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Mettre à l'abri les femmes sans-abri
25.05.19

Interview de Sylvie Makarenko, directrice de la Mission innovation et prospective (Secrétariat général, Bordeaux Métropole) et Kerill Theurillat chargé de projet à l’association Solinum
Participent également au défi : Guillaume Cherel, chef de service numérique social, citoyenneté et proximité (Direction du programme services à la population, Bordeaux Métropole) et Victoria Mandefield Directrice de l’association

 

LE CONSTAT
« 40 % des personnes SDF sont des femmes. Et ce sont elles les plus vulnérables dans la rue, les premières victimes de violences physiques et sexuelles. Les dispositifs de secours sont saturés. Même en appelant le 115, les personnes ont peu de chance d’être pris en charge dans un délai raisonnable. On a voulu pallier ce manque d’hébergements d’urgence, qui, en plus, sont mixtes et donc générateurs de violence. Autre exemple : les douches collectives. Seulement 1 femme sur 10 les utilise car elles ne sont pas adaptées pour elles.

L’IDÉE
Notre idée, c’est de permettre aux citoyens d’accueillir ces femmes pour les sortir de la rue, dans des conditions différentes de ce qui existe aujourd’hui. On met en place une plateforme pour que les familles qui souhaitent accueillir ces femmes puissent s’inscrire. C’est encadré : les femmes accueillies, comme les familles, sont suivies. Et les femmes sont nécessairement orientées par un travailleur social ou une association. Il y a une charte qui encadre cette relation, qui pose les droits et devoirs des uns et des autres. Pour les familles, la durée d’hébergement doit être au moins de 15 jours et peut aller jusqu’à plusieurs mois. L’idée c’est que la durée soit la plus longue possible. L’idée de cet hébergement, c’est offrir un moment de répit entre le moment où la catastrophe de se retrouver à la rue se produit et le moment où la personne va pouvoir se réinsérer. La question de l’hébergement n’est pas la seule : si elle peut être résolue rapidement, on doit concevoir des parcours de réinsertion : il faut les aider à imaginer un nouvel avenir, c’est la clef de la réussite. Et dans l’absolu, il faudrait qu’on réussisse à repérer en amont la situation de ces femmes pour qu’elles n’arrivent pas dans la rue.

POUR QUI ?
Toutes les femmes ne sont pas accueillies : pour le moment, sont exclues de notre dispositif celles qui souffrent de pathologies particulières, notamment psychiatriques et les femmes victimes de violence conjugale, parce que la famille accueillante risque de se retrouver en difficultés, ce qui n’est pas possible.

LA RÉPLICABILITÉ DU PROJET
La plateforme a déjà été lancée : on a eu des familles à Bordeaux Métropole mais aussi à Paris. Actuellement, 5 femmes sont hébergées. Les retours sont positifs, globalement tout se passe bien.  
On souhaite éprouver le dispositif, encore en construction. On a des questions et les réponses vont venir petit à petit : l’expérimentation permettra de consolider les différents aspects de ce nouveau type d’hébergement et de consolider les partenariats, de proposer une alternative et de voir à plus grande échelle comment le dispositif évolue et réagit. L’expérimentation durerait 1 an, ce qui nous permettrait d’obtenir des chiffres significatifs sur le nombre de femmes accompagnées et sur leur réinsertion.

 

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