Langage clair et services publics : comment rendre les écrits administratifs accessibles à tous ?

Vidéo Publié le 11 avril 2024 · Mise à jour le 20 juillet 2026

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Retour sur le webinaire inédit "Langage clair et services publics", organisé par la DITP le 4 avril 2024.

[Replay] Webinaire "Langage clair et services publics"

Webinaire "Langage clair et services publics"

[Cindy Kus, Cheffe de projet simplification du langage administratif et juridique à la DITP]
Bonjour à tous. Nous allons commencer, nous vous prions de nous excuser de ce léger retard par rapport à l'heure de début de ce webinaire qui est lié à des problèmes techniques. En tout cas, merci de votre participation et d'être, de vous être connectés en nombre pour suivre ce webinaire consacré au langage clair et aux services publics. Cet événement est organisé par la DITP, et notamment l'équipe simplification du langage administratif et juridique au sein du service expérience usager. Le programme langage clair est piloté et animé par Élise Potier, qui est chef de projet simplification et sciences comportementales, qui est à côté de moi, et moi-même Cindy, et je suis chef de projet simplification du langage administratif et juridique.

Pourquoi ce webinaire ? Car pour l'État et les institutions publiques, communiquer clairement est un enjeu stratégique fort. Par des documents et des informations claires, ça permet d'accéder à ses droits, d'exercer sa citoyenneté, de s'informer, de se soigner, de prendre des décisions. Pour les services publics, c'est un outil essentiel de la relation au public et c'est au cœur de la qualité de service et de l'efficacité de l'action publique. C'est pourquoi la DITP organise ce webinaire pour parler du langage administratif clair, du langage clair qui est aujourd'hui norme internationale, et de la promotion du langage clair au Parlement européen.

Nous sommes ravis d'accueillir lors de cet événement, alors, les intervenantes sont à l'écran et puis merci à elles d'être présentes. Merci à tous aussi d'être là. On est ravi d'accueillir Mélissa Fort, agrégée de lettres modernes. Elle a exercé plusieurs années dans l'enseignement secondaire avant de rejoindre les ministères, le ministère des Affaires sociales sur des missions relevant de la sphère éducative et sociale. Elle a travaillé notamment sur les politiques familiales, la protection de l'enfance et les politiques d'égalité entre les hommes et les femmes, avant de rejoindre le ministère de la Culture.

Mélissa Fort est chef de la mission emploi et diffusion de la langue française à la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, au sein du ministère de la Culture, et je dois dire que la DGLFLF et la DITP ont une belle collaboration autour de la langue administrative claire. Mélissa Fort nous présentera et nous parlera de la langue française et des enjeux citoyens associés à cette politique publique.

Nous accueillons également Madame Valérie Delavigne, maîtresse de conférences en sciences du langage à l'université Sorbonne Nouvelle. Elle a accompagné pendant plusieurs années les rédacteurs de la plateforme d'information de l'Institut National du Cancer où elle a notamment dirigé le dictionnaire en ligne pour les patients. Elle anime diverses formations à l'écriture de vulgarisation. Ses recherches portent sur les usages et la circulation sociale des terminologies et sur les formes de la vulgarisation scientifique, technique et médicale. Elle travaille aujourd'hui à l'élaboration d'un dictionnaire critique sur l'écologie tout en poursuivant ses recherches sur les aspects langagiers des expertises médicales. Experte auprès de la commission de terminologie AFNOR depuis 2014, elle est coréférente avec Madame Sylvie Cardé de la norme sur le langage clair. Elle nous parlera de l'accueil de l'autre, pardon, et comment rendre un texte hospitalier.

Madame Fanny Muñoz, chef de projet à l'AFNOR sur des sujets de management et de services, accompagne les membres des commissions de normalisation française sur l'ingénierie de normalisation comme, par exemple, l'établissement et le suivi de programme de travail, la stratégie de normalisation européenne et internationale, et l'élaboration de normes françaises. Elle est la secrétaire de la commission française terminologie, principe et coordination qui a produit la norme langage clair. Elle nous parlera de la normalisation volontaire au service du langage clair.

Et enfin, Madame Isabelle Marton, j'avoue que je ne sais... vous pourrez nous dire, qui est originaire de Normandie. Après avoir obtenu un diplôme d'études de traduction spécialisée à l'École supérieure de traduction et d'interprétation à Paris, elle débute sa carrière dans le département de traduction de Siemens en Allemagne en 91. Elle rejoint les institutions européennes, d'abord comme traductrice à la Commission européenne puis à partir de 2005 au Parlement européen. Après 11 ans dans l'unité de traduction française du Parlement européen, elle intègre l'unité de coordination de la qualité, une unité centrale chargée de coordonner et de superviser le système qualité de la direction générale de la traduction. En 2021, elle devient chef de l'unité du langage clair et de la vérification rédactionnelle de la nouvelle direction du langage des citoyens, dont l'objectif est de promouvoir le langage clair dans les 24 langues officielles et dans divers formats texte, audio et vidéo, et de rendre ainsi le Parlement européen plus accessible aux citoyens. Isabelle nous parlera de la promotion du langage clair au Parlement européen.

Vous aurez compris, il y a quatre grands temps forts à ce webinaire : langage clair et service public. Ce webinaire est enregistré, il pourra être visionné en différé sur le site de la DITP mais également sur les réseaux sociaux. Vous pouvez poser vos questions aux intervenantes dans le chat. Un temps de questions-réponses est prévu après chaque intervention.

Et maintenant, on invite à monter sur scène Madame Mélissa Fort pour venir nous parler de la langue française et des enjeux citoyens.

[Mélissa Fort, Cheffe de la mission emploi et diffusion de la langue française à la DGLFLF du ministère de la Culture]
Merci beaucoup, merci, et bonjour à toutes et à tous. Et tout d'abord un grand merci à la direction interministérielle de la transformation publique pour cette invitation à participer à ce séminaire consacré au langage clair et aux services publics. C'est un sujet qui permet de mettre en lumière les enjeux de langue, et évidemment de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France au ministère de la Culture, DGLFLF. Je vais employer un acronyme un peu... enfin en essayant d'éviter le jargon administratif, évidemment, c'est un sujet qui nous intéresse particulièrement.

Effectivement, le ministère de la Culture mène une politique linguistique interministérielle, et en coordination donc avec de très nombreux partenaires sur le sujet de la langue française et du plurilinguisme. Donc c'est bien une politique en tant que telle qui est coordonnée par l'État. Et donc, à ce titre, la délégation intervient de manière très large sur les enjeux de la langue et des langues entre elles.

Donc en deux mots, pour vous donner un aperçu de son périmètre d'intervention, la délégation veille tout d'abord à l'emploi de la langue française, donc à savoir le suivi des obligations d'emploi du français dans les différents secteurs de la société. Elle contribue aussi à l'enrichissement de la langue avec la création de nouveaux termes chaque année qui sont publiés au Journal officiel et qui constituent une terminologie. Elle appuie aussi la promotion des autres langues parlées sur le territoire, à savoir les langues régionales, les langues des outre-mers ou les langues portées par les flux migratoires, et elle mène des actions aussi pour favoriser la maîtrise de la langue.

Elle travaille également sur l'innovation et les technologies des langues à travers l'intelligence artificielle et le numérique. Et enfin, elle a une dimension internationale et européenne, donc avec la promotion du français, de la Francophonie dans le monde. Donc c'est une politique globale qui fait d'ailleurs l'objet d'un rapport au Parlement chaque année pour rendre compte des avancées.

Et il y a un pan particulier de cette politique qui intéresse plus particulièrement le sujet du langage clair et des services publics, c'est la langue employée par les services publics dans le cadre de la loi Toubon, la loi du 4 août 94 relative à l'emploi de la langue, qui définit les obligations d'emploi du français. Puisque finalement, le partage d'une langue commune, c'est le premier garant de l'intelligibilité des échanges entre les citoyens et les institutions. Et la langue, c'est un objet politique puisqu'elle porte en elle les conditions de la participation à la vie sociale, les conditions de participation à la citoyenneté, et à tous les droits que celles-ci recouvrent.

On peut aussi noter que la langue française est envisagée comme un bien commun, parce que c'est aussi un héritage historique. L'unification du pays par la langue, c'est un marqueur fort en France, avec un mouvement qui a pu être initié avec la signature de l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, et qui a fait du français à la place du latin la langue des décisions judiciaires et des actes administratifs. Ce mouvement s'est évidemment poursuivi lors de la Révolution française et a abouti en 1992 à l'inscription dans la Constitution, à l'article 2, du principe selon lequel la langue de la République est le français.

Donc la langue est ainsi posée comme un référent de la nation et comme un gage d'unité, et elle est envisagée comme une composante du lien social. Et c'est pour cette raison que l'exigence de son intelligibilité est un enjeu citoyen.

Alors s'agissant du partage d'une langue commune, je vais évoquer plus particulièrement la loi du 4 août 94 dite loi Toubon, puisque c'est elle qui le garantit. Et je soulignerai à cette occasion deux points. D'abord, il s'agit d'une loi d'utilité et de cohésion sociale. La loi Toubon incarne dans le droit le principe constitutionnel selon lequel la langue de la République est le français. Et c'est une loi qui est parfois mal comprise, et qui n'est pas une loi rétrograde qui viserait à contrôler le contenu de la langue ou à faire la chasse aux mots étrangers ou aux anglicismes. C'est bien une loi sociale qui est fondée sur un principe simple : le partage d'une langue commune pour une compréhension réciproque dans la vie quotidienne.

Elle pose ainsi un droit au français en garantissant son emploi dans les principales circonstances de la vie quotidienne, comme le détaille l'article 1er. Un droit au français dans les services publics, dans l'enseignement, dans l'accès au savoir et à la culture, au travail, dans les affichages informatifs de l'espace public, dans la publicité et dans les pratiques de consommation, avec la traduction si besoin des notices et des modes d'emploi des objets du quotidien. Donc tous les citoyens ont ainsi le droit de s'exprimer dans leur langue et de recevoir une information dans leur langue. Mais il faut souligner que ce droit n'est pas exclusif de l'usage d'autres langues, qu'elles soient régionales ou étrangères. La loi Toubon n'oppose pas les langues entre elles.

Alors le deuxième point à souligner, c'est que c'est une loi qui engage particulièrement les acteurs publics. Ils sont investis d'une responsabilité particulière puisqu'ils sont garants de l'emploi du français dans leur relation avec les usagers, et des obligations spécifiques s'imposent à eux. Les administrations doivent privilégier systématiquement l'emploi du français dans leurs rapports avec les usagers, dans leur communication interne et externe, orale, écrite, sur l'ensemble des supports employés. Les nouveaux termes qui sont publiés au Journal officiel, que j'évoquais en début d'intervention, s'imposent aux administrations de l'État.

Il y a d'autres obligations spécifiques qui concernent, par exemple, l'organisation de manifestations ou de colloques, ou dans les intitulés des marques publiques. Je ne rentrerai pas dans le détail ici, mais on voit bien que l'ensemble de ces dispositions témoigne d'une exigence d'exemplarité qui est demandée de la part des services publics dans leur relation avec les usagers.

Alors, dans un troisième point, j'aborderai la question de ce besoin d'intelligibilité de la langue qui est régulièrement confirmé par les enquêtes d'opinion et par l'actualité. La question qu'on peut poser, c'est comment et à qui parle-t-on, et quelles sont les conséquences des manquements à ces obligations d'emploi de la langue française ? De la DGLFLF, nous sommes bien entendu destinataires des réactions que peuvent susciter ces manquements. Et on voit bien également, par le biais d'études récentes que nous avons menées en prenant l'appui d'un organisme de recherche, le Crédoc, nous avons mené des études sur le rapport que les Français entretiennent avec leur langue. Et qui ont bien montré que ceux-ci étaient très attachés à leur langue, premier constat, et qu'ils percevaient négativement ce qui pouvait lui porter atteinte.

La nécessité d'un recours systématique à la langue française par les services publics est ainsi une évidence pour 9 personnes sur 10, et une majorité de répondants se sent exclue lorsque l'on s'adresse à eux avec des termes qu'ils ne comprennent pas ou qui n'appartiennent pas à leur langue. On voit donc qu'il y a des fractures linguistiques qui peuvent aussi alimenter des fractures sociales et générationnelles. Puisque l'enquête, en croisant les items qui composent le profil des répondants, permet de montrer qu'il y a un sentiment d'exclusion qui est extrêmement élevé, par exemple chez les catégories socio-professionnelles les moins diplômées ou ceux qui sont les plus âgés.

Le besoin d'intelligibilité de la langue, il est également très aigu, en tout cas, il se fait régulièrement ressentir au fil de l'actualité. Et le dispositif d'enrichissement de la langue française, que je vais évoquer maintenant, en est une illustration puisque ces travaux reflètent aussi les mutations du monde contemporain. Donc ce dispositif, pour en parler très rapidement, c'est un dispositif qui est coordonné par le ministère de la Culture et placé sous l'autorité du Premier ministre, et qui repose sur un réseau de 19 collèges thématiques répartis dans 11 ministères. Il associe étroitement à ses travaux l'Académie française, l'Académie des sciences, l'AFNOR, l'Arcom, les services de traduction de l'Union européenne et d'organisations internationales. Et c'est un dispositif qui vise à maintenir la capacité du français à exprimer toutes les réalités du monde contemporain en créant de nouveaux termes, et notamment dans les domaines scientifiques et techniques. Donc c'est bien un outil qui est au service de l'intelligibilité de la langue.

Et cette exigence d'intelligibilité, elle se fait davantage ressentir dans les périodes de crise et de mutation, puisque ces périodes, en fait, elles sont propices à l'émergence d'un lexique qu'on voit apparaître et qui répond au besoin de penser les bouleversements en cours. On peut évoquer par exemple l'épidémie de Covid-19, qui a amené à la redécouverte de termes français qui étaient peu employés comme pandémie ou quarantaine par exemple, ou alors des termes réservés jusqu'alors aux spécialistes comme comorbidité ou asymptomatique. On a constaté parallèlement le développement d'anglicismes nombreux qui étaient parfois mal compris, parfois imprécis, alors qu'ils concernaient la protection et la santé des citoyens.

Donc des publications ont pu être éditées à cette occasion pour répondre à ce besoin, avec des publications comme "Sanitaire : le dire en français". Et je pourrais également citer un exemple beaucoup plus récent avec une dernière publication qui a été faite en écho au lancement des États généraux de l'information, avec un recueil de termes : "Les mots de l'information : 60 termes clés pour penser en français les thèmes de l'information, de la désinformation et l'éducation aux médias", qui sont en progression dans le débat public. Donc on le voit bien, la langue n'est pas figée, mais elle est en prise directe avec les évolutions du monde contemporain.

Donc la politique linguistique menée par le ministère de la Culture avec l'ensemble de ses partenaires intègre ainsi, à un moment ou à un autre, dans l'ensemble de ses composantes, la question de l'intelligibilité de la langue qui nous occupe aujourd'hui, puisque c'est une exigence majeure au regard des attentes des citoyens. Et je ne doute pas que nos échanges vont permettre d'en approfondir les enjeux et les perspectives. Merci beaucoup, je vous repasse la parole Élise.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
Merci, visiblement je crois que oui, super. Voilà, donc j'arrive, et bien parfait, donc vous avez... merci, merci beaucoup.

[Valérie Delavigne, Maîtresse de conférences en sciences du langage à l'Université Sorbonne Nouvelle]
Merci Mélissa pour ce petit rappel du travail mené par la DGLF, qui n'est pas toujours connu, effectivement. Alors DGLFLF. Et merci beaucoup à Cindy et Élise d'organiser ce webinaire qui permet de parler de quelque chose qui n'a pas forcément toujours un accueil, en tout cas une publicité particulière, notamment dans le monde universitaire, et qui est d'une actualité brûlante. Parce que pas plus tard que tout à l'heure, je recevais un mail de la lettre d'information de Campus Matin pour notifier le fait que les étudiants étrangers et les établissements font face ensemble aux galères administratives. Donc on est en plein dans notre sujet.

Alors pour ma part, moi je vais me consacrer plus particulièrement à la norme qui a été publiée par l'AFNOR il y a peu. Je laisserai Fanny présenter un petit peu plus particulièrement, donc à la suite de mon intervention, ce dont il est question. Et mon propos va tenir plus particulièrement sur tout ce qui concerne la démarche de simplification administrative, qui vise à optimiser la communication entre l'État et les citoyens, dans laquelle la France s'est engagée, avec notamment des guides de rédaction clairs et simples, mais qui posent un certain nombre de problèmes à la linguiste que je suis. Et notamment par l'hétérogénéité des préconisations et le fait, la portée de ces validités et les problématiques mises en jeu.

Donc l'objectif de ma présentation, ça va être d'abord de rappeler l'historique du langage clair, vous verrez mes réserves. Je vous présenterai donc la norme par la suite en essayant d'envisager, dans un dernier point, son opérationnalisation, mais vous verrez peut-être plutôt ses limites.

Alors, la clarté est un horizon, ce n'est pas quelque chose qui est atteignable tout à fait très facilement, et c'est une idée qui est ancienne, il faut bien le dire. Qui est venue d'ailleurs, qui est venue des États-Unis avec un pragmatisme qu'on leur connaît, avec notamment le mouvement dit du Plain Language, qui a émergé donc après la Seconde Guerre mondiale. Ça a commencé à se développer un peu plus particulièrement dans les années 60-70 aux USA où le gouvernement fédéral a encouragé l'évitement du jargon, nous reviendrons sur ce mot jargon, le jargon bureaucratique. Et puis depuis 1994, un groupe de travail PLAIN travaille sur le langage clair et produit un certain nombre de ressources qui sont tout à fait intéressantes.

Au Canada, cette idée a été reprise par un groupe qu'on appelle le groupe Rédigé, qui est un groupe de recherche en rédactologie de l'Université Laval à Québec. Un groupe qui est extrêmement actif et qui produit aussi des choses tout à fait intéressantes, et notamment qui sont à l'origine du manuel "De la lettre à la page web, savoir communiquer avec le grand public", destiné à l'ensemble de la fonction publique canadienne.

Tout cela est arrivé en France, donc dans le cadre de ce mouvement dans lequel les administrations publiques sont engagées depuis plus d'une vingtaine d'années chez nous. Avec une vraie prise de conscience de l'opacité de certains discours administratifs, la difficulté de remplir certains documents, certains formulaires. Ce qui a donné en 2001 la création du Comité d'orientation pour la simplification du langage administratif, COSLA, à la tête duquel était un linguiste, Pierre Encrevé, et dont la mission était de proposer au gouvernement des mesures concrètes pour améliorer la qualité du langage courant de l'administration.

Donc l'idée, c'était de simplifier les dossiers et les formulaires administratifs, par exemple Cerfa, etc. J'ai eu l'occasion de travailler notamment avec des sociologues autour du RMI et on a pu mesurer toute la difficulté pour des universitaires de remplir ce type de questionnaire. L'idée c'est aussi de simplifier des courriers pour qu'ils soient mieux compris et que les usagers mènent des actions qu'on attendait d'eux, comme tout simplement apporter une réponse spécifique sur un point, fournir un document, effectuer un règlement ou alors ne rien faire.

Et tout cela, ben effectivement, a été mené avec ce qui ne s'appelait pas encore la DGLFLF, seulement la DGLF, la Délégation Générale à la Langue Française, et qui a produit un certain nombre d'outils, comme le guide pratique de la rédaction administrative, le lexique administratif qui reste en ligne encore et qui a été actualisé, et puis un logiciel d'aide à la rédaction administrative, LARA, qui lui a évolué sous d'autres formes.

Donc quand on parle de simplification, on est dans un idéal de transparence parce que qui dit simplification va supposer à l'origine une complexité, une opacité et un manque d'accessibilité. Tout à l'heure, une remarque était faite sur le fait qu'il y ait certes soit des choses d'ordre linguistique mais aussi liées au développement du numérique. Mais c'est aussi un problème politique, puisque c'est la relation avec les usagers, l'objectif étant de faire en sorte que les services publics soient plus efficients.

Donc une démarche vers l'accessibilité, ça peut s'entendre à la fois sur le plan matériel et le plan cognitif, pour permettre à tout citoyen d'exercer ses droits. Et là vous avez un ouvrage qui est issu des actes de colloques qui ont été menés, auxquels j'ai participé avec Isabelle Clerc en 2022, que vous pourrez retrouver éventuellement en bibliographie à la fin. Et puis ça veut dire que du côté de l'administration, cet aménagement linguistique est un indicateur parmi d'autres, bien sûr, d'une démarche qualité, et du côté des citoyens, la garantie d'accès aux textes va porter en fait une visée émancipatrice et permettre l'exercice de la démocratie.

Donc des deux côtés on a une injonction, finalement, qui exprime le fantasme d'une communication transparente, idéal contemporain qui est censé optimiser l'ensemble du fonctionnement du corps social pour reprendre les mots de Wolton en 97, mais qui reste d'actualité. Donc il s'agit de viser une efficacité communicationnelle. Mais le langage clair, qu'est-ce que c'est ? Et bien ce n'est pas si clair. Qu'est-ce que ça signifie de recommander à un rédacteur de s'adapter à son public, d'être concis, d'être simple, d'être compréhensible, ce que la norme que nous allons voir ensuite préconise ?

Tout cela, ce sont des notions à interroger, à penser, à travailler. Comment on va mesurer l'efficacité d'un discours ? Quels indicateurs vont permettre d'évaluer ces facteurs d'un point de vue de la recherche ? Qu'est-ce qu'on peut mettre en œuvre comme catégories d'analyse ? Et sans doute que, ben, il y a le poids, parfois difficilement mesurable, des structures organisationnelles ou institutionnelles qui font que, ben, tout cela, ça pèse sur les documents qui peuvent être produits.

Alors, donc il y a une norme qui est donc toute récente, qui s'appelle "Langage clair et simple - Principes directeurs et lignes directrices", et je ne suis pas l'autrice de cette norme. C'est une norme qui nous vient de l'ISO et que nous avons adaptée en français, et je suis juste chargée au sein de l'AFNOR de la suivre. Donc cette norme s'intitule "Langage clair et simple". Le titre initial était "Langage simplifié", mais nous y avons relevé une ambiguïté avec le fait que l'on pouvait le confondre avec ce qu'on appelle le FALC, dont vous avez peut-être entendu parler si vous vous intéressez à ces questions de simplification et clarification, qui est donc le FALC, Facile à Lire et à Comprendre, et qui propose pour sa part des règles de rédaction pour rendre une information compréhensible pour les personnes qui maîtrisent mal le français ou qui sont atteintes d'un handicap intellectuel.

C'est une norme qui est une traduction. Alors pourquoi je vous le dis ? Parce qu'il y a certaines curiosités, comme par exemple "Architecte d'information", que nous aurions aimé modifier mais il n'a pas été possible de le faire. Et pour ceux et celles qui souhaiteraient s'en saisir, ce dont évidemment je vous y invite, c'est un document relativement court. Et finalement, on a 11 pages réellement de norme hors annexes, qui est bien structuré, comme elle le préconise elle-même, et avec une bibliographie que vous pourrez trouver également. Et qui repose sur à la fois un savoir expert et de l'empirisme, mais qui du coup reste aussi critiquable au sens positif du terme, en tout cas au sens que je donne en tant que chercheuse, à savoir que c'est quelque chose sur lequel on doit éventuellement réfléchir.

Parce que quand on parle du titre même de langage clair et simple, ben le mot même "langage" pose un problème à une linguiste notamment, puisqu'en fait on distingue le langage et les langues. Qu'est-ce que ça veut dire qu'un langage simple et qu'est-ce que ça veut dire qu'un langage clair ? Donc il y a en fait différents termes qui restent assez peu définis, où il y a des oscillations terminologiques, c'est-à-dire que les uns et les autres ne les utilisent pas toujours de la même façon. Mais ce qui est intéressant finalement de retenir au-delà de cette terminologie, c'est surtout qu'il y a différents niveaux du texte qui vont participer à une efficacité rédactionnelle, qui peuvent se décliner avec différents termes que j'ai essayé de rapidement vous lister ici.

Comme les questions de lisibilité, qui sont tout simplement liées à des scores qui évaluent la facilité de lecture selon différents critères. Je vous en ai donné un petit exemple ici, rassurez-vous, ce ne sont pas... ce sont des choses que font les machines sans qu'on ait besoin de s'y confronter. Mais en tout cas, ce sont des formules qui sont fondées sur un certain nombre de critères comme la longueur des mots, la longueur des phrases, le nombre de mots par phrase, la taille des paragraphes, ou l'appartenance d'un mot à une liste de fréquences, ou l'estimation de la redondance. Donc ils peuvent être éventuellement un indicateur bien évidemment. Et que vous trouvez tout simplement sur vos logiciels Word avec l'outil statistique, vous retrouvez ce genre de chose, pas cette formule-là que l'on doit à Henry, mais qui est un petit peu ancienne, mais que vous pourrez trouver également. Je pourrai répondre à vos questions si vous en avez là-dessus.

Ça pose également des questions de cohérence et de cohésion, de la question de la clarté qui va plus correspondre peut-être à l'efficacité d'un texte, des questions d'intelligibilité, des questions de compréhensibilité. Tout ça finalement tendant vers un horizon, on va dire, d'efficacité rédactionnelle.

Alors venons-en un petit peu plus particulièrement à la norme en elle-même. La norme est assez facilement... on peut s'en saisir assez facilement dans la mesure où elle présente quatre lignes directrices, tout simplement, comment faire une information pertinente, facile à trouver, compréhensible, qui tout cela rassemblé nous donnerait des informations utilisables.

Donc ces quatre principes sont les suivants : les lecteurs peuvent facilement trouver ce dont ils ont besoin, autrement dit, c'est facile à trouver. Les lecteurs obtiennent ce dont ils ont besoin, et donc là la norme le qualifie de pertinent, qui à mon avis est plus une traduction de l'anglais que vraiment le sens auquel on entend la pertinence en français, mais bon c'est pas grave je vais développer par la suite. Les lecteurs peuvent facilement comprendre ce qu'ils trouvent, donc elle doit permettre de produire des choses qui sont compréhensibles, et peuvent facilement trouver l'information, autrement dit être utilisable. Toutes ces lignes directrices sont rassemblées selon les principes, et vous voyez que l'utilisabilité est placée au cœur de ces quatre principes.

Alors de façon assez didactique, on trouve en annexe 1 l'ensemble des éléments qui sont rassemblés sur la question : la pertinence, facile à trouver, compréhensibilité, l'utilisabilité. Je vais vous proposer non pas un parcours didactique, mais rapidement pour essayer de vous présenter ces quatre lignes. La pertinence, c'est effectivement d'abord comprendre les lecteurs et leurs besoins. C'est un souci par exemple, ben, quelle était la présentation que je devais faire ? Quels étaient vos besoins ? Comment on trouve ce genre de besoin ? Comment on arrive à modéliser ce genre de besoin préalablement à toute rédaction, ce qui doit être fait ? Mais effectivement, c'est là une vraie difficulté puisqu'il s'agit de se questionner sur le type de document, sur le contenu, sur les compétences des lecteurs, leurs connaissances du sujet et les tâches qu'ils doivent accomplir.

C'est une des grosses difficultés, puisque comment l'on mène des interrogations, des enquêtes, comment on connaît leur disponibilité temporelle, l'attention qu'ils vont porter au document, ou estimer leur intérêt et leur état émotionnel, autant de choses qui sont précisées dans la norme. Tout ça n'est pas toujours très facile. Et au niveau des contenus, bien évidemment, ce critère de pertinence demande une réflexion sur les besoins des lecteurs et une éthique dans la sélection et l'inclusion de contenus sans en omettre.

Le deuxième point, c'est le fait qu'une information est censée être facile à trouver, autrement dit que la structure du document doit permettre de déterminer rapidement de quoi il traite et s'il répond à l'objectif du demandeur. Autrement dit, c'est la mise en forme là qui est mise en avant. Sachant qu'une structure claire et l'organisation visuelle permettent un repérage efficace par des titres, des informations essentielles qui sont censées être surtout plutôt en début de document ou de chapitre ou de paragraphe, selon la longueur du document que vous êtes en train de rédiger éventuellement. Et puis d'introduire de nouvelles informations de manière logique. Tout ça fait appel évidemment à des techniques visuelles éventuellement, donc avec de la mise en évidence par du gras, du titrage, de la proximité, de la similarité entre les éléments, et des informations qui seraient superfétatoires à renvoyer en annexe. Autrement dit, l'attention est portée là sur la forme matérielle des documents et la mise en page de l'espace du texte qui vont contribuer à la production du texte.

Évidemment, il doit être également compréhensible. Et ces points-là me sont plus familiers, puisqu'en fait il s'agit là plus particulièrement des questions linguistiques. Et donc les préconisations qui sont en général, et que l'on retrouve dans beaucoup d'autres guides sur le langage simplifié, c'est ben par rapport aux mots notamment, choisissez des mots familiers au lecteur, préférez des mots courts aux mots longs, prêtez attention aux sigles, aux abréviations, adressez-vous directement au lecteur. Et puis sur le plan des phrases, de préférer les phrases simples. Vous voyez tout de suite que le SVC que je vous ai mis entre parenthèses doit être pour vous extrêmement opaque, il s'agit tout simplement d'une phrase de type Sujet Verbe Complément. Elles doivent être courtes, concises, avec une idée par phrase, et donc à éviter par rapport à des phrases longues avec des incises comme ceci. Et puis d'autres préconisations comme utiliser la voix active, de proposer des exemples concrets, etc. Ou sur les paragraphes, une seule idée, des paragraphes articulés et avec des images et des éléments multimédias.

C'est la raison pour laquelle vous avez un petit verre de vin, non pas pour que je boive à votre santé, ce que je ferais bien volontiers, mais tout simplement si vous connaissez l'InCA, une des choses que l'on peut rassembler c'est le fait qu'ils disent qu'il s'agit de prendre les mots en bouche. Autrement dit, de les dire et de voir si vos phrases sont adaptées.

Et donc le dernier point, c'est que ceci doit être utilisable. Il doit y avoir effectivement une évaluation continue de cette efficacité communicationnelle, est-ce que vos lecteurs pourront facilement utiliser l'information de votre document ? Et tout cela, bien évidemment, c'est à évaluer tout au long du cycle de vie du document et vous pouvez tester avec des lecteurs potentiels. Je vous ai mis là un petit lien puisque vous pouvez, si vous le souhaitez, devenir usager testeur pour les productions du service public. Bien évidemment, ça pose des questions de mise à jour, est-ce qu'il faut conserver, modifier ou complètement retirer la documentation ?

Donc tout cela, et bien effectivement, fait de cette norme une boîte à outils. Alors avec des préconisations qui relèvent plutôt finalement de règles de bon sens, mais qui s'appuient sur un certain nombre d'études qui viennent évidemment le confirmer. Je ne sais pas ce qui me reste de temps puisqu'en fait je ne sais absolument pas mesurer mon temps... et bien je, merci beaucoup.

Effectivement, parce qu'en fait après vous avoir présenté ça, je souhaitais néanmoins quand même vous faire part de certaines interrogations qui ne sont pas seulement les miennes, mais et notamment évoquer un des écueils fondamentaux que l'on est amené à rencontrer : la question du jargon.

La question du jargon, en fait on a tous notre jargon. J'ai peut-être laissé échapper un ou deux mots jargonneux au fil de ce que je viens de vous dire, mais c'est l'une des principales difficultés. Sachant que le mot jargon lui-même n'est pas un concept scientifique. C'est ce qu'on trouve également sous le nom de sociolecte ou de technolecte ou encore d'ergolecte, ce sont tous nos mots techniques, nos façons de dire, ce qu'on appelle la phraséologie, qui sont propres à vos activités de façon générale. Et le problème du jargon n'en est pas un dans le sens où ce n'est pas un problème quand on est à l'intérieur d'une communauté, au contraire, on va se revendiquer de son jargon en disant "mais moi je parle comme ça parce que c'est mon jargon".

Et en fait, on rencontre une valeur dépréciative au mot jargon à partir du moment où on sort de la communauté, et là de fait intervient un jugement de valeur. Ce sont nos outils de travail, c'est un facteur identitaire, et par là même aussi un facteur d'exclusion. On se reconnaît par l'usage des mêmes mots, il y a un effet de connivence, et inversement un effet d'hermétisme, et ça peut être un facteur d'intimidation.

Et donc finalement, c'est à ce jargon en fait sur lequel il faut prêter attention. Il faut avoir une espèce de recul pour essayer de communiquer au mieux, en tout cas pour ne pas faire en sorte que ça devienne quelque chose de tellement opaque que ça en devienne un facteur d'intimidation. Donc effectivement, le jargon est un problème au niveau des frontières. Sans voisin on n'a pas le besoin de négocier. C'est aussi un signe de distinction, ben quand vous utilisez votre jargon vous montrez que vous savez des choses, c'est tout le pouvoir symbolique des mots. Mais c'est aussi un marqueur de technicité et donc par là aussi paradoxalement un marqueur de validité. Votre jargon marque que vous savez des choses. Et tout le problème vient du fait qu'il faut jouer avec ce jargon.

Il y a en fait, la signification repose sur une distribution sociale des connaissances. Il y en a qui savent et il y en a qui ne savent pas. Et votre visée, si vous êtes amené à écrire des textes en direction du public, c'est de répondre aux besoins des usagers dans un objectif de simplification, et pour cela adapter votre jargon. Et pour adapter votre jargon, il faut prendre conscience d'une chose : que le terme technique ou les mots que l'on est habitué à utiliser ne sont pas les seuls mots capables de dire le réel. Et une langue n'est pas un code à décrypter mais doit pouvoir être interprétée. Et peut-être chercher que... enfin prendre conscience du fait que ce jargon-là peut nuire à la communication, c'est du bruit au sens linguistique du terme, autrement dit un élément qui est susceptible de provoquer des difficultés de communication, et essayer de voir par contre ce qui peut la favoriser, cette communication, à la norme que je viens de vous présenter.

En ayant peut-être aussi à conscience, peut-être, qu'évaluer ne revient-il pas finalement à poser un idéal de production, une nouvelle normativité ? Avec toute la problématique aussi du style ou de l'esthétique, qui sont finalement des considérations qui sont difficilement systématisables. Et donc si on cherche à mesurer la qualité des informations, et bien peut-être que le texte est envisagé comme un espace de négociation avec son lecteur. Et ce qu'il y a à négocier, finalement, c'est l'interaction entre les mots de tous les niveaux du texte et de l'intertexte, tout ce que votre lecteur aura pu entendre, aura pu lire, comment vous arrivez à le mettre en relation pour construire du sens.

Et finalement, clarté et simplification ne se confondent pas. Il s'agit au contraire de reformuler, donc de redire autrement, et donc finalement de complexifier. C'est tout un travail linguistique pour accueillir l'autre, essayer de rendre le texte ergonomique. En tout cas, l'hospitalité des textes tient en ces signes de sociabilité. Et donc ça pose un certain nombre de problèmes, à savoir que du point de vue des experts, il y a parfois un caractère simplificateur ou réducteur d'un texte par rapport aux connaissances véhiculées. On cherche la justesse et la précision et on a l'impression que c'est absent, mais en tout cas du point de vue des destinataires, cela peut permettre une communication efficace et d'avoir un texte adapté ou non, sachant qu'un texte n'est jamais clair en soi.

Donc finalement, pour opérationnaliser tout ce que je viens de dire, et bien peut-être il s'agit juste d'enlever ses habits du dimanche, et puis en sachant que, ben, la modestie en matière de rédaction est requise. Puisque je reprends une citation de Michèle Petit dans 'Éloge de la lecture, la construction de soi', qui est un petit peu ancienne mais qui me semble à garder à l'esprit : "Aucune autorité ne peut contrôler totalement la façon dont un texte est lu, compris, interprété, et souvent le lecteur fait subir au texte des traitements d'une désinvolture déconcertante". Je vous remercie.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
Merci beaucoup Valérie, très intéressant. Ça nous permet d'une part de comprendre ce que c'est que le langage clair, pourquoi est-ce que c'est intéressant ou pas pour l'administration, et de vous donner aussi à voir quelques... comment dire, craintes qu'on peut avoir en tant que rédacteur de l'administration, agent public. Et j'ai relevé en tout cas une crainte ou du moins une remarque d'un de nos participants qui indiquait que, effectivement, quand on veut simplifier des textes administratifs, ça peut être complexe parce que le droit est complexe de base, et que c'est vrai qu'il faut faire attention à ne pas dénaturer la qualité du propos. Est-ce que là-dessus vous... est-ce que vous souhaitez peut-être réagir sur cette remarque ?

[Valérie Delavigne, Maîtresse de conférences en sciences du langage à l'Université Sorbonne Nouvelle]
Alors effectivement, et le droit est particulièrement complexe et c'est une des... c'est un des problèmes principaux, j'allais dire. C'est-à-dire que, il n'y a pas seulement l'œil du lecteur, il y a aussi l'œil du collègue, l'œil des juristes aussi, etc., qui vont pouvoir réagir, et on peut être vite taxé de dire quelque chose de faux. Et le rapport en matière de simplification, le rapport à la vérité est un rapport très complexe. C'est-à-dire, est-ce qu'on a le droit sous prétexte de simplifier d'être un tout petit peu inexact ? J'aurais quelques jolis exemples à vous montrer mais je crains même ne pas avoir le temps, mais c'est vrai que c'est un vrai problème tout à fait et pas facilement résolu.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
Merci beaucoup. On avait aussi des questions à propos d'outils, des personnes qui se demandaient s'il y avait des outils, donc notamment vous avez parlé de l'outil qu'on a directement sur nos... sur Word. Il me semble que vous avez parlé de ça, un outil donc plutôt qui va mesurer la lisibilité. Est-ce que vous, vous avez connaissance d'autres outils qui seraient disponibles en ligne et qu'on pourrait transmettre à nos participants ?

[Valérie Delavigne, Maîtresse de conférences en sciences du langage à l'Université Sorbonne Nouvelle]
Alors tout à fait. Alors évidemment je ne les ai pas préparés, ce qui est... je vous offre de m'en excuser, mais il existe des petits outils où vous pouvez tout simplement mettre... alors soit ce que j'évoquais dans l'outil statistique, on conseille par exemple sur la question de la longueur des phrases de ne pas dépasser 15 mots. Alors les critères vous en avez, parfois c'est 15, parfois c'est 12, voilà bon les critères sont variables, il faudrait regarder d'un peu plus près les études un peu sérieuses qui se penchent là-dessus, mais toujours est-il que rien qu'en mesurant la longueur d'une phrase qui peut faire obstacle, il suffit de sélectionner le mot et de faire dans l'outil statistique de Word, on va trouver le nombre de mots, et dès que si on arrive à quelque chose qui dépasse un petit peu les normes préconisées j'allais dire, bon, on peut se poser des questions.

Après ça pose aussi d'autres problèmes hein ces logiciels. C'est-à-dire que dans ce cas-là on pourrait se dire... j'ai un bel exemple aussi que j'aurais pu vous soumettre, vous avez notamment... j'ai une petite phrase dans mes réserves de Chateaubriand, alors c'est de la littérature, mais qui fait 188 mots et je vous assure qu'elle est parfaitement construite et parfaitement lisible, tout simplement parce qu'il y a des noyaux de sens.

Donc ce que je cherchais à dire peut-être dans ma dernière partie qui n'était peut-être pas tout à fait claire, c'était aussi que ce sont des critères qui relèvent du bon sens souvent, qui sont fondés sur des études, et là on ne peut pas les remettre en cause. Mais quoi qu'il en soit, ils ne sont pas forcément à prendre tous au pied de la lettre, car il y a d'autres facteurs bien évidemment qui rentrent en compte. Pour revenir à la question des outils, ce que je peux vous proposer, je ne sais pas si de les rechercher puis les mettre dans le chat au fur et à mesure, ou de vous les transmettre pour que vous puissiez voilà, avant la fin du webinaire si vous le souhaitez. À moins je ne sais pas s'il est possible de les transmettre à la suite lors de la rediffusion de ce webinaire, ça sera un petit peu plus sérieux et un petit peu plus documenté.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
En tout cas Valérie, vous avez mis vos sources aussi bibliographiques, merci beaucoup pour ça, ça va intéresser beaucoup de personnes. Et effectivement, ça me permet aussi de dire que à la suite de ce webinaire, il y aura donc... il est enregistré, il y aura un replay, une communication et il sera disponible sur une des pages de notre site, du site de la DITP qui est donc modernisation.gouv.fr, dans lequel on mettra aussi l'ensemble des outils, des ressources qui auront été citées par les intervenantes aujourd'hui. Et je pense aussi qu'on fera probablement un webinaire dédié aux outils parce que précisément, comme vous dites aussi Valérie, ils servent, ils sont très utiles dans certains cas, mais ils ont leurs limites, et c'est aussi intéressant de comprendre ces limites-là et comment mieux les utiliser.

Merci beaucoup Valérie, je pense que on pourrait vous poser plein de questions. Ce que je vous propose c'est de passer la parole à Fanny Muñoz, pour que Fanny nous présente ce que fait l'AFNOR, quel est le rôle de l'AFNOR notamment par rapport à ce fait que se crée une norme internationale du type l'ISO langage clair. Fanny, est-ce que vous arrivez à prendre la parole ? Votre micro, parfait, super. Merci encore Valérie et puis bienvenue Fanny.

[Fanny Muñoz, Secrétaire de la commission française terminologie, principes et coordination à l'AFNOR]
Bonjour Élodie, bonjour à tout le monde. Merci pour votre invitation, Élise, pardon. Donc je prends la suite pour vous présenter l'AFNOR. Donc de mon côté, comme ce qui a été présenté au tout départ, je suis secrétaire de la commission française terminologie, principe et coordination à l'AFNOR. Donc c'est AFNOR normalisation, dans le département des transitions durables et sociétales. Donc je vous présente dans ce premier temps la normalisation volontaire qui va être au service du langage clair.

Donc AFNOR, qu'est-ce que c'est ? C'est l'Association française de normalisation, c'est une association loi 1901 donc à but non lucratif qui est sous la tutelle du ministère de l'Économie. Elle est reconnue d'utilité publique par décret et s'est vu déléguer la mission d'intérêt général de normalisation, qui va consister à fournir des documents de référence élaborés de manière consensuelle par toutes les parties intéressées sur tout sujet que l'on peut traiter dans l'économie et autres. L'AFNOR oriente donc et coordonne l'élaboration de normes nationales et la participation à l'élaboration des normes européennes et internationales.

Aujourd'hui l'AFNOR et ses filiales vont constituer un groupe international qui va être au service de l'intérêt général et du développement durable, et dont la mission principale consiste à conseiller et appuyer les stratégies de normalisation de ses clients partenaires au niveau national, européen, international, et aussi animer la normalisation nationale et représenter la France dans les instances internationales.

Donc une norme d'application volontaire, qu'est-ce que c'est ? On insiste souvent à l'AFNOR là-dessus puisqu'on veut vraiment faire la différence entre norme volontaire, ce que l'on produit en majorité, et norme d'application obligatoire, qui représente un pourcentage très minime de ce qui peut être produit, et aussi le différencier de la réglementation.

Donc une norme d'application volontaire, c'est un document qui va servir de cadre de référence, qui est coproduit collectivement en consensus par des experts des domaines visés, experts c'est-à-dire qui sont reconnus dans le domaine professionnel comme tel et constitutifs d'un tour de table représentatif d'un secteur en particulier. Donc une norme est d'application volontaire et donc son implication n'est par définition pas obligatoire. Elle se distingue également des réglementations, notamment, comme je disais tout à l'heure, notamment par son initiative. Pour vulgariser, on va pouvoir expliquer ceci par le fait que les normes sont issues de multiples acteurs et représentatifs d'un secteur, alors qu'une réglementation, on va être issu de l'État. Ça c'est un premier principe qui permet de différencier bien une norme et une réglementation.

Donc dans ce cadre, la commission de normalisation française terminologie, principe et coordination, qui a plus de 25 ans, est constituée de 25 sociétés membres et de 33 experts qui vont constituer son tour de table. Dans cette commission dont l'AFNOR détient le secrétariat, deux expertes référentes françaises, dont Madame Delavigne, ont travaillé dans le groupe de travail du comité technique international dédié sur ce projet de norme langage clair, auprès d'experts d'autres pays. Donc il s'agit d'un consensus de plusieurs pays sur ce document auquel la France a participé.

Donc je vous propose de plonger maintenant dans le processus d'élaboration d'une norme. Donc à gauche, vous avez le système de normalisation français dans une boucle vertueuse, et à droite c'est une simplification de ce qui se fait dans le cadre de l'élaboration d'une norme internationale. Pour faire simple, le processus d'élaboration internationale va être le même mais avec des étapes un petit peu différentes et adaptées au fait qu'il y ait plusieurs pays participants, mais globalement c'est la même chose.

Donc la norme 24 495 partie 1, donc langage clair et simple partie une, ce sont les principes directeurs, donc c'est une norme chapeau dont il est question aujourd'hui, a suivi ce processus d'élaboration en groupe de travail international au sein du comité technique international qu'on l'appelle dans notre jargon. Alors désolé du coup d'utiliser ce jargon mais je vous l'explique, TC, donc TC qui vient de l'anglais Technical Committee, et qui s'appelle langage et terminologie. Et donc cette norme a été traduite en français pour les besoins des différentes étapes de consultation au sein du comité miroir français terminologie, principe et coordination.

Donc la première étape, si vous regardez le schéma, ça va être la proposition du projet au sein d'une structure émanant d'un acteur du tour de table, par exemple, donc ça peut être en France ou de n'importe quel autre pays, ou d'un sujet identifié par les bureaux nationaux de normalisation. Donc dans notre cas, c'est une proposition qui a émané du Bureau de normalisation australien et qui a été faite fin 2019. La proposition donc à l'étape suffisante est ensuite étudiée dans sa faisabilité, et la commission de normalisation pertinente pour l'élaboration du projet de norme va lancer la proposition officielle.

Donc dans le cas d'une norme internationale, la Commission française transmet la proposition à ses membres et ses membres expriment leur avis sur le sujet, sur le projet. Une fois accepté, le projet de norme va être élaboré en collectivité avec un tour de table représentatif dont on a parlé tout à l'heure, donc ce sont les parties prenantes du secteur à l'international dans notre cas si donc le projet est international. Encore une fois, la position française est promue auprès des autres pays par les membres du groupe de travail à travers toutes les étapes formelles de consultation.

Donc en fait le document va être commenté par l'ensemble du groupe et ensuite par le comité technique pour apporter des modifications, des commentaires, et ces commentaires vont être repris dans le document. Le document va être remis à jour et reproposé à diverses étapes officielles que l'on... qui sont comprises dans le processus d'élaboration. Donc par exemple l'enquête, l'enquête publique permet à des sociétés externes à la commission d'exprimer leur avis et leurs commentaires sur la version de la norme proposée en anglais et en français.

Les commentaires sont ensuite pris en compte par le groupe de travail qui va appliquer les modifications au document jusqu'à ce qu'il soit validé dans son contenu par le groupe dans l'expertise et dans sa forme, dans l'expertise dans la forme normative, par l'AFNOR au niveau français. Il pourra être ensuite publié et on parle alors d'homologation de la norme. Donc les normes publiées sont disponibles en France sur la boutique de l'AFNOR, et sinon en effet à l'ISO comme le lien a pu être partagé.

Et donc la dernière étape, c'est que tous les anniversaires des 5 ans de chaque norme, il y a un examen systématique, une révision. Donc c'est un examen public, c'est une proposition du... un questionnaire public qui permet de confirmer la norme, de demander en effet aux experts si la norme peut être confirmée, c'est-à-dire gardée et approuvée, toujours utilisable en l'état, ou bien de la faire réviser. Donc il y a un nouveau groupe de travail qui travaille sur les améliorations, les mises à jour à faire, ou alors de l'annuler, ce qui est possible aussi, par exemple parce que la norme aurait été remplacée par d'autres normes.

Et j'ai vu, donc dans le chat, je me permets, j'ai vu passer des messages sur le langage juridique et c'est vrai que c'est intéressant puisque justement, cette première norme qui a été... qui est parue récemment, et la première partie est la norme chapeau de plusieurs normes sectorielles qui sont en cours de développement, notamment justement sur la partie juridique qui est en cours et sur la partie scientifique qui est à venir. Donc si vous avez des questions, je suis à votre disposition.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
Merci beaucoup Fanny. J'ai vu pas mal de questions autour du rapport entre langue administrative, écriture inclusive. Je pense que, alors je ne sais pas si je peux vous adresser cette question ou alors ce que je propose, c'est de l'adresser plutôt en fin de webinaire si ça vous convient. Sinon, effectivement il y a eu pas mal de questions autour de la norme, est-ce que on est audité quand on veut avoir le label langage clair ? Comment est-ce que ça se passe Fanny pour cette norme ISO ?

[Fanny Muñoz, Secrétaire de la commission française terminologie, principes et coordination à l'AFNOR]
Oui alors en effet, sur la première question je serai peut-être pas en mesure de répondre, mais sur la question de... alors l'audit, donc j'entends certification derrière je pense que c'était l'objet de la question. En fait, aujourd'hui il n'y a pas eu autour de l'élaboration de cette norme d'ambition d'utiliser la norme comme un document certifiant. Comme je disais tout à l'heure, cette norme se veut une norme de principes, une norme chapeau avec quelques exigences mais surtout des recommandations et des permissions.

Donc en fait, ça ne constitue pas d'éléments suffisants, de recommandations techniques précises qui sont attendues en fait pour une norme certifiante, et d'ailleurs ni de critères auditables qui lui permettent d'être vraiment certifiante, mais plutôt des principes et des lignes directrices, des recommandations et des permissions. Donc n'importe quel organisme certifiant par ailleurs peut se saisir de cette norme et constituer un label en effet sur cette base, mais la norme en tant que telle aujourd'hui n'est pas prévue pour ça. Pour les parties à venir, donc rédaction juridique et rédaction scientifique, ce n'est pas encore exclu parce que voilà, on n'a pas à ce jour d'information disponible à ce niveau.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
D'accord, merci beaucoup Fanny d'avoir clarifié ce point-là. On a aussi, ben je vous adresserai la dernière question, celle de Pauline qui demande finalement, est-ce qu'il y a un lien entre le langage clair, donc plutôt la norme si je comprends bien Pauline, et le RGAA ? Est-ce que Fanny, là-dessus vous avez une opinion professionnelle ou un avis professionnel sur ce sujet ?

[Fanny Muñoz, Secrétaire de la commission française terminologie, principes et coordination à l'AFNOR]
Alors non malheureusement, c'est pareil, c'est une question à laquelle je ne pourrai pas répondre. En effet, c'est vrai qu'on... je n'ai pas précisé mais en tant que secrétaire, on a surtout l'expertise normative et moins l'expertise métier. Donc voilà, il y a des choses auxquelles je ne pourrai pas répondre, mais évidemment je peux faire des recherches. Peut-être qu'autour de la table on aura d'autres personnes plus aptes à répondre, et je me permets également de vous glisser dans le chat des liens qui peuvent être utiles pour accéder aux informations de l'AFNOR.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
Très bien, merci beaucoup Fanny. Et effectivement, jargon : RGAA c'est Référentiel Général d'Accessibilité, et le dernier A c'est... voilà, on va vous l'écrire dans le chat, et c'est effectivement ce qui... on va vous préciser, on va vous donner aussi des liens, si ça te va, de mettre des informations sur le sujet, mais en tout cas il y a également des évolutions autour du langage dans les RGAA. Alors ce sont des travaux, alors ça ne veut pas dire que ça deviendra... ce sera intégré au RGAA, mais en tout cas ça fait partie des perspectives. Merci beaucoup Fanny. Je vous propose de passer la parole à Isabelle... hop alors Isabelle... alors Isabelle je vais me permettre, je vais prendre deux petites secondes pour mettre là, voilà, pour mettre votre présentation à l'écran. Isabelle, est-ce qu'elle apparaît pour vous ?

[Isabelle Marton, Cheffe de l'unité langage clair et vérification rédactionnelle au Parlement européen]
Oui, elle apparaît et je peux, oui, je peux je pense manipuler les flèches, donc il n'y a pas de souci. Par contre je n'arrive pas à me voir, la caméra est... je n'arrive pas à ouvrir la caméra.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
Et bien moi je vous vois. Enfin si je vous vois je suppose que tout...

[Isabelle Marton, Cheffe de l'unité langage clair et vérification rédactionnelle au Parlement européen]
Ah bon, alors ça va. Non mais ça va, c'est bon, vous n'avez pas besoin de me voir, loin de là. C'est très bien comme ça. Écoutez je vous remercie beaucoup. Bonjour à toutes et à tous, donc merci pour l'invitation qui me permet de revenir dans mon pays d'origine même si ce n'est que virtuellement, mais ça me fait plaisir. Et je m'appelle Isabelle Marton, parce que c'est en fait un nom d'origine hongroise, de par mon mari. Et je suis la chef de l'unité du langage clair et de la vérification rédactionnelle au Parlement européen.

Mon unité fait partie d'une nouvelle direction, la direction du langage des citoyens, qui comme son nom l'indique, œuvre à la promotion du langage clair. Donc je vais vous présenter comment le Parlement européen conçoit le langage clair, ce que nous préférons appeler langage des citoyens, j'expliquerai un petit peu plus le concept après, et comment il s'efforce de le diffuser en interne mais aussi à l'extérieur.

Alors là je ne vais pas revenir sur les principes du langage clair, parce que madame Delavigne l'a fait et de façon très détaillée, donc je me contenterai juste de vous montrer cette diapositive qui reprend les quatre principes de la norme ISO sur le langage clair et simple, et peut-être parce qu'ils sont pour nous à la base de notre démarche, de tout ce que nous faisons sur le langage clair. Et vous noterez quand même que pour chacun de ces principes, le lecteur est au centre de la réflexion lors de la rédaction d'un document. Naturellement, quand on dit lecteur c'est un terme générique et il peut aussi s'agir d'un auditeur ou d'un spectateur si nous parlons de podcasts ou de vidéos sous-titrées par exemple. Mais ce qui est important c'est vraiment le fait que le destinataire du document doit être au centre du processus de rédaction dès le départ.

Donc ce qui est pertinent, compréhensible et utilisable pour un lecteur ne le sera pas nécessairement pour un autre. Disons, un terme technique aura toute sa place dans un document destiné à des experts mais peut-être moins dans un document destiné au grand public, à moins qu'il ne soit expliqué soigneusement.

Donc la norme ISO, là je ne vais pas répéter non plus, mais juste dire que le Parlement européen a été l'une des organisations internationales à participer à l'élaboration de cette norme ISO, au sein du comité technique dont a parlé Mélissa je crois juste avant moi, ou Fanny je me souviens... Mélissa, excusez-moi, et au sein de ce groupe de travail, ce comité technique, le groupe de travail 11, bon ça c'est pas très important, mais c'est ce groupe de travail qui a rédigé la norme et la première partie, disons plus généraliste. Et comme l'a dit l'intervenante précédente, deux autres parties sont en préparation sur la rédaction juridique et scientifique. Et nous continuons à être vraiment impliqués, d'autant qu'Angelica Vaza, qui est la chef de l'unité de la coordination de la qualité du Parlement européen, anime ce groupe de travail depuis quelques mois, après avoir été un membre. C'est elle qui a les rênes de ce groupe de travail.

Quel est l'avantage pour nous tous de cette norme ISO ? Je pense qu'elle apporte une reconnaissance internationale à nos efforts pour faire du langage clair un principe directeur de notre communication dans nos administrations publiques bien sûr. Donc au Parlement européen, nous parlons bien sûr de langage clair, mais nous préférons l'expression "langage des citoyens". Nous souhaitons insister sur l'aspect démocratique de notre institution, seule de l'Union européenne à être élue directement par les citoyens.

Parler le langage des citoyens, c'est éviter, on l'a dit plusieurs fois, le jargon bureaucratique au profit d'une langue courante directement compréhensible par le grand public. Mais parler le langage des citoyens dans une institution multilingue comme la nôtre, ça veut dire parler toutes les langues des citoyens, c'est-à-dire chacune des 24 langues que vous voyez sur l'écran. Le multilinguisme est un principe fondamental de l'Union européenne, en fait depuis le tout premier règlement de l'Union en 1958. Le règlement CEE numéro 1 fixait déjà le régime linguistique de ce qui était à l'époque la Communauté économique européenne.

On sait que malgré ce beau principe dans notre institution, actuellement la grande majorité de nos textes sont rédigés en anglais, car ils sont issus d'un travail collaboratif entre des personnes de toute l'Union qui utilisent l'anglais comme leur langue de travail. Ça implique que l'original soit le plus clair possible pour que les traducteurs ne l'interprètent pas chacun à sa manière. Ajoutez à cela que cet original en anglais n'est malheureusement pas toujours rédigé par des locuteurs natifs, et vous comprendrez toute l'importance de la promotion du langage clair au sein de notre institution.

Autrement, parler du langage clair, c'est aussi pour nous toucher le grand public sous différents formats. Donc bien sûr les textes, on pense toujours "le Parlement européen qu'est-ce qu'il fait ? il produit des textes législatifs". Mais il y a bien d'autres types de textes, et heureusement car finalement bien peu de gens lisent directement la législation. Donc il faut aussi produire d'autres documents pour leur expliquer ce que nous faisons au quotidien. Et depuis quelques années, nous publions aussi des podcasts et des vidéos en 24 langues à destination du grand public. Chaque format a ses spécificités et le langage des citoyens doit se décliner pour l'audio et la vidéo également.

Donc ce langage des citoyens bénéficie d'un appui en très haut lieu, en l'occurrence celui du bureau du Parlement européen, qui est constitué par la présidente elle-même et les vice-présidents du Parlement européen. Et ce bureau a adopté en juin 2020 une note sur le langage des citoyens. Je vous lirai la première phrase parce que c'est elle qui a lancé tout le processus, si je puis m'exprimer ainsi : "Les services du Parlement responsables de la stratégie pour un langage des citoyens souhaitent promouvoir l'utilisation d'un langage clair et simple afin de rendre les textes et la communication du Parlement européen plus accessibles et plus compréhensibles."

C'est à ce moment qu'a été créée la direction du langage des citoyens dans laquelle je travaille, et que mon unité, qui était auparavant l'unité de la vérification rédactionnelle, a été rebaptisée en ajoutant la composante du langage clair : "unité du langage clair et de la vérification rédactionnelle". Cette note propose quatre grands objectifs, comme vous pouvez le voir, et je vous laisse les lire et je vais les décliner dans la suite de ma présentation.

Le premier, se rapprocher des citoyens, rapprocher l'Union européenne des citoyens. L'Union est souvent vue comme une entité abstraite et lointaine. "Bruxelles", on dit souvent Bruxelles alors qu'il y a beaucoup de choses qui se passent à Luxembourg où je me trouve en ce moment, et pour rapprocher l'Union du grand public, et ben voilà, une des méthodes c'est aussi d'utiliser un langage plus proche de celui que parlent les citoyens.

Donc quelles valeurs véhicule le langage des citoyens ? Permettez-moi une petite métaphore pour illustrer l'intérêt du langage clair. Ce n'est pas tout à fait dans l'esprit du langage clair, je dois dire, parce qu'on privilégie quand même les explications concrètes et directes, mais je pense que l'image est assez parlante. Le multilinguisme est à la base de la construction européenne comme je l'ai dit, il s'agit de l'une des racines sur lesquelles croît l'Union européenne, au même titre que l'État de droit, la paix et les droits de l'homme. Le langage clair est ici représenté comme le soleil qui fait pousser cet arbre.

J'ai distingué trois fruits que porte cet arbre et ça reprend vraiment ce que les autres intervenantes ont dit précédemment. Un langage plus clair pour les citoyens renforce la transparence et donc la responsabilité, puisque les citoyens peuvent mieux surveiller ce que font leurs élus s'ils comprennent mieux leurs textes. Bien sûr, chacun peut aussi facilement décider qui correspond le mieux à ses opinions et voter en toute connaissance de cause. C'est l'aspect aussi démocratique. Mais un arbre comme vous le savez, ça ne pousse pas en quelques mois. Donc le langage clair et la promotion du langage clair est un processus graduel, mais qui rapidement peut porter ses fruits, comme je vais essayer de vous le montrer dans cette présentation grâce à des exemples précis.

Donc le deuxième objectif de cette note, c'est améliorer la clarté et l'accessibilité. Ce qui veut dire en fait, que faire pour concrètement améliorer les contenus que produit le Parlement européen ? Donc la direction générale de la traduction, qui est l'autorité linguistique du Parlement européen et dont fait partie ma direction, propose des services d'assistance rédactionnelle aux rédacteurs, principalement en français et en anglais. C'est là qu'interviennent notamment les collègues de mon service de vérification rédactionnelle. Pour les désigner, je vais utiliser l'expression "vérificateurs" pour les besoins de cette présentation, mais ils s'appellent désormais "professionnels du langage clair". Donc vous voyez déjà l'évolution, on ne recrute plus de vérificateurs rédactionnels mais des professionnels du langage clair, c'est un nouveau profil qui a été créé dans le sillage de la note du bureau en 2020.

Ces collègues sont pour ainsi dire nos ambassadeurs lorsqu'il s'agit d'inciter les auteurs à rendre leurs contenus aussi clairs que possible, et à les sensibiliser à l'importance des originaux de haute qualité. Ils sont de langue maternelle anglaise ou française et ont pour tâche principale d'assurer la correction linguistique des textes originaux dans le respect de l'intention initiale de l'auteur, mais aussi en tenant compte des considérations politiques et des principes du langage clair bien sûr. Pourquoi ce travail de vérification ? Parce que l'un des moyens les plus efficaces de garantir des traductions de haute qualité dans une institution multilingue comme la nôtre, c'est de commencer par des originaux de haute qualité. Les textes originaux doivent être clairs pour permettre ensuite la traduction et la cohérence dans les 24 langues de l'Union européenne.

Ça, il peut... mais pour tout type de document ou de produit, un document législatif pour la séance plénière, un script pour un podcast ou une vidéo, bien entendu, compte tenu de la teneur politique de nombre de nos documents, les collègues doivent toujours trouver le juste équilibre, et je sais que madame Delavigne en parlait, entre ce qu'ils peuvent modifier, ce qu'ils doivent conserver pour ne pas dénaturer le propos d'un auteur, notamment si c'est un député. Pour tous les textes donc de la première catégorie que vous voyez ici, qui font partie des procédures parlementaires pour lesquelles la vérification rédactionnelle est une étape obligatoire, les vérificateurs doivent vraiment soumettre pour accord les changements qu'ils proposent à l'auteur du texte, hein, donc c'est une procédure un peu plus compliquée.

Ils ont par contre davantage de latitude pour la deuxième catégorie que vous voyez ici, pour les textes qui sont à destination du grand public comme un communiqué de presse, une réponse à une question d'un citoyen ou le script d'un podcast qui doit paraître dans les médias sociaux par exemple. L'impératif de langage clair est bien sûr très important, et d'autant plus important en cette période préélectorale puisque nous produisons beaucoup beaucoup de documents et autres produits pour inciter les citoyens de l'Union européenne à aller voter, pour les sensibiliser aussi aux problématiques européennes et leur faire comprendre ce que l'Union fait pour eux au quotidien, ce qui n'est pas toujours évident pour tous les citoyens.

Donc mais disons que ce langage clair ne doit pas se limiter seulement à cette communication externe avec les citoyens. Je pense qu'en interne, on peut aussi améliorer les documents que nous produisons. Par exemple, un procès-verbal de réunion ou nos courriels. Je trouve qu'on a fait vraiment aussi un gros effort pour expliquer aux gens qu'un courriel qui fait une page, enfin personne ne va le lire, ou alors ça va prendre beaucoup de temps et le temps est précieux comme vous le savez. Donc c'est vrai qu'une bonne communication interne permet d'avoir aussi les idées claires, ce qui facilite aussi les activités en aval, quoi. C'est dans ce sens par exemple que nous avons instauré une coopération étroite avec le secrétariat du bureau du Parlement, pour améliorer la rédaction de toutes leurs notes et de tous les procès-verbaux de réunion et les rendre plus lisibles.

Enfin, nous proposons aussi la vérification en direct. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que c'est une assistance rédactionnelle pendant des réunions des commissions parlementaires ou des groupes parlementaires au Parlement, et aussi pour des projets spécifiques. Donc notre animateur assiste directement à la réunion et va discuter avec l'auteur de la formulation à choisir pour les amendements qui seront proposés à un projet de loi par exemple. Donc il aide, il doit veiller à ce que le texte final soit conforme à la fois aux idées que le député veut transmettre, mais aussi aux règles linguistiques et aussi aux principes du langage clair dans la mesure du possible, étant donné que ce sont des documents quelquefois politiques qu'il est plus difficile de modifier.

Mais en bas de la diapositive, vous voyez aussi un projet que nous avons mené avec l'unité jeunesse du Parlement européen, et l'objectif était de participer aux réunions de rédaction avec les auteurs pour produire chaque mois un bulletin d'information à l'intention d'une communauté qui s'appelle together.eu, c'est ensemble.eu, vous pouvez retrouver ça sur Internet et vous verrez, il y a beaucoup de ressources là qui sont disponibles. Et donc avec les auteurs, les vérificateurs ont vraiment essayé d'adapter le registre et le vocabulaire au public cible qui était des jeunes. D'après les responsables du projet, cette interaction a permis d'augmenter le nombre d'abonnés à ce bulletin d'information. Donc là on voit les résultats concrets de ce que nous faisons. C'est des textes plus courts, en général 20 % de moins, une lecture plus rapide et une compréhension immédiate par le lecteur, une traduction de meilleure qualité, et surtout une cohérence entre les 24 versions linguistiques parce que les 24 versions linguistiques, ce sont des traductions, mais en fin de compte au moment de la publication elles deviennent des originaux aussi, donc il faut aussi les soigner. Et bien sûr, ce qui n'est pas négligeable, les lecteurs sont en général plus contents.

Donc je vais prendre maintenant quelques exemples concrets qui ont été revus ou traduits par nos équipes au sein du Parlement européen. Donc voilà un exemple qui est arrivé sur le bureau d'un de mes collègues vérificateurs, une question écrite posée par un député à la Commission européenne. Donc le texte de départ à gauche contient du jargon technique, "rétrocession", et des formulations qui sont inutilement compliquées, disons, "n'est pas sans incidence", "un facteur d'accroissement". Le registre est parfois élevé aussi, "octroyé", "il importe de". Donc ça, ça peut freiner la lecture en fait d'un lecteur, d'autant plus s'il n'est pas francophone ou s'il est moins éduqué. On peut dire la même chose en fait avec des mots plus courants. Donc il est possible de couper les phrases et selon le principe une idée, une phrase, je crois que c'est madame Delavigne qui l'a mentionné, je pense que c'est très très bien de garder ça à l'esprit, et en général nous on considère qu'une phrase ne devrait pas faire plus de 20 mots, 15-20 mots, bon, on peut discuter là-dessus quoi.

Le second paragraphe, si vous avez le temps de lire, il contient en fait des idées qui sont très semblables, donc on peut regrouper ces phrases et raccourcir grandement le paragraphe sans perte d'information. Bon dans ce cas, bien sûr, il a fallu que le vérificateur demande à l'auteur du texte s'il était d'accord avec le nouveau texte, mais ça a été le cas et la question telle qu'elle est formulée dans la colonne de droite a été publiée.

Voilà, donc je vais vous donner un autre exemple maintenant, c'est de la traduction, ce n'est plus de la mise en langage clair, c'est de la traduction. Pour une bonne traduction qui parle réellement à son destinataire, il faut souvent localiser le texte. Qu'est-ce que veut dire localiser dans notre jargon disons ? Je vous laisse, c'est l'adapter à la réalité d'une culture. Donc je vais vous donner un exemple qui je l'espère parlera à vos papilles. Le Parlement a approuvé il y a quelques années un accord de libre-échange avec Singapour couvrant des produits, entre autres, alimentaires comme vous voyez là. Donc vous serez d'accord avec moi que les huîtres, le Chablis et les huîtres de Marennes-Oléron parleront à un lecteur français. C'est peut-être moins le cas si on demande à un lecteur tchèque ou maltais. Donc ce que font les traducteurs dans ces cas-là, pour clarifier le texte, ils essaient de trouver des produits plus connus par les citoyens du pays concerné pour rendre le message plus percutant. Pour le polonais, en haut à droite, vous verrez que le traducteur n'a pas utilisé le Chablis, mais il a parlé d'hydromel et d'un fromage de chèvre typique polonais, et ça je pense que pour le lecteur c'était plus parlant d'avoir ces exemples de produits différents mais qu'ils utilisent au quotidien. Donc là je dois dire aussi que ce n'est pas un texte législatif, donc on peut se permettre cette localisation dans un texte qui est destiné au grand public, on n'ira pas jusque-là pour un texte législatif bien sûr.

Là, alors c'est aussi une traduction mais un sous-titrage. Je voulais vous montrer aussi parce que le sous-titrage, comme l'audio, comporte des contraintes supplémentaires par rapport à l'écrit. Contrairement à un lecteur bien sûr, un auditeur ou un spectateur ne choisit pas le rythme de lecture. Il est plus difficile, ou même impossible, de faire une pause ou de revenir en arrière dans certains cas. Il faut donc absolument que tout soit compréhensible dès la première écoute, le premier visionnage. Cela impose souvent de concentrer le message sur peu de secondes et souvent de condenser les informations. Donc ici vous voyez en premier la traduction fidèle, littérale du sous-titre anglais, et normalement on dit qu'un sous-titre ne doit pas dépasser 42 caractères. Donc en fait ce qu'on a fait c'est qu'on est parti du principe que le spectateur savait que Donald Trump était président à l'époque, et on a simplifié la seconde ligne. Donc voilà ce que ça peut donner, et je pense que c'est plus agréable à lire pour quelqu'un qui va regarder cette vidéo.

Voilà, donc on arrive à l'objectif 3 qui est de mettre le langage clair au cœur de la démarche des auteurs. Donc parce qu'en fait notre... mon service, il agit en aval de la rédaction des textes, mais l'idéal est quand même que les originaux qui nous parviennent soient déjà en langage aussi clair que possible dès la phase de rédaction par les auteurs. Et donc je vais vous exposer quelques initiatives que nous prenons pour sensibiliser les auteurs aux bienfaits du langage clair et leur faire changer d'optique lorsqu'ils rédigent leur texte.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
Isabelle, pardon, je me permets pour vous dire que donc, je vous propose de garder la parole donc pour terminer les deux derniers objectifs en 5 minutes, est-ce que ça vous va ?

[Isabelle Marton, Cheffe de l'unité langage clair et vérification rédactionnelle au Parlement européen]
Ben je vais me dépêcher, je suis désolée, c'est nous qui avons aussi commencé avec du retard mais voilà, pour pas trop finir trop trop tard...

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
D'accord, alors donc jusqu'à 11h11-11h12, oh ok très bien jusqu'à 11h12. Merci beaucoup Isabelle.

[Isabelle Marton, Cheffe de l'unité langage clair et vérification rédactionnelle au Parlement européen]
Merci. Donc en fait, il y a quelque chose que l'on fait et que, ben c'est un conseil que je donne parce que ça porte ses fruits, ce sont les ateliers sur la rédaction et le langage clair. En fait nous, une partie importante des activités de mon unité est de dispenser des ateliers sur le langage clair. Avant, nous mettions l'accent sur la grammaire anglaise ou française, maintenant nous privilégions le langage clair et les trucs et astuces applicables à toutes les langues par les rédacteurs. Donc nous proposons deux types de formation, générale sur les principes du langage clair, mais aussi sur-mesure en fonction des contenus que produisent les auteurs des textes. Nous les analysons et nous proposons des conseils pour rendre les textes plus fluides et plus lisibles.

Donc bien sûr, ces ateliers s'adressent aux auteurs de documents politiques, mais aussi à toute unité qui nous en fait la demande, et je vous assure que le nombre de demandes ne cesse d'augmenter, ce qui montre que nos efforts de sensibilisation portent leurs fruits. Donc je vais aller assez vite pour la fin, mais j'aimerais quand même vous montrer ce qu'on fait. Ça c'est un atelier que nous... en français que nous avons dispensé à une unité centrale dans la communication avec les citoyens, c'est l'unité des demandes d'information des citoyens. C'est en fait une unité qui a un contact quotidien avec les citoyens. Donc on avait demandé, avant que ne se tienne cet atelier, que l'unité nous donne des exemples de lettres, de courriels qu'ils envoient régulièrement aux citoyens, et on a pu après créer cet atelier. D'ailleurs on en a fait en français, en anglais et en allemand pour les rédacteurs de ces langues de cette unité, et nous avons pu repérer des maladresses ou des erreurs fréquemment commises et donner des pistes pour remédier aux problèmes rencontrés.

Donc en fait là vous voyez quelques-uns des conseils que nous prodiguons bien sûr, et en vert vous voyez les solutions qui ont été proposées par la formatrice. Et je pense en général que, pour mieux convaincre les participants de vos ateliers si vous en organisez, il est toujours préférable de s'appuyer sur des textes que les participants ont eux-mêmes produits. Non pas pour les mettre mal à l'aise et pointer du doigt des erreurs qu'ils auraient pu commettre, mais pour leur présenter d'autres façons de communiquer en utilisant quelques techniques simples qu'ils peuvent mettre en pratique immédiatement.

Donc là très rapidement, mais je sais que madame Delavigne en a parlé, il n'y a pas que l'aspect linguistique, il y a aussi la présentation visuelle qui doit entrer en ligne de compte selon le type de document que vous préparez. Là je vous donne cet exemple parce que je trouve qu'il est très évocateur. En fait en haut, vous avez la réponse qui avait été donnée par un collègue de l'unité des demandes d'information des citoyens à un citoyen qui posait une question sur le salaire, je ne me souviens plus, c'est pas très important, mais disons que vous êtes d'accord que c'est pas très lisible cette phrase. Alors la proposition, ça a été de faire un tableau, de regrouper toutes les informations dans un tableau et de donner une réponse plus lisible aux citoyens. Et je sais que l'unité a suivi cet exemple, dès qu'il y avait des questions de citoyens qui portaient sur des chiffres etc., ils ont utilisé cette petite astuce qui quand même permet une meilleure lecture.

Là je dois dire, nous avons aussi, mais rapidement, une permanence téléphonique en 24 langues, c'est un service assuré par nos linguistes. Donc si vous avez une question précise de grammaire, vous êtes en train de rédiger un texte mais il y a... qu'est-ce que... ah je vois qu'on a même pas, on n'a pas les mêmes... oui là je ne sais plus exactement ce que c'était hein madame, mais bon. Donc la permanence téléphonique, c'est assuré donc par nos linguistes et c'est donc disponible pendant les heures de bureau. Chacun peut poser une question quand il a un problème avec la rédaction d'un de ses textes. Nous avons aussi des astuces que nous publions dans notre lettre d'information trimestrielle, oui c'est bien ça trimestrielle, là vous voyez bon c'était pour alléger les phrases et c'est assez clair dans les trois langues qui sont présentées ici.

Et voilà peut-être la dernière chose, un petit mot si je peux me permettre Élise, le dernier objectif est quand même assez important parce que vous m'en donnez l'occasion aujourd'hui, c'est d'essayer de porter la bonne parole du langage clair au-delà des frontières du Parlement européen. Et là voilà, c'est la dernière diapositive, nous sommes en train de constituer un réseau d'ambassadeurs du langage clair donc dans toutes les directions générales du Parlement européen. Nous organisons aussi tous les ans depuis 2022, donc on a eu deux éditions jusque-là, les journées du langage des citoyens, toujours autour du 13 octobre qui est la journée internationale du langage clair. Nous avons invité d'autres institutions la dernière fois et nous allons certainement ouvrir aussi la participation à d'autres acteurs. Mais là ce sont des discussions de fond, mais aussi des ateliers dans 24 langues. Nous donnons des ateliers en 24 langues au personnel du Parlement européen, ils peuvent choisir en fonction de leur préférence, et nous avons même organisé la dernière fois un concours du langage clair. Donc on a pu voir que les participants de ces ateliers avaient bien assimilé les principes qu'on leur avait expliqués puisqu'ils ont reçu un texte en plusieurs... enfin il y avait des textes en plusieurs langues, et ils ont transformé le texte pour en faire un texte plus lisible et plus fluide, et les résultats étaient, je vous l'assure, impressionnants.

Enfin, ça c'est très important parce que vous pouvez participer vous aussi, nous organisons tous les ans des journées du multilinguisme. Là c'est pour le grand public, fin septembre. Nos professionnels des langues donnent également des ateliers sur le langage clair en ligne ou en présentiel à Bruxelles, et si vous êtes intéressés vous pouvez vous inscrire en ligne à ces ateliers. L'an dernier nous avons même eu des classes entières de lycéens avec leurs professeurs qui participaient, c'est vraiment très très agréable. Voilà, donc je vous remercie, je suis désolée, j'ai été un petit peu plus longue peut-être, mais bon j'espère que vous avez apprécié la présentation.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
Merci beaucoup Isabelle. Et bah, c'est pas à moi qu'il faut le dire, moi ça me passionne tous ces sujets, donc c'est vrai que je pourrais vous écouter. Mais je pense, j'ai l'impression au vu des participations dans le chat que les personnes ont vraiment apprécié toutes les interventions, la vôtre aussi Isabelle, et ont apprécié ces exemples pour rendre vraiment concrets les règles, les outils, le domaine d'application. Il y a encore plein de questions qui restent à adresser. Alors j'ai noté la problématique, effectivement, de l'anglais ou des langues étrangères pour les services publics français. J'ai noté aussi des problématiques autour de la simplification du langage juridique, avec probablement qu'on fera des webinaires dédiés à ces problématiques-là. Une problématique aussi autour de la lecture inclusive et de la langue administrative ou le langage clair. On a parlé du RGAA, et donc maintenant qu'on a dit le sigle on peut effectivement utiliser l'acronyme. Il y a eu des demandes autour d'une synthèse pour ce webinaire.

Et enfin, merci beaucoup Isabelle pour vos propositions de rejoindre les ateliers du Parlement européen, on en fera la promotion le jour venu, soyez-en sûre. En tout cas, je pense qu'il y a plein plein d'apprentissages qu'on peut retenir de ces interventions. Merci beaucoup à tous pour votre présence, merci à toutes les participantes. Je vais demander à Fanny, Valérie, Mélissa également d'ouvrir leur caméra si ça fonctionne pour vous... c'est pas... ça fonctionne, on vous voit. Merci beaucoup pour vos interventions, c'était extrêmement intéressant.

On y a appris d'une part que le français est la base pour s'exprimer clairement quand on est une administration française. Le deuxième apprentissage c'est que le langage clair est un outil qui est efficace, qui permet de s'exprimer à plein de publics différents et donc qui s'adapte au type de document, au type de communication. Mais ça ne fait pas tout. Ça ne fait pas tout parce que le langage clair, ben, a ses limites, suppose aussi de changer de paradigme, c'est-à-dire qu'il faut se mettre à la place du lecteur, s'interroger sur les besoins du lecteur, ce qui n'est pas forcément une posture générale des services publics.

Et enfin, dernier apprentissage, ça suppose une vraie transformation de l'organisation. On l'a vu avec l'exemple du Parlement européen et finalement cette note du bureau qui a permis d'initier une vraie transformation interne, qui avait déjà lieu depuis de longues années aussi. Mais du moins ce qu'on y voit, c'est vraiment que pour accompagner le langage clair, il faut accompagner aussi, transformer la culture, transformer les pratiques rédactionnelles des agents publics. Et c'est pour ça que ça intéresse aussi la direction interministérielle de la transformation publique. Et donc on y travaille, on y travaille avec vous, avec les intervenantes qui sont là pour faire une communauté d'experts et puis passer finalement la bonne parole, pardon, mais aussi parler des limites d'application pour pouvoir améliorer nos référentiels à nous. Et on y travaille aussi avec les services publics.

Vous avez été très nombreux aujourd'hui à être là, à vous intéresser à ce sujet et on sait que, bah, on a de quoi faire. On sait que les Français nous attendent aussi là-dessus, et puis on travaille donc collectivement pour rendre les communications claires, simples, accessibles, utiles pour tous les Français et les citoyens. Est-ce que vous souhaitez dire un mot Isabelle, Fanny, Valérie, Mélissa ?

[Isabelle Marton, Cheffe de l'unité langage clair et vérification rédactionnelle au Parlement européen]
Non merci, je pense qu'on devrait multiplier hein ce genre d'événements. Voilà, parce que ça permet de rencontrer vraiment des experts dans le domaine, mais aussi de voir et d'échanger avec les personnes qui travaillent dans les services publics. Donc je pense que c'est vraiment très positif et merci encore pour l'invitation et bon courage, c'est un long parcours mais nous y arriverons hein, par des petites étapes. Tout à fait.

[Mélissa Fort, Cheffe de la mission emploi et diffusion de la langue française à la DGLFLF du ministère de la Culture]
Oui, je me joins à ces remerciements parce que j'ai trouvé que c'était un exercice très intéressant dans la mesure où on croisait les différents regards, et puis aussi de voir en direct l'ensemble des réactions et des questions que ça pouvait susciter. Donc merci encore pour cette organisation et ces rencontres.

[Valérie Delavigne, Maîtresse de conférences en sciences du langage à l'Université Sorbonne Nouvelle]
Et bien je vais me joindre aux remerciements parce qu'effectivement j'ai trouvé tout cela extrêmement intéressant. Et surtout j'ai beaucoup aimé l'idée de la mise en réseau, et je pense que ça peut faire partie aussi du suivi de ce séminaire, et bien évidemment je suis toute prête à y participer. Tout cela me semble fort intéressant et j'ai beaucoup aimé, si je peux me permettre Isabelle aussi, et je reprends l'idée du langage pour les citoyens qui me semble plus adapté que le langage clair, effectivement. Merci.

[Fanny Muñoz, Secrétaire de la commission française terminologie, principes et coordination à l'AFNOR]
Merci, merci à vous toutes en tout cas. Merci pour votre invitation également. J'ai appris beaucoup de choses aussi. Donc bon courage à toutes et tous qui sont dans ces projets de langage clair et simple. Merci.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
Merci à vous pour votre participation, merci à toutes les intervenantes. Pour aller plus loin sur ce sujet, on vous donne rendez-vous le 31 mai pour les rendez-vous de la DITP qui traiteront de ces questions de langage clair et des pratiques innovantes autour du langage clair. Désolée pour ce passage assez rapide de slide qui vous a peut-être donné le tournis. Et enfin, pour suivre les travaux de la DITP, n'hésitez pas à aller sur la page modernisation.gouv.fr, et surtout inscrivez-vous à la newsletter Actes Usagers où on vous alimentera de tous ces sujets régulièrement. En tout cas, merci à toutes et tous, intervenantes et participants pour ce webinaire qui a été très riche, et merci à mes collègues pour cette organisation. Au revoir à tous, merci.

[Isabelle Marton, Cheffe de l'unité langage clair et vérification rédactionnelle au Parlement européen]
Il y a une question, si je peux me permettre, sur comment rejoindre le réseau, vous pouvez peut-être mettre à disposition des participants la dernière diapositive que j'avais avec une série de contacts et de liens utiles.

[Élise Potier, Cheffe de projet simplification et sciences comportementales à la DITP]
Très bien, on n'y voit pas d'inconvénient, merci, super on va faire ça. Merci Isabelle et puis bah, une excellente journée à tous et à bientôt.

[Isabelle Marton, Cheffe de l'unité langage clair et vérification rédactionnelle au Parlement européen]
À bientôt, merci.

Le langage clair : une démarche de simplification administrative

Depuis une vingtaine d’années, la France s’est engagée dans une démarche de simplification administrative, par les écrits notamment, pour optimiser la communication entre l’État et les citoyens. En adoptant un langage clair, les institutions publiques construisent une administration plus accessible et plus compréhensible pour tous les usagers.
Le langage clair est une communication dont "les mots et les phrases, la structure et la conception permettent au destinataire visé de facilement trouver, comprendre et utiliser l’information dont il a besoin" (définition proposée par l’International Plain Language Federation).

Faire avancer le langage administratif clair

Ce webinaire a donc été l’occasion d’échanger sur le thème du langage administratif clair : l’enjeu de la langue française pour le langage clair, historique du langage clair, opérationnalisation et limites, processus d’élaboration des normes, notamment de la norme ISO 24495 et sa progression au Parlement européen.

Visionnez les temps forts :

  • Langue française et enjeux citoyens, avec Mélissa Fort, Cheffe de la mission Emploi et diffusion de la langue française, à la DGLFLF du ministère de la Culture ;
  • L’accueil de l’autre ou comment rendre un texte hospitalier, avec Valérie Delavigne, Maîtresse de conférences en Sciences du langage, Université Sorbonne Nouvelle ;
  • La normalisation volontaire au service du langage clair, avec Fanny Muñoz, Secrétaire de la commission française Terminologie, principes et coordination, Agence Française de Normalisation (AFNOR) ;
  • Promouvoir le langage clair au Parlement européen, avec Isabelle Marton, Cheffe de l’Unité Langage clair et vérification rédactionnelle, Parlement européen.

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