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Dans les ministères : la Défense à l’avant garde
10.02.09

Encourager et soutenir des projets innovants des personnels civils et militaires dans tous les domaines : le ministère de la Défense pratique l’innovation participative depuis 20 ans. Retour sur l’action d’un ministère précurseur en la matière.

Du champ de bataille au laboratoire d’idées

Quel est le point commun entre un gilet pare-balles, un drone marin de détection de pollutions chimiques, un système de navigation « chirurgicale » assisté par ordinateur, des panneaux solaires souples pour recharger les batteries des postes radios d’équipes isolées et un système d’information météo opérationnel? Toutes ces innovations, utilisées aujourd’hui à grande échelle par les armées, ont été imaginées par des hommes et des femmes travaillant sur le terrain militaire. Ces idées « souvent simples, robustes, efficaces et peu coûteuses » résultent d’expériences vécues en missions et de la volonté du personnel d’améliorer une situation ou de résoudre un problème.

La remontée et la réalisation de projets nés sur le terrain constituent le cœur de la démarche dans laquelle le ministère de la Défense est engagé depuis plus de 20 ans et fait aujourd’hui figure de précurseur. Son objectif : favoriser l’émergence et le développement d’idées innovantes visant à améliorer ou concevoir toute technique, matériel, produit ou procédure pertinents pour le ministère de la Défense. Cette nouvelle forme de management concerne l’ensemble du personnel militaire et civil du ministère, sans distinction de métier ou de grade. Homme du rang, sous-officier, officier, personnel civil de la défense… chacun peut être porteur d’innovation.

Une démarche née sur le théâtre des opérations

La démarche d’innovation participative au ministère de la Défense prend forme très concrètement en 1987 avec l’amiral Le Pichon. Engagé dans la région du Golfe avec le groupe aéronaval pendant le conflit Iran-Irak, ce dernier doit faire face à un certain nombre de situations imprévues. Il s’aperçoit alors qu’en réunissant et  mettant à contribution l’ensemble de ses équipes, du simple matelot à l’officier, il parvient à trouver des solutions aux  problèmes rencontrés. De retour à Paris, il fait part de son expérience au ministre de l’époque André Giraud qui, enthousiasmé, décide de développer la démarche. C’est ainsi que naît l’innovation participative au sein du ministère de la Défense.

Une mission pour fédérer les initiatives

Pour garantir la remontée des idées, leur matérialisation et leur diffusion, le ministère s’est doté en 1988 d’une Mission pour le développement de l’innovation participative. Rendant compte directement au ministre et soutenue par délégation générale , cette entité compte aujourd’hui quatre personnes et s’appuie sur un réseau d’une vingtaine de correspondants répartis dans l’ensemble des directions et états-majors. Sa principale fonction consiste à recueillir et soutenir les innovations portées par les personnels des trois Armées, de la Gendarmerie nationale, du Service de santé des Armées, de la Délégation générale pour l’armement et de toute autre entité du ministère, soit quelque 420 000 personnes.

« Tout le monde aujourd’hui, quel que soit son rang ou son appartenance peut prendre contact avec la Mission innovation pour présenter une idée constituant une avancée pour le ministère de la défense  », explique François Debout, chef de la mission. « Notre rôle va ensuite consister à lui assurer toute l’aide dont il a besoin, qu’il s’agisse d’un soutien financier, technique, juridique, moral ou administratif, afin de lui permettre de concrétiser son projet », poursuit l’ingénieur général de l’armement. La réussite de la démarche tient aussi à sa simplicité.

« Entre le moment où l’innovateur vient nous voir, la validation de son projet et le déblocage des crédits pour le mener à bien, il ne se passe que trois mois seulement. Ensuite il lui faut en moyenne un an pour concrétiser son innovation ».

Généralisation de l’innovation dans tous les services

Depuis la création de la Mission, près de 1 500 projets portés par 1200 innovateurs ont ainsi pu voir le jour. Beaucoup ont constitué une réelle avancée en terme de sécurité des soldats comme la généralisation du gilet par balle pour l’ensemble des troupes. L’innovation participative concerne aussi la gestion (amélioration des procédures de paiement), l’organisation (lancement d’un site mobile d’offres d’emplois) et l’administration (numériser le courrier et lutter contre le gaspillage). Vecteur de créativité, l’innovation participative peut également générer des économies de développement, d’investissement, de frais de maintenance et d’achat. Ainsi la conception de simulateurs, imaginés par des agents instructeurs, favorise la réduction des coûts de formation, l’adaptation de certains matériels et la réalisation de prototypes limitent les coûts de développement comparé à une procédure classique.

Systémisation managériale de la démarche

Face au succès de l’innovation participative « spontanée », le ministère de la Défense entend à présent intégrer la démarche au cœur de la chaîne managériale. « Il s’agit désormais de donner une place à l’initiative et la créativité des personnels dans un cadre managérial à l’image de ce qui peut se faire déjà dans le secteur privé », souligne François Debout. Une démarche qui devrait ancrer encore un peu plus l’innovation participative dans la culture du ministère de la Défense.

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