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Permettre aux enseignants de comprendre leurs élèves présentant des troubles DYS
25.05.19

Interview de Léa Douhard, du Lab 110 bis (Lab de l’Éducation nationale) et de Patrice Renaud, chargé de mission "Numérique et handicap" (Éducation nationale)

 

LE CONSTAT
« 10% d’une classe d’âge souffre de troubles DYS ou d’hyperactivité. Ces enfants ont rarement un seul trouble à la fois. Au regard de ces chiffres, on avait envie de changer les représentations des enseignements par rapport à eux. Ce handicap est invisible pour l’enseignant, qui ne comprend pas toujours bien ce que cela signifie ni ce que cela engendre pour son élève. Or, ces élèves se retrouvent en très grandes souffrances, parfois moqués par les enseignants, harcelés par leurs pairs. On se rend compte de ces troubles au moment de l’apprentissage de la lecture et l’écriture, deux éléments qui sont à la base de tout notre système éducatif. Ce sont des enfants stigmatisés, qui vont rapidement perdre confiance en eux et cela très tôt dans leur scolarité, parce qu'il faut 2 à 3 ans pour les diagnotisquer. C’est une véritable violence institutionnelle.
Pour tenter de s’adapter, ces élèves fournissent des efforts considérables, dont les enseignants ne se rendent pas compte et qui, de fait, ne sont jamais récompensés. On colle à ces élèves une image de feignants, alors qu’ils peuvent être brillants, notamment à l’oral. Les adultes qu’on a interrogés nous ont parlé de toutes les stratégies qu’ils avaient dû mettre en place pour se protéger. Il y a un coût humain énorme.
Les chiffres montrent d'ailleurs qu’il s’agit d’un phénomène répandu : quantitativement, 10% d’une classe d’âge souffre de troubles DYS ou d’hyperactivité. Ces enfants ont rarement un seul trouble à la fois. Au regard de ces chiffres, il est donc très important que les enseignants soient sensibilisés.

L’IDÉE
On est partis du principe que pour avoir un impact important dans la prise en compte de ce handicap invisible, il fallait avoir un dispositif nouveau, innovant. Notre idée, c’est donc d’utiliser la réalité virtuelle : on permet à un enseignant de se mettre dans la peau de l’élève DYS. On mise sur l’empathie de ces enseignants : ce qu’on veut c’est un déclic chez eux.
On a fait des ateliers de co-construction avec des scénarios, des conseillers pédagogiques, des cas d’usages. On est allés filmer dans des classes des situations réelles en réalité virtuelle immersive. On a actuellement 6 scènes, du point de vue de l’élève et de l’enseignement. On prépare le début de la phase de test auprès des enseignants spécialisés, pour leur demander s’ils jugent cela crédible ou non.

POUR QUI ?
On part du principe que les enseignants déjà sensibilisés ne sont pas notre cible, ce seront sans doute plutôt des ambassadeurs. Ceux qui nous intéressent, c’est plutôt les enseignants lambda qui peuvent avoir des comportements plus ou moins bienveillants sur ces élèves. C’est eux qu’il faut viser.
Ça peut concerner les enseignants en formation ou déjà chevronnés, qui pourraient alors aller en formation pour apprendre à accompagner ces élèves en situation de handicap, même s’il est invisible. Notre objectif est qu’ils se rendent compte de ce que l’élève vit. C’est aussi une façon de les aider à détecter ces élèves.

LA RÉPLICABILITÉ DU DÉFI
Le protocole est transposable à d’autres troubles, sur des élèves qui ont des comportements sociaux différents. Le dispositif est finalement assez frugal, pour un effet de levier maximal. Notre protocole d’expérimentation est basé sur les résultats de recherches de la réalité virtuelle : on sait qu’il y a des effets concrets, positifs. On parle de plus en plus de l’école inclusive, on tend vers ça. Surtout, l’indicateur d’intérêt est très fort. Il y a une attente sur ce sujet, des enseignants, mais aussi des parents, des professionnels de santé et des élèves.

 

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