :  la DITP fédère une communauté de laboratoires publics territoriaux dont elle accompagne la montée en compétence des équipes, met en lumière leurs réussites et crée des coopérations sur projets
    Avec Amélie Durozoy, cheffe du pôle Laboratoires d’Innovation et Lieu de la transformation publique à la DITP
     

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