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Meet-up design et data

Publiée le 5 novembre 2024 · Mise à jour le 6 juillet 2026

  • Design de service

Retour d'expérience autour de 4 projets menés au sein des administrations pour découvrir la complémentarité des méthodes du design et de la data dans le secteur public.

Contexte

En 2021, la DITP a organisé la 6e rencontre des designers publics. Quatre projets y ont été présentés pour découvrir et comprendre l’apport du design sur des projets utilisant des données publiques au sein de quatre administrations.

Mois de l’innovation publique : Design et data, 26 novembre 2021.

Mois de l’innovation publique : Meetup Design public #6 - Design et data (événement complet)

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Bonjour à toutes et à tous, nous sommes ravis de vous accueillir pour ce sixième Meetup Design Public. Nous organisons régulièrement des événements pour sensibiliser les administrations à l'approche design, présenter des projets de design de service, et également partager nos pratiques de designers travaillant au sein du secteur public.

[Jean-Baptiste Le Dévéhat, Designer et chef de projet numérique à l'ADEME]
Oui, alors c'est le sixième Meetup Design, alors c'est impressionnant la logistique ici mise en place. Il y a deux ans, on avait initié cette volonté de vouloir faire des meetups avec des designers au sein d'administrations publiques. Ça a commencé au Laptop, dans un lieu intéressant qui mobilise les designers et forme les designers. Ensuite, on a fait de nombreux événements. Ici, c'était bien moins logistiquement parlant organisé qu'aujourd'hui, on est très content d'être sur un plateau télé où on va pouvoir prendre un peu de temps et aussi avoir des interactions avec les personnes ici présentes et les membres qui sont en ligne avec nous.

Et donc on remercie chaleureusement Acteurs Publics qui a mis ce plateau télé en place. On remercie aussi la DITP qui organise le Mois de l'Innovation Publique, et on remercie aussi Cécile Le Guen qui a été à l'initiation de cet événement. Et donc Coline et moi, on va vous présenter les premiers projets.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Aujourd'hui, nous réunissons donc quatre projets qui vous seront présentés pour découvrir et comprendre l'approche, donc l'apport du design dans des projets mobilisant des données publiques au sein de quatre administrations.

Chaque présentation sera donc d'une quinzaine de minutes, 15-20 minutes, avec une ou deux questions à la suite de ça, et nous clôturerons par un tour de questions un petit peu plus générales sur les projets. Et donc la première intervention est de Adeline Celier, qui est designer au Centre National de Surveillance des Pêches, et nous la recevons en direct d'Étel, dans le Morbihan. Bonjour Adeline.

[Adeline Celier, Designer au CNSP]
Vous m'entendez bien depuis la Bretagne ? Très bien. OK, merci Coline pour la présentation. Effectivement, je suis designer de service pour le projet Monitor Fish. J'ai fait partie de la promotion EIG pour ceux qui connaissent le programme, avec mes collègues Vincent Chéry qui était data scientist et Lou Terme développeur. On travaille tous les trois encore au Centre National de Surveillance des Pêches. Et donc, pour ce meetup qui mettait à l'honneur le design et la data, ce dont je voulais partager avec vous, c'était enfin vous parler de la manière dont les méthodes de design et data sont complémentaires, et de donner quelques exemples de cette complémentarité tels que nous avons pu la vivre au sein du projet Monitor Fish. Donc j'attends juste que les slides arrivent... Super, merci. Est-ce qu'on peut passer à la suivante ?

Donc je vais commencer par vous présenter déjà ce qu'est Monitor Fish et ce qu'est le CNSP. Donc le Centre National de Surveillance des Pêches, quelle est sa mission ? Le Centre National de Surveillance des Pêches a pour mission de coordonner les contrôles de police des pêches pour tous les navires qui sont dans les eaux françaises et pour tous les navires français dans le monde. Donc ils doivent respecter les différentes strates de réglementation des pêches européennes, nationales et locales.

Et pour orienter les contrôleurs qui sont sur le terrain (parce que les agents du CNSP sont derrière leurs ordis dans un centre opérationnel), ils reçoivent des données de position des navires de pêche en temps réel, ainsi que les données déclaratives de ces pêcheurs qui disent ce qu'ils vont avoir, où est-ce qu'ils vont pêcher, sous quelle pression, avec quel engin, etc. Donc ils vont analyser et traiter toutes ces données pour orienter les contrôleurs qui sont, eux, sur le terrain, donc en mer ou dans les ports, pour leur dire quels sont les navires les plus pertinents à contrôler. Or, pour mener à bien cette analyse et ce ciblage, ils n'ont pas les outils adéquats. Les outils dont ils disposent sont trop nombreux, peu interconnectés, peu ergonomiques et ne leur permettent pas de faire leur ciblage correctement. Est-ce qu'on peut passer à la suivante ?

Donc c'est pour ça que le CNSP a fait appel au programme EIG, et que nous sommes venus développer pour eux un logiciel qui s'appelle Monitor Fish, qui est une application pensée vraiment pour l'équipe opérationnelle du CNSP. Elle est là pour représenter sur une carte en temps réel toutes les informations dont ils ont besoin pour un contrôle des pêches efficace. Slide suivante.

Donc là, on peut voir une vision globale de l'application. Donc il y a toutes les données de position des navires qui remontent là, en Europe. Donc faut savoir, comme je disais, qu'il y a deux grandes sources de données que les agents peuvent consulter. Prochaine slide. Donc d'abord, les données des navires dont je vous parlais. Donc déjà les données de position : on clique sur le navire, il y a sa fiche qui s'affiche. Et dans laquelle on a condensé toutes les informations qu'on avait sur le navire : ses données d'identité, les déclarations qu'il a faites sur sa pêche, son historique de contrôles. Également, vous pouvez voir qu'il y a des petites jauges rouges et des petites étiquettes à côté des navires avec des couleurs et des numéros. Et donc ça, c'est la note de risque que nous avons attribuée à chaque navire pour aider les agents à aller plus rapidement vers les contrôles les plus pertinents.

Donc pour l'expliquer rapidement, le facteur de risque, ça agrège différentes composantes de données qu'on a sur le navire. Donc il y a la première composante : c'est l'impact de son activité de pêche sur les ressources marines. Un navire qui par exemple pêche au chalut du cabillaud, il n'aura pas forcément la même note de risque qu'un pêcheur qui pêche des casiers au tourteau, parce que l'impact sur la ressource n'est pas le même. Donc ça c'est la première composante. La deuxième composante, c'est son taux d'infractions : est-ce qu'il est très souvent en infraction ou est-ce qu'il est plutôt en règle ? Et la dernière composante, c'est : est-ce qu'il est souvent contrôlé ou pas ? Et donc tout ça est mouliné pour donner une note qui permet aux agents de s'orienter plus facilement sur le plan d'eau. On peut passer à la suivante, merci.

Et donc ça, ce sont les premières sources de données comme je disais, ce sont les données des navires. Et la deuxième grande source de données, ce sont les données réglementaires. Donc nous avons récupéré en fait tous les tracés des zones réglementaires qui sont édictées par les différentes réglementations dont j'ai parlé tout à l'heure. On les a rentrés dans Monitor Fish, et on leur a attribué un résumé qui permet aux agents très rapidement de voir de quoi il en retourne sur cette zone-là. Est-ce qu'il y a des engins interdits, des espèces qu'il ne faut pas pêcher, une licence qui est nécessaire, etc. Donc voilà pour les deux grandes sources de données disons.

Alors les données réglementaires sont des données publiques, effectivement. Après, les autres données que nous utilisons sont des données fournies par l'administration mais ne sont pas publiques. En revanche, il faut savoir que Monitor Fish a été développé de façon totalement open source, que ce soit le code, le suivi du projet, la gestion du projet en tant que telle. Donc voilà, pour vous donner un bref aperçu de ce qu'est Monitor Fish aujourd'hui, et de quel est son contexte d'usage et quelles données on utilise et comment. Ensuite, j'aimerais avancer plus en parlant des liens, comme je disais, entre design et data dans les phases de conception. On peut passer à la slide d'après.

Et donc pour revenir un peu sur la manière dont s'est déroulé le projet, pardon, on peut dire qu'il s'est déroulé en deux phases. Donc il y avait une première phase qui était vraiment de poser les fondements, disons, de l'application. L'enjeu, c'était avant tout de récupérer les données dont on avait besoin, de les organiser de façon dynamique et utile sur une cartographie. Donc côté data science, Vincent a fait un travail de récupération et d'évaluation de la qualité des données, et les a structurées dans des tables en vue de leur utilisation dans Monitor Fish. Donc cette première phase était plus, finalement, du travail de data engineering que de la data science à proprement parler.

Et de mon côté, j'ai cherché à comprendre le métier des agents du CNSP, à identifier leurs besoins, leurs attentes via des interviews, des ateliers. Et puis ben, j'ai dessiné les écrans de façon à structurer l'information que Vincent avait récupérée de façon claire, lisible et intuitive pour l'utilisateur, et répondant aux contraintes de leur métier. Donc une fois cette brique de base posée, on a pu rentrer dans une deuxième vague un peu plus complexe de développement, où l'idée c'était vraiment d'apporter des outils d'aide à la décision des agents. Donc notamment ce facteur de risque dont je vous parlais tout à l'heure, il en fait partie, mais c'est une des briques que l'on a développées, il y en a d'autres.

Et donc c'est dans cette deuxième phase où on est encore aujourd'hui. Vincent, donc de son côté, a vraiment dû rentrer dans le cœur dur de son métier de data scientist, dans l'analyse des données à proprement parler, pour comprendre certains comportements, comparer certaines sources, pour vraiment rentrer dans la conception de formules, etc. Et de mon côté, pour aller plus loin... en fait pour chaque nouvelle brique qu'on développe, je vais plus loin dans la compréhension à chaque fois des enjeux métiers. Je prends le temps d'aller questionner plus en profondeur les procédures, de voir comment on pourrait faire autrement, mieux, et de remettre en perspective aussi tout ce travail avec les autres acteurs du contrôle des pêches pour élargir au-delà du CNSP la réflexion. Suivante.

Avant de se lancer dans le développement à proprement parler, on a tous les deux une phase de diagnostic. Et là, les profils et les approches design et data se recoupent dans le sens où on a tous les deux à cœur de faire des diagnostics. Donc de mon côté, ça va être des interviews et des ateliers que je vais synthétiser sous la forme de carnets qui viendront condenser tous les apprentissages que j'ai pu avoir de ces rencontres avec les utilisateurs. Donc au tout début, on a fait un premier gros carnet d'immersion qui récapitulait tout le fonctionnement du CNSP et les outils avec lesquels ils travaillaient, et après j'ai fait de plus petits carnets plus resserrés sur des focus plus critiques, comme je disais, une fois qu'il fallait rentrer dans des briques plus complexes.

Et Vincent, de son côté, il synthétise l'analyse qu'il fait sur les données via des notebooks en ligne. Donc on peut voir un exemple, avec des illustrations, des infographies. Et donc lui, il a commencé par faire des états des lieux des jeux de données disponibles, donc sur la quantité et la qualité, etc. Puis il est rentré dans des analyses plus poussées, lui aussi, pour le chantier du facteur de risque notamment. Je reviendrai dessus un petit peu plus tard. Et donc, on a tous les deux nos méthodes, nos outils, nos enjeux propres. Nos livrables ne sont pas tout à fait les mêmes. Mais ce que j'ai appris en travaillant avec Vincent, c'est que sur un projet comme Monitor Fish, le regard croisé qu'on apportait était vraiment précieux. Et je pense qu'on a tous les deux pu s'appuyer sur la discipline de l'autre pour enrichir notre propre travail. Et donc, c'est de cette complémentarité dont je voulais parler maintenant. On peut passer à la slide d'après.

Donc tout d'abord, qu'est-ce que la data science a pu m'apporter à moi en tant que designer ? De façon globale, je pense que ça m'a permis de m'appuyer sur des éléments objectifs pour venir enrichir les retours des utilisateurs et les remettre en perspective. Slide d'après. Donc plus spécifiquement, je vais rentrer dans différents points qui ont jalonné le projet sur lesquels je me suis appuyée.

Donc par exemple, dans la première phase dont je vous parlais, où il s'agissait vraiment de structurer l'information sur la cartographie, j'ai pu poser des questions un peu spécifiques à Vincent pour qu'il aille analyser les données du journal de pêche électronique (donc ce sont les fameuses déclarations de pêche dont je vous parlais, que les pêcheurs remplissent et nous envoient pour dire "j'ai pêché dans telle zone telle espèce à tel moment avec tel engin" etc.). Et donc moi, j'avais vraiment besoin de comprendre un peu plus précisément quelles étaient les pratiques, de façon un peu disons quantifiée, pour pouvoir me dire "bon ben OK, je sais que je dessine pour les cas principaux, la plupart du temps ils fonctionnent comme ça. Donc voilà, je vais structurer de cette manière, ça va répondre à la majorité des cas". Et donc ça, en tant que designer, je n'aurais pas pu le faire. Déjà parce que je n'allais pas interviewer tous les pêcheurs, et parce que de toute façon je n'avais pas les outils quantitatifs pour le faire.

Ça m'amène à mon deuxième exemple à la slide d'après, qui touche à quelque chose qui est, comment dire, un petit détail, une chose qui est assez révélatrice. Puisque là voilà un autre apport du regard de Vincent. Même si l'effort est assez ponctuel, mais ça a permis de montrer qu'on peut questionner aussi via l'analyse de la data des idées qui sont ancrées depuis longtemps, dont on a oublié la provenance. Donc là, j'ai mis une capture d'écran d'une piste de navire sur laquelle il y a trois couleurs. Et en fait, quand on est arrivé on nous a dit "notre couleur est en fonction de la vitesse du bateau". Donc quand c'est en vert, c'est qu'il est en transit, quand c'est en jaune c'est qu'il est en recherche de pêche, et quand c'est en bleu c'est qu'il est en pêche. On suppose qu'il est en pêche parce qu'il y a telle vitesse, et qu'il est en recherche de pêche... qu'est-ce que ça veut dire exactement ? Et donc là, les utilisateurs n'étaient pas forcément capables de dire précisément à quoi ça correspondait vraiment.

Et donc Vincent, lui de son côté, il avait fait une analyse un peu plus poussée des comportements de démarrages, enfin de l'analyse à la fois des pistes des navires, de leur vitesse, et puis des données qu'ils déclaraient à un moment donné de leur marée. Et donc il a pu en fait mettre en regard deux fourchettes : une de transit et une de pêche, en disant "bon ben voilà, en dessous de telle vitesse a priori ils sont en pêche, au-dessus dans la plupart des cas, évidemment il y a des exceptions, ils sont en transit". Et en fait, la recherche de pêche ne correspond pas vraiment à une véritable donnée. Donc on a pu ajuster aujourd'hui, on n'a plus que deux couleurs sur les pistes que vous avez pu voir dans l'illustration précédente. Et voilà, pareil, juste avec des retours utilisateurs, je ne serais pas forcément allée dans ce détail.

Troisième et dernier exemple de l'apport de la data science au design sur un projet, sur un travail plus pratique, une plus grosse brique en fait qui concernait la coordination du contrôle au débarquement et les préavis de débarquement que j'avais commencé à mener avec les équipes. En gros, pour vous le dire très rapidement : il y a certains navires qui pêchent des espèces qui sont considérées comme plus fragiles, ou en tout cas plus à surveiller que d'autres par l'Europe. Quand ils pêchent ces espèces-là, ils sont tenus en tant que pêcheurs d'envoyer un préavis de débarquement, donc un message qui dit "voilà, j'ai telle et telle espèce, et je dois débarquer dans un port à telle heure", et on doit le dire 4 heures avant. Cette réglementation, elle a pour but de permettre aux contrôleurs d'arriver à temps sur le terrain pour contrôler ce navire qui a priori a pêché des espèces plus sensibles.

Et en fait, derrière, donc les contrôleurs doivent être prévenus avant. Et la procédure qui a été mise en place, c'est que le CNSP devait vérifier et analyser les préavis de débarquement qui tombaient, et dire "bon ben voilà, sur tel navire j'ai observé tel et tel problème", et ensuite le diffuser aux unités sur le terrain pour dire "ah bah voilà, allez plutôt vers tel ou tel navire". Et en fait, au fil du temps, le nombre de préavis de débarquement à vérifier a drastiquement augmenté, et du coup les agents du CNSP n'ont pas pu à chaque fois faire une analyse poussée avant la diffusion au terrain. Et donc finalement, il y avait une diffusion très large de ces préavis, mais sans véritable analyse qui apporterait une plus-value de ciblage possible, parce que du fait du trop grand nombre de ces avis, derrière, ça demandait beaucoup de travail au CNSP. On se demandait si finalement le but était atteint, à savoir si derrière les navires étaient bien contrôlés, et si on tombait bien sur des navires qui étaient en infraction.

Donc on avait tous l'intuition que non, a priori, on s'en doutait un peu. Mais je lui ai demandé de sortir les chiffres vraiment du ratio entre la diffusion des bons préavis, et quels contrôles derrière cette diffusion, et quelles infractions derrière sont détectées après cette diffusion. Donc je n'ai pas mis les véritables chiffres parce que l'idée ce n'était pas de les diffuser. En plus l'idée c'était plus de dire "bon bah objectivement, on s'est rendu compte qu'il y avait effectivement un souci, et on a pu aller voir les personnes qui étaient concernées sur le terrain pour leur dire 'bon bah voilà, on se rend compte qu'il y a une réglementation aujourd'hui qui n'est plus adaptée à la réalité, il faut faire changer, il faut bouger les choses'".

Et ça j'ai trouvé ça vraiment intéressant aussi parce que c'est vraiment quelque chose qui m'a permis de faire ressortir toutes les facettes de la situation, et surtout de consolider un discours de designer qui est plus souvent habitué à avoir des données qualitatives d'interviews, d'ateliers. Aujourd'hui, je n'ai pas un panel d'utilisateurs qui me permet de faire du véritable quantitatif en termes de retours, parce qu'il y avait une trop petite taille d'utilisateurs concernés. Donc cet apport de la data science sur mon projet m'a permis aussi d'étayer mon discours et de faire avancer les choses auprès des parties prenantes. Et on peut passer à la slide d'après, je crois d'ailleurs que j'ai raconté ce que j'avais à vous raconter sur ça.

Et donc pour finir, à l'inverse de l'autre côté, qu'est-ce que le design a pu apporter aussi au travail de Vincent et quelles sont les complémentarités qu'on a pu trouver ? Alors bien évidemment, le design permet d'apporter un éclairage du terrain comme je le disais, via les carnets d'immersion mais toutes les interviews que je restitue aux différentes parties prenantes. Donc ça permet de poser les fondements de la compréhension du métier et de nourrir la vision du data scientist pour la conception des fonctionnalités qu'il va développer. Donc ça c'est la base.

Mais ensuite, si on rentre un peu dans d'autres détails, on peut parler par exemple du travail qui a été fait sur le facteur de risque. Et donc là, j'ai eu la bonne surprise de voir Vincent s'approprier des méthodes du design, à savoir les ateliers de conception, pour récolter les informations dont il avait besoin pour concevoir ce facteur de risque auprès des utilisateurs. Donc il a imaginé en fait des scénarios, des exercices en fait de comparaison de navires en prenant des données réelles, en disant "voilà, tel navire il a tel type d'infraction, tel type de contrôle, tel truc... et donc sur ce panel-là, comment vous placerez les navires du plus à risque au moins à risque ?". Chaque utilisateur avait son carnet avec ses exercices, et a pu dire comment il comptait faire, comment il comptait cibler, et par quel chemin son raisonnement était passé pour arriver à ce résultat.

Et donc ça a permis ben voilà, de définir avec eux comment moduler ce facteur de risque pour qu'il réponde à la réalité du terrain et à la manière dont, dans les faits, les navires peuvent être ciblés. Et donc moi je l'ai aidé à déterminer un peu le format des exercices et puis à animer la séance. Mais c'est vrai que tout seul, de toute façon avec les ateliers de conception, j'en fais à chaque fois, mais sur un sujet aussi touffu que le facteur de risque qui nécessite quand même d'avoir déjà une vision de comment il va être calculé, quelles données prendre en compte, c'était vraiment plus son travail. Donc c'était une super chose qu'il mène ces ateliers en ma compagnie, et qu'il puisse s'approprier aussi ces méthodes-là. Je pense qu'avant de travailler avec le design, les data scientists n'avaient pas forcément ces réflexes en fait, parce que ce ne sont pas forcément les outils qu'ils utilisent.

Et enfin, pour finir aussi, pour rester sur cet exemple du facteur de risque, une fois qu'il a récolté les retours qui étaient nécessaires à son travail dans les ateliers, il a fallu définir la formule. Et ensuite il y avait un vrai enjeu pour nous ensemble, pour le projet Monitor Fish, de restituer ces calculs de façon intelligente pour l'utilisateur, claire, et que vraiment Monitor Fish ne soit pas une boîte noire. Il ne faut pas que ce soit un outil que les utilisateurs n'arrivent pas à s'approprier. S'ils voient une étiquette qui est plus rouge qu'une autre et qu'ils se disent "OK, je le contrôle", sans savoir pourquoi ce navire a une note élevée, pourquoi il est intéressant de le contrôler, ça ne marche pas. Il y a eu un vrai travail dans la mise en forme de la formule, donc de la note de risque globale et puis sa déclinaison en trois sous-notes, pour la rendre intelligible pour les utilisateurs.

Et donc là, c'est pareil, on a vraiment travaillé en collaboration avec Vincent pour... il y avait aussi tout un travail sur les termes, pour qu'ils ne soient pas trop techniques, pour qu'on comprenne en fait la logique derrière, qu'on comprenne quels choix avaient été faits. Et donc voilà, il y a vraiment une idée de vulgarisation en fait du travail du data scientist via le logiciel. Et ça, je pense que ça vient vraiment relier nos deux pratiques. Et donc finalement, pour moi l'expérience de travail avec un data scientist sur ce projet a été vraiment très enrichissante. Je le vois comme une possibilité, à tous les deux, de mener plus loin chacun nos enjeux, nos travaux, de par cette complémentarité, de se nourrir et d'aller vraiment dans le cœur du problème et de le prendre sous tous les angles. Donc j'ai terminé pour la présentation, écoutez, n'hésitez pas si vous avez des questions sur le projet.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Adeline, merci pour cette immersion voilà au sein du projet Monitor Fish. On va peut-être rapidement prendre une question si vous en avez. Et pour les personnes qui sont à distance, vous pouvez nous envoyer des questions à l'adresse mip@acteurspublics.com que nous recevrons ici, et nous les prendrons à la fin ou au fur et à mesure des projets si vous voulez. Est-ce que vous auriez une question pour Adeline ?

[Personne du public 1]
Bonjour Adeline, moi c'est Cécile de la DITP. Merci beaucoup pour la présentation. Ma question c'était : à quel point c'était facile d'embarquer les agents dans la démarche ? À quel point ils vous ont suivis, ils ont participé aux ateliers ? Ils ont compris et ça les a satisfaits, ils ont vu l'utilité aussi ?

[Adeline Celier, Designer au CNSP]
Oui il y a une utilité. Alors attendez, j'ai de l'écho... je m'entends parler un peu maintenant... je vais essayer de faire abstraction. Non, c'est bon. OK, oui. Alors je pense que de notre côté, on a eu beaucoup de chance déjà parce qu'on est tombé sur des personnes qui étaient vraiment ouvertes au changement, qui avaient vraiment envie de faire évoluer les choses, qui n'avaient pas peur d'expérimenter de nouvelles choses. Donc on a vraiment pu embarquer les équipes avec nous très facilement.

Je pense que le travail de fond en tant que... demain je pars mener sur le programme et on avait quand on a été accueillis par la cheffe du CNSP qui a été à l'instigation du projet, et qui avait prévenu les équipes... et donc on a eu la chance aussi d'être sur place. Et donc on a pu organiser très facilement des ateliers avec les personnes qui nous ont suivis. Et c'est vrai que disons que c'est une... j'ai conscience aussi que c'est un projet sur lequel on a un peu été privilégiés de ce point de vue-là. Du fait du nombre restreint d'utilisateurs, du fait qu'on soit sur place, du fait qu'ils étaient ouverts au changement.

Et puis c'est vrai que je pense que ça a répondu vraiment... notre démarche a répondu à un vrai besoin, un vrai manque de leur côté, d'écoute de leur métier et de compréhension de leurs enjeux. Parce que je pense que les outils qui avaient été développés auparavant... ils avaient l'impression qu'on ne comprenait pas forcément comment ils travaillaient, que leurs retours n'étaient pas forcément pris en compte, que les gens ne se déplaçaient pas sur place pour venir voir comment ça se passait exactement sur le terrain et comprendre leurs contraintes. Et donc c'est vrai que la démarche design a trouvé vraiment un très fort écho au sein du CNSP puisqu'elle répondait à tous ces besoins-là, en fait, d'être écoutés tout simplement, d'être pris en compte.

Et au-delà de ça, en plus sur le fait de travailler en collaboration avec le design, data et développement, on a pu mettre en place un système de boucles itératives de développement très rapide et de récupération de leurs retours sur le prototype, et ensuite sur la version en production. Et donc pareil, ce système de retours en fait et d'ajustements très rapides, c'était quelque chose à quoi ils n'étaient pas habitués, et qu'ils trouvaient hyper luxe. Mais c'est vrai que le projet s'y prêtait bien, et je pense que quand on est sur un logiciel métier comme ça, c'était plus facile aussi de mettre en place ce genre de choses que quand on s'adresse à un service public qui intègre tous les citoyens par exemple.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Adeline, merci encore pour la présentation, on reprendra des questions à la fin si vous souhaitez revenir sur le projet Monitor Fish ou sur des questions plus transverses. On va maintenant parler du projet Open Collectivités, et nous accueillons Élodie Delaisement qui est designer et Sylvain Boissel qui est développeur, et tous deux travaillent au sein de la Direction Générale des Collectivités Locales.

[Jean-Baptiste Le Dévéhat, Designer et chef de projet numérique à l'ADEME]
Alors Sylvain va aller en régie je crois, pour faire la démonstration, mais on va laisser la parole à Élodie.

[Élodie Delaisement, Designer à la DGCL]
Merci. Mais du coup, on voulait faire une présentation à deux voix, mais Sylvain va aller en régie pour faire la démo du site suite à quelques petites slides. Donc moi c'est Élodie, je suis la designeuse de services sur le projet. Et j'étais en binôme avec Sylvain Boissel qui est en régie sur le projet Open Collectivités. Donc je vais vous le présenter rapidement, et puis ensuite on vous fera une démo en live, exercice périlleux.

Donc le sujet du portail, enfin la problématique de départ, c'était de fournir des éléments clés aux décideurs publics pour les informer et les aider à faire des choix de politiques publiques. En fait, c'est difficile parce que j'ai envie de regarder le public. En fait, le projet est porté par la Direction Générale des Collectivités Locales, et c'est un projet qui vise principalement en fait à rassembler les statistiques publiques qui sont existantes mais qui sont un peu disséminées sur les différents sites des services statistiques ministériels. Et donc rassembler toutes les stats publiques qui portent sur les collectivités locales pour tout simplement les trouver plus facilement. Et donc ça s'adresse à tout citoyen, fonctionnaire territorial, chercheur, chercheuse, journaliste. On peut passer à la slide...

Donc voilà, comme ça vous verrez les photos de Luc Brière, qui est notre mentor et qui est chef du département stats à la DGCL. Le mentor adjoint qui était le directeur adjoint de la DGCL, moi-même et Sylvain qui est le développeur. Donc je remets juste rapidement le contexte. Le projet en fait, le projet était quand même déjà assez bien cadré, et notamment il y avait une partie immersion utilisateurs, puisque la genèse du projet c'est une note du Conseil National de l'Information Statistique (CNIS), qui justement est en contact avec les utilisateurs et les utilisatrices de statistiques. Donc on est déjà partis d'une note assez fournie qui pointait du doigt le fait que les statistiques étaient difficiles à trouver, peu mises en valeur, puisqu'elles étaient diffusées de manière différente sur différents sites ministériels.

Donc voilà la genèse du site. On est arrivés sur le programme EIG comme le projet précédent. Et notre projet c'était surtout de... donc moi j'ai fait mon petit cadrage projet en amont pour savoir, pour vérifier en fait si le rapport du CNIS était correct. J'ai contacté pas mal de personnes, notamment dans les collectivités locales. Après avec le contexte du COVID, ça a été assez compliqué d'avoir des retours. On a eu quelques retours à distance, mais voilà, on a fait un peu comme on a pu puisqu'on a travaillé quasiment pendant toute l'année en confinement ou couvre-feu, donc ça ne se prêtait pas trop à l'immersion sur le terrain.

Donc le problème, voilà, c'était de résoudre... à résoudre, c'était de rassembler toutes les stats au même endroit et de les rendre faciles à trouver. On peut passer à la slide suivante. En fait, je dis l'avance des slides parce que je les connais par cœur ! Et donc on a commencé par s'adresser en priorité aux équipes d'agents publics locaux, mais tout en gardant en tête aussi que ça pouvait intéresser des citoyens, journalistes, chercheurs.

Et donc pour en arriver sur le sujet de la data, en fait finalement ce qui s'est imposé au fil du temps, le plus on avançait sur le projet, plus notre sujet principal de conception ça a été : comment pérenniser le site ? Sachant qu'en fait, dans le service dans lequel nous avons atterri, il n'y a pas de gens qui savent développer et designer des services, et il n'y a personne donc pour maintenir à jour le site qu'on a créé. Donc finalement, on a mis tout en œuvre pendant les derniers mois pour automatiser le plus possible la récupération des données, afin que même s'il n'y avait personne pour reprendre le site, avec quelques appels à un développeur par exemple de manière ponctuelle pour faire de la maintenance, ça suffirait pour qu'il soit alimenté et mis à jour automatiquement, et que la donnée soit à jour. Sans quoi, en fait, il perdrait tout son intérêt.

Donc en fait on récupère une base de données, qui est une base de données ASPIC qui contient des informations sur les collectivités locales, et ça c'est produit en interne dans notre service. Donc ça ce sera une personne qui est dans notre service qui la mettra à jour annuellement. Sylvain, lui, a fait une interface dans un back-office dans laquelle il peut tout à fait charger les fichiers sans avoir à lancer une ligne de commande ou faire du développement, puisque c'est pas son cœur de métier.

Pour les publications statistiques, on a travaillé avec la Bibliothèque Numérique de la Statistique Publique, qui est un site de l'INSEE, qui a une API qui indexe toutes les publications statistiques de 13 services statistiques ministériels. Ils ont vocation à terme à indexer toutes les publications statistiques de tous les services stats ministériels. Donc nous, ce qu'on fait, c'est qu'on récupère à l'aide de requêtes les publications qui concernent les collectivités locales. Et on récupère également des jeux de données, toujours grâce à des API, de la DGFIP qui publie des jeux de données sur les finances des collectivités locales et du ministère de l'Économie, pareil en ne récupérant que ce qui concerne les collectivités locales.

Donc on a vraiment travaillé en binôme, et en fait on s'adapte. On a d'abord encadré le projet, puis ensuite en s'occupant de la faisabilité technique surtout, et en essayant de faire en sorte que le site soit pérenne dans le temps. Donc on s'est réparti ça a été le challenge qui a un petit peu bougé. Et on va vous faire rapidement une petite démo voilà, puisque le site est en ligne. Enfin bientôt, il le sera dans quelques semaines.

Donc en fait, on a une partie données qu'on va vous montrer. On peut chercher une commune, par exemple. On a des fiches en fait qui donnent des données de contexte sur toutes les collectivités, tous les niveaux de collectivités (donc commune, EPCI, département, région). Ça c'est suite à une réflexion avec notre mentor qui pensait que c'était une bonne idée de donner des données de contexte pour mieux comprendre les publications statistiques qu'on met à disposition sur le site. Parce que ça permet de mieux les appréhender.

Et donc si on descend, on a également la partie cœur du site qui est les publications statistiques qui concernent cette ville, et qui sont récupérées d'une direction régionale Bretagne de l'INSEE. Donc voilà, pour ça Sylvain a fait un petit code qui détecte en fait dans le titre des publications, parce que les publications là elles sont régionales, elles sont au niveau Bretagne. Si toutefois elles parlent d'une ville ou d'un département, on détecte automatiquement de quoi ça parle, et on les publie sur la fiche du département ou de la ville en question. Et on peut peut-être également montrer les autres... voilà, toutes les autres publications qu'on a en bas de page.

Donc là, sur les publications, il y a eu surtout un travail de hiérarchisation de l'information. On a une entrée par thématique, et ensuite on peut refiltrer de manière très fine. Si tu rentres sur les finances par exemple, on peut refiltrer de manière très fine, étant donné qu'en fait on a maintenant à peu près 4000 publications sur le site, puisque le but c'est d'être le plus exhaustif possible. Voilà, on peut filtrer sur des choses qui sont pertinentes. Alors la difficulté c'est que ça peut être pertinent pour tous, après il y a des choses qui sont un petit peu plus poussées. Voilà, l'auteur, ça va parler à tout le monde. L'année de publication, ça va parler à tout le monde. La région, le département, le type de territoire... par exemple on a des choses un peu plus poussées qui parleront peut-être plus à des statisticiens, des chercheurs, de type territoires de montagne, du littoral. Voilà, donc on a essayé de faire des filtres qui conviendraient à tout type de public. Que dire de plus ? C'est tout je crois que c'est bon. Si vous avez des questions...

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Très bien, merci beaucoup. Bien sûr si vous avez des questions. Et on redit pour les personnes qui nous suivent en ligne, vous pouvez nous envoyer un mail à mip@acteurspublics.com et on pourra aussi les lire en direct.

J'ai encore une question, j'espère ne pas être la seule à poser des questions, mais du coup vraiment n'hésitez pas, peut-être que vous connaissez aussi le projet. Du coup, moi j'arrive vraiment avec mon regard assez neuf, mais quels ont été vos contacts et vos interactions avec les utilisateurs finaux de ce site ? Et comment justement vous avez pu commencer à trouver les bonnes approches pour leur parler ? Est-ce que vous avez aussi réussi à définir qui sont ces utilisateurs ? Puisque bon, là vous avez cité des typologies de personnes assez vastes (des chercheurs, des citoyens), mais est-ce que vous en avez vu et parlé ?

[Élodie Delaisement, Designer à la DGCL]
Ça a été la difficulté. Comme je le disais, ce projet est surtout dû au contexte du COVID, ça a été assez compliqué de les contacter. Je pense que ça a été une année où les fonctionnaires territoriaux avaient beaucoup de choses à gérer, ils n'étaient pas très dispos. Donc j'ai eu des contacts avec les départements notamment. Après, sinon ça a été surtout un travail avec l'équipe du projet, le mentor. On a aussi échangé beaucoup avec les autres directions de la DGCL qui connaissent bien en fait, qui ne travaillent pas du tout dans la statistique, mais qui sont amenées à en avoir besoin, donc ça pouvait être aussi des utilisateurs et des utilisatrices du site.

Après comme je disais, étant donné le peu de temps qu'on avait et le peu de ressources pour reprendre le site, on s'est vraiment focalisé sur : comment faire pour automatiser au maximum la récupération de data ? Même si ça correspond à des personnes, on va dire, un peu floues, au moins pour faire en sorte que le site qu'on avait conçu, qui quand même correspond à une recherche du CNIS comme je le disais au début (donc on n'est pas parti complètement dans quelque chose de déconnecté de la réalité), pour surtout faire en sorte qu'il soit maintenu à jour, qu'il tombe pas dans l'oubli.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
J'ai envie de compléter avec une question sur le gros travail que vous avez dû faire d'agrégation de données, de formatage derrière, j'imagine. En quoi le projet a permis éventuellement de sensibiliser ou d'acculturer à ce besoin qu'il y a d'agrégation et de mise en commun de données publiques ? Alors, c'est peut-être plus une question pour Sylvain, mais...

[Élodie Delaisement, Designer à la DGCL]
Alors sur ça, je pense qu'on a surtout sensibilisé nos mentors sur cette question. Parce qu'en fait, quand on est arrivés, eux ils sont vraiment spécialistes de la statistique, mais notre mentor n'avait jamais géré un projet informatique. Donc je pense qu'au début il nous faisait des demandes de référencer telle et telle publication. Mais en fait, si on avait voulu faire le projet qu'il nous demandait, il aurait fallu qu'on ait une équipe dédiée de veille qui aille chercher des publications à la main et qui les référence. Comme en fait, il n'était pas question de créer des postes, on a réussi à lui faire comprendre qu'on n'allait pas forcément avoir toutes les publications qu'il souhaitait, mais qu'on allait avoir une solution technique valable dans ces conditions, avec des employés et des spécialistes qu'il a eus dans son service. Et ça, il l'a très très bien compris. Donc il a bien compris qu'en fait le travail que ça représentait de voilà, d'agréger ces données à la main, de les classer à la main versus les récupérer via une requête à une API, et que ce soit fait automatiquement chaque nuit en fait. Donc ça, au sein du service et à la DGCL, je pense qu'il y a une bonne acculturation qui a été faite, voilà.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Merci beaucoup Élodie, et merci Sylvain pour la démo en live. Donc nous allons passer au troisième projet : Mission Transition Écologique. Sur un format hybride très représentatif de l'année que nous avons tous passée sûrement. Avec donc Marie Ramon-Daré, designer, et Nadim Bel Lallahom, qui sera à distance, qui est designer également. Et tous deux travaillent au Commissariat Général au Développement Durable (CGDD).

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
Bonsoir à tous, merci de nous recevoir littéralement sur ce plateau, on ne l'avait jamais faite celle-là, mais on est ravis d'être là. Nadim, es-tu avec nous ? Tu as toujours un problème d'écouteur, on ne t'entend pas... alors il faut bouger, c'est parfait.

[Nadim Bel Lallahom, Designer au CGDD]
Est-ce que c'est bon ? Parfait.

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
Alors oui, on t'entend Nadim, très bien. Pour commencer cette présentation, on a une question à vous poser : d'après vous, quel est le premier obstacle pour une entreprise qui souhaite faire sa transition écologique ? Dans la salle ou en visio ? Je regarde la caméra... personne ?

[Personne du public 2]
Oui, le financement.

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
Oui, tout à fait. La première réponse, c'est la bonne, c'est financier. Pour plus de 50% des entreprises que nous avons interrogées dans le cadre de notre projet, le financement public, notamment public, est un obstacle à la transition écologique des entreprises. Car actuellement le financement est très complexe, technique et dispersé. Alors nous sommes Nadim et Marie, et nous faisons partie de la petite équipe qui a imaginé et conçu la solution Mission Transition Écologique, qui est une plateforme qui a pour objectif de faciliter l'accès pour les entreprises au financement public en rassemblant au même endroit l'ensemble de l'offre des aides d'État pour les entreprises pour la transition écologique.

Alors je ne sais pas si on a accès aux slides pour vous présenter l'équipe et pour remettre le projet dans son contexte. C'est un projet qui est porté par deux ministères : à la fois le ministère de la Transition écologique et le ministère de l'Économie, des Finances et de la Relance. Et donc nous, l'équipe projet est missionnée par le Commissariat Général au Développement Durable. On a une équipe de quatre personnes avec un directeur de projet, Grégory Grelet, deux entrepreneurs d'intérêt général dont Nadim qui est avec nous ce soir, designer, et Cédric Merouani qui est développeur, et moi-même qui suis également designer pour l'entité qui porte le projet.

Alors on va vous présenter le projet, la démarche, mais avec ce prisme sur les leviers que représentent le design et la data quand on construit un service public tel que Mission Transition Écologique. Slide suivante, et Nadim je te laisse la parole.

[Nadim Bel Lallahom, Designer au CGDD]
Super, merci. Un des premiers points, et le point de départ de notre projet, c'était la commande publique. En effet, pour l'historique, l'idée initiale du projet Mission Transition Écologique a été décidée pendant un Conseil de Défense Écologique en mai 2019, et a fait l'objet d'une lettre de mission à l'intention du commissaire général du développement durable, Thomas Lesueur. Et cette lettre de mission avait été signée par un certain nombre de ministres, ce qui a fait que le sujet a été déclaré comme un sujet prioritaire du CGDD sur l'année 2020-2021. Et la lettre de mission était assez spécifique puisqu'elle demandait la création d'un guichet unique des aides pour différentes cibles : la cible des entreprises, des collectivités et des citoyens, avec un certain nombre de fonctionnalités qui étaient listées. Donc on avait une commande assez précise.

Un des premiers objets, et finalement un des premiers leviers d'action pour un designer qui arrive sur un sujet quel qu'il soit, que ce soit dans le privé ou dans le public, c'est la recherche utilisateurs pour comprendre le sujet. Et surtout pour s'assurer que dans ce cas précis, la commande politique, qui avait en plus un fort portage politique, réponde à des problèmes réels, des usages, de vrais enjeux. C'était notamment sortir aussi de la manière de faire un peu top-down de la commande publique où la commande publique dicte la mission et l'équipe, que ce soit en prestation ou en interne, est chargée de la réaliser de bout en bout sans jamais questionner l'objet même de cette mission.

Donc la première chose qu'on a faite c'est de mener une recherche. On s'est d'abord appuyés sur la littérature existante. En l'occurrence, on avait une recherche quantitative de la BPI qui avait été menée en 2019 et qui nous donnait quelques chiffres clés. Et ensuite, on a complété avec un certain nombre d'entretiens qualitatifs. Donc les deux enjeux c'est : s'assurer que cette commande politique réponde à des problèmes réels, et aussi que la recherche utilisateurs puisse, si la commande politique n'est pas adaptée, nous permettre de la réorienter vers un vrai besoin et une solution qui soit utile.

L'enseignement de la recherche quantitative a été assez clair. Au-delà de 80% des dirigeants de PME et d'ETI sont conscients de cette urgence climatique, ce qui est un premier bon point. En l'occurrence, 13% nous disent qu'ils sont incapables de réaliser leur transition écologique, et souvent comme l'indique le deuxième chiffre, 49% disent que c'est le manque de moyens financiers qui les bloque pour y arriver.

Donc l'enjeu à partir de ça, c'était de comprendre : qu'est-ce qui bloque les entreprises pour accéder aux moyens financiers ? Est-ce qu'ils sont en capacité d'avoir de l'argent privé ? Quid de l'argent public ? Ce dont on s'est rendu compte, c'est différentes choses. Premièrement, on s'est assez naturellement concentrés sur la cible des entreprises, puisque faire un guichet unique pour la cible des collectivités, des citoyens et des entreprises dans le même temps nous semblait inadapté. D'une part parce que pour les collectivités il y avait déjà des outils existants, tels que Aides-Territoires avec qui on travaille, qui s'assurent d'aller chercher toutes les aides publiques pour les collectivités. Et pour les citoyens, ce qui nous a fait dire que ce n'était pas le moment le plus adapté, c'est parce qu'il y a un certain nombre de dispositifs liés à la transition écologique des citoyens qui sont en train d'être mis en œuvre, notamment sur la rénovation énergétique. Donc il y avait un certain nombre d'objets et de projets qui étaient en train d'être lancés. Donc on s'est naturellement dirigés vers les entreprises.

La recherche qualitative nous a appris que les entreprises avaient une forme de défiance vis-à-vis des aides publiques. Donc ça a été un des premiers points qu'il a fallu intégrer au projet : comment lever cette défiance des entreprises vis-à-vis des aides publiques ? Et qu'est-ce qui crée cette défiance ? C'est souvent la complexité du dossier et le fait que l'entreprise ait peur, en complétant ce dossier qui est assez complexe et assez technique sur la transition écologique, de faire des erreurs, et donc de subir potentiellement un redressement fiscal.

Le deuxième point que nous a appris la recherche qualitative, c'est que la valeur ajoutée du projet ce n'était pas uniquement le format guichet unique. En fait, c'est pas parce qu'on met toutes les aides sur une étagère que les entreprises vont aller chercher ces aides, les utiliser, les demander. On avait repéré tout un tas d'obstacles sur ce chemin. Notamment du fait que c'est difficile de savoir qui propose ces aides publiques, donc la porte d'entrée est difficile à trouver. Deuxièmement, une fois qu'on a trouvé une aide publique on n'est pas en capacité de la comparer à d'autres qui sont portées par d'autres opérateurs. Et troisièmement le dossier en lui-même est complexe et différent selon les aides publiques. Donc il y avait tout un tas de leviers à essayer de lever.

Le dernier point, c'est aussi que l'entreprise n'est actuellement pas forcément accompagnée de bout en bout pour définir son projet écologique, et donc se retrouve perdue face à la masse d'informations sur la transition écologique. Cette recherche a été utile parce qu'elle nous a quand même permis de nous dire que le guichet unique était utile. Donc c'est pour ça qu'on s'est dirigés vers ce portail qui est Mission Transition Écologique. Parce qu'on s'est dit : le guichet unique, c'est une étape nécessaire parce que ça permet aux entreprises de trouver cette porte d'entrée, et de leur proposer une seule porte d'entrée vers toutes les aides. Deuxièmement, ça permet de comparer ces dispositifs, puisqu'ils sont tous au même endroit on peut faire un outil pour les comparer. Et troisièmement, ça permet aussi de favoriser la collaboration entre les financeurs publics que sont les régions, l'ADEME, la BPI, les acteurs aussi des aides européennes, et ça permet de créer de nouveaux outils, par exemple aider une entreprise à savoir si elle est éligible au dispositif, ce qui est aujourd'hui une des plus grosses complexités...

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
Oui, et le plus gros besoin des entreprises. Merci Nadim. Alors notre enjeu du design : premièrement pour cadrer la vision produit de cette plateforme publique dans la durée, et le second pour répondre au double enjeu de simplification du service public que ce soit pour les usagers (donc nous, en l'occurrence, les entreprises), mais également pour l'administration.

Alors pour les usagers, comment est-ce qu'on y répond à travers Mission Transition Écologique ? En permettant de simplifier l'accès au financement public de la transition écologique, et en offrant un point d'accès unique aux aides publiques écologiques grâce à un moteur de recherche. Alors qui vient piocher dans une base de données qui a été consolidée grâce à la startup d'État Aides-Territoires, une base de données de plus de 400 dispositifs d'aides parmi lesquels on retrouve donc des dispositifs nationaux ou régionaux. Donc avec les dispositifs de la BPI, de l'ADEME, des régions et d'agences spécialisées comme les agences de l'eau par exemple.

Et pour l'administration, on permet de montrer cet engagement de transparence, de vulgarisation de l'État sur ce sujet des aides publiques. Comme le disait Nadim, il y a effectivement cette défiance des entreprises par rapport aux aides publiques. Donc ça permet à l'administration, voilà, d'être plus transparente et de mieux vulgariser son propos. Le design permet également d'identifier, donc à travers la recherche utilisateurs et les tests, les manques de l'offre par rapport au financement public. Ce qui nous permet de remonter au niveau du politique, par exemple au cabinet du ministre, ces enseignements pour pouvoir, on l'espère, prendre des actions. Donc là on a vraiment la donnée comme levier pour accélérer les politiques publiques. Et le dernier point qui consiste à favoriser la collaboration entre acteurs du service public grâce à une plateforme qui sert de point d'entrée pour les discussions entre ces différents acteurs (dont Nadim a parlé juste avant) et qui permet d'avoir un outil pour apprendre quant à l'utilisation que font les entreprises de cette offre globale. Donc là on est vraiment sur la donnée collectée qui permet de piloter le financement écologique.

Slide suivante, merci. L'autre étape, c'est le design pour co-construire des fonctionnalités de service public numérique pour les usagers finaux. Et pour les usagers finaux, pour la méthode, je ne vais pas revenir dessus, on en a déjà parlé précédemment, mais on a une méthode centrée utilisateur et pilotée par l'impact. Donc on est vraiment partis de cette recherche utilisateurs qui nous a permis d'en tirer des enseignements, de construire une preuve de concept. Donc ce premier POC qu'on a pu tester, à partir duquel on a construit le MVP, donc cette première brique de solution qui avait le plus de valeur pour les utilisateurs. À partir de laquelle on a pu à nouveau tester, itérer. Et là on est vraiment dans une phase d'amélioration continue, donc le site est encore en version bêta pour le moment. Et on rentre dans cette phase des ajouts de fonctionnalités afin de mesurer l'impact sur le site, et notamment permettre aux utilisateurs de noter par exemple la compréhension qu'ils vont avoir d'un dispositif d'aide par rapport à un autre.

Alors la solution, vous l'avez à l'écran, Mission Transition Écologique, qui est le moteur de recherche des aides publiques écologiques pour les entreprises, et qui réunit en un seul point d'entrée les financements de la BPI, de l'ADEME, des régions et même des aides européennes spécifiques. Et le tout avec la possibilité d'être rappelé par un conseiller CCI de votre région si jamais la recherche ne suffit pas. N'hésitez pas à aller le consulter, vous pouvez aller sur internet et taper mission-transition-ecologique.beta.gouv.fr, vous tomberez sur la plateforme.

On a voulu un parcours très simple qui permet aux entreprises d'accéder le plus rapidement possible à ce moteur de recherche à partir duquel elles peuvent chercher des dispositifs de financement en recherchant une thématique en fonction de leurs besoins de terrain. C'est-à-dire, on ne va pas rechercher par "économie circulaire" par exemple, qui est souvent relativement vague pour une entreprise, mais plutôt "je veux mieux gérer mes déchets", "faire baisser ma facture de consommation d'énergie" ou "changer la mobilité des salariés". Voilà, donc ça pour la solution. On va rajouter une page de sensibilisation à la fois à la transition écologique ("qu'est-ce que c'est, comment est-ce que je fais ça pour mon entreprise ?") et également pour mieux comprendre les financements publics.

Et donc la valeur ajoutée très rapidement pour trois personnes : les entreprises, les aider à répondre à la question "est-ce qu'il existe un financement pour mon projet ?". Et là actuellement pour les 80 entreprises qui ont testé la plateforme on est à 7,5 sur 10 d'utilité, ce qui est un bon score. Le second pour tous les financeurs, on met en valeur leurs dispositifs au niveau national. Et pour l'administration, qui du coup peut créer ce service public en collaboration avec des utilisateurs, et donc sortir de cette façon de faire plutôt top-down.

[Nadim Bel Lallahom, Designer au CGDD]
Oui, juste pour compléter. Est-ce qu'on entend toujours ? Super, OK. Non, juste pour compléter ce que tu disais Marie, un des gros enjeux pour nous c'était de se dire : comment on imagine la manière de rechercher une aide publique ? Et pour ça, on a travaillé aussi avec le bureau Finance Durable du Ministère de la Transition Écologique qui travaillait sur la taxonomie européenne. Donc la manière d'intituler aussi les différentes thématiques relatives à la transition écologique, que ce soit le bâtiment durable, l'économie circulaire, la mobilité durable, la gestion énergétique. Ce qui nous a permis d'essayer d'identifier les thématiques principales, et à chaque fois avec les utilisateurs on leur a posé la question : est-ce que chaque intitulé leur parlait ? Est-ce que si on leur parle de mobilité durable ça leur parle plus que de dire "passage à un véhicule électrique", "véhicule à hydrogène" ? Ça a été tout un jeu d'itérations, tout un jeu de questionnements avec des entreprises. Et à chaque fois, l'idée c'était d'avoir un panel d'entreprises qui pouvaient être aussi bien des PME en zone rurale dans l'agriculture que des PME dans le service, des ETI, des entreprises de plus de 200 salariés jusqu'à 5000 salariés, qui puissent être un peu partout sur le territoire. Ça c'est un des éléments qui nous a permis aussi d'avancer, de construire cet outil.

L'enjeu sur l'innovation publique, c'est qu'aujourd'hui on a de plus en plus d'acteurs, les acteurs se démultiplient dans l'innovation publique et c'est une bonne chose. On en est la preuve concrète avec Marie et Cédric, puisqu'on est tous, les autres intervenants qui sont passés avant nous l'ont montré puisqu'on vient du programme d'Entrepreneurs d'Intérêt Général. Ce qui nous a permis pour la plupart de passer du secteur privé au secteur public, et donc faire partie aussi de ces personnes du numérique qui rejoignent l'administration. Mais il y a d'autres écosystèmes qui s'activent, notamment les startups d'État. Donc tous ces projets qui sont construits pour améliorer les services publics et les rendre plus simples, plus accessibles. Et aujourd'hui, on a beaucoup de ces startups d'État qui proposent des services aux entreprises. Donc on a repéré les startups d'État qui étaient proches de ce qu'on faisait : Aides-Territoires qui va récolter toutes les aides publiques, et Place des Entreprises qui permet de mettre en contact des conseillers en back-office et des entreprises qui se posent des questions, donc de connecter les deux pour permettre aux entreprises d'avoir des réponses à leurs questions. Ça c'est le premier point : repérer ces startups d'État et collaborer très fortement avec elles. Donc aujourd'hui on intègre le service Place des Entreprises directement sur notre site, on travaille sur la même base de données qu'Aides-Territoires, donc on évite de dédoublonner le travail. Et ça je pense que c'est un enjeu important sur les sujets d'innovation.

Le deuxième point, c'est les acteurs du financement public aujourd'hui. Que ce soit l'ADEME, la BPI, les régions, tout le monde innove, tout le monde propose de nouveaux services. En témoignent, dans le cadre du plan de relance, les nouveaux dispositifs qui sont proposés par l'ADEME et la BPI. La BPI a aussi lancé dernièrement un certain nombre de cohortes avec des entreprises qui veulent s'engager pour le climat, ils sont en train de proposer de nouveaux outils. Donc l'enjeu c'était de se dire : comment on collabore, comment on travaille avec ces acteurs ? Ça a été un enjeu compliqué sur cette année puisque tout le monde est un peu concentré sur ses projets et c'est pas évident d'arriver comme un nouvel acteur, et de demander à des acteurs beaucoup plus conséquents de travailler avec nous. Et pourtant c'est ce qui permet d'avoir des services publics numériques qui soient les plus efficaces, et s'assurer qu'on ne fait pas de doublons.

L'enjeu sur les acteurs du financement, dans la collaboration c'était aussi de faire passer le message aux acteurs que sont l'ADEME, la BPI et les régions : aujourd'hui l'offre est compliquée en elle-même, elle est souvent compliquée parce que ce sont des offres qui sont souvent dirigées par des ingénieurs qui ont une expertise métier, mais pas forcément pensées pour répondre, en tout cas utiliser les mêmes mots qu'une entreprise utilise. Donc ça a été un des messages forts qu'on a essayé de faire passer tout au long de cette année aux acteurs du financement public, de dire : comment on travaille communément pour que la sémantique soit simple pour les entreprises ? Voire, à l'avenir, essayer d'imaginer ce qui pourrait être un dossier unique pour certaines aides, notamment avec des outils comme Démarches Simplifiées.

Ces collaborations nous ont aussi amenés un certain nombre d'opportunités, notamment relatives à la donnée. La première, c'est qu'avec Aides-Territoires, on déploie notre outil région par région, donc ça nous permet de récupérer de nouvelles aides. Le deuxième point c'est l'automatisation : comment on s'assure que notre site soit mis à jour et qu'on ait la donnée automatisée ? Donc sur ça avec Aides-Territoires on va de région en région et comme Aides-Territoires invite les régions à développer leurs API pour pouvoir récupérer toutes les aides que les régions ont, et surtout avoir cette automatisation qui est essentielle sur ce type de site qui liste des dispositifs financiers. On travaille conjointement, ça nous permet aussi bien à Aides-Territoires et bien à ce travail concret de travailler sur l'automatisation de la donnée, de pousser les financeurs tels que l'ADEME et la BPI à imaginer des API ou à nous permettre d'avoir des dispositifs le plus rapidement possible pour qu'ils soient listés sur le site, et qu'on s'assure que le site ne devienne pas obsolète s'il manque des informations.

Le dernier point, c'est la création de nouveaux outils. On a lancé un chantier dernièrement dont on est assez fiers. On a collaboré avec Data for Good, une association de data scientists et data engineers avec qui on travaille pour améliorer la classification des aides, et imaginer la création d'un module d'éligibilité des aides publiques, qui est un sujet assez complexe, notamment via du NLP (Natural Language Processing). Le but étant d'analyser aujourd'hui tous les fichiers PDF d'éligibilité qui peuvent être assez conséquents. Parfois on a des fichiers d'une vingtaine de pages sur l'éligibilité d'une seule aide, et de pouvoir détecter via la sémantique les critères d'éligibilité qui reviennent, et ainsi pouvoir proposer aux entreprises un outil où ils peuvent par exemple rentrer leur nombre de salariés, leur chiffre d'affaires, la thématique du sujet pour lequel ils recherchent une aide, et potentiellement ils puissent voir les aides auxquelles ils sont éligibles pour gagner du temps. Donc ça c'est des chantiers qui sont en cours et qui ne sont possibles qu'en collaborant avec un certain nombre d'acteurs. Et la beauté du sujet, et le fait d'avoir eu autant d'autonomie avec le programme Entrepreneur d'Intérêt Général sur cette mission, c'est aussi de travailler sur cette collaboration avec des associations comme Data for Good, avec des startups ou avec des acteurs publics.

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
Merci. Et bon, pour finir une ouverture parce qu'on est là pour parler design et data. Et le projet donc dépend de l'Écolab, qui est le laboratoire d'innovation par la donnée pour les politiques publiques porté par le ministère de la Transition Écologique. Et donc c'est un laboratoire qui a deux missions. La première, qui est d'accompagner l'écosystème français des startups et incubateurs greentech, ainsi que des directions générales et directions d'administration centrale qui souhaitent se moderniser et exploiter la donnée comme accélérateur de leurs politiques. Et également une deuxième mission qui est d'aider à la mobilisation de la donnée, en se positionnant soit comme coordinateur de la supervision générale de la donnée (on a écrit deux feuilles de route, celle de la donnée et de l'intelligence artificielle du pôle ministériel), et également en aidant et facilitant l'expérimentation, que ce soit sur les territoires ou sur des sujets tels que celui dont je fais également partie qui me tient à cœur, qui est le Green Data for Health, qui est l'espace commun de données environnementales au service de la santé.

Et comment est-ce que, à travers le design notamment, on a réussi à réorienter cette commande publique de départ pour faire en sorte de construire ce dispositif qui doit permettre de faciliter au mieux la mobilisation des données environnementales, pour les croiser à des données de santé pour une meilleure information et produire de la connaissance sur l'impact environnemental sur notre santé. C'est un vaste sujet, je pourrais en parler toute la soirée, donc n'hésitez pas si vous avez des questions. C'est un très beau projet qui montre encore une fois que quand on allie data, design et l'aide aux administrations centrales et directions générales, on fait de très belles choses. Merci à tous.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Marie et Nadim, merci pour nous avoir dévoilé les rouages de Mission Transition Écologique et de l'Écolab, qui je pense va nous réserver quelques beaux projets prochainement. On peut prendre quelques questions si vous en avez, merci.

[Personne du public 3]
Bonjour, je me pose la question. Est-ce que donc ce travail un peu d'animation, de reconnaissance d'écosystème, donc de restructuration de la donnée, de subventions, d'aides publiques, a peut-être fait apparaître parfois l'existence de doublons ? De justement plusieurs collectivités qui, sans s'en rendre compte, proposaient en fait la même aide avec quasiment les mêmes conditions sur la même chose ?

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
Oui, très bien. Nadim, je ne sais pas si tu veux répondre, sinon je prends la main. C'est un vaste sujet. En fait on s'est aperçu en creusant dans les aides que très peu de personnes, pour ne pas dire personne, n'avait cette visibilité globale de l'ensemble de l'offre du financement public. Donc il y a déjà les acteurs nationaux. Puis quand on va dans les acteurs régionaux, même entre eux, entre l'agence de développement qui a un certain nombre d'aides, l'agence de l'eau pour une même région qui va avoir des aides différentes, et le conseil régional qui chapeaute tout ça, on n'a pas les mêmes interlocuteurs, on n'a pas les mêmes types d'aides. Donc effectivement sur certains aspects, certaines aides se recoupent. Donc on a eu ce travail-là d'identification globale de l'écosystème. Et quand on creuse même dans le fond de l'aide, on s'aperçoit, ce qu'on disait tout à l'heure, des lacunes qu'on peut avoir mais également des doublons. Et c'est là que le projet devient intéressant comme pilote, c'est justement de ce financement écologique... Nadim, je te laisse compléter.

[Nadim Bel Lallahom, Designer au CGDD]
Oui pour compléter sur ce que tu disais Marie, pour moi en fait ce dont on s'est rendu compte c'est que sur les collectivités, c'est pas tant les doublons qui posent problème puisque finalement, chaque collectivité a ses doublons. C'est plutôt même bon signe dans le sens où l'entreprise va se diriger vers les aides de sa région, elle va pas forcément aller regarder les aides de l'autre région. Et ce qui serait assez cohérent c'est que, quelle que soit la région dans laquelle on se trouve, s'il y a vraiment des spécificités en termes d'entreprises, de thématiques, on puisse retrouver au moins un socle commun d'aides. Ce qui est plus problématique c'est pour le coup les manques. On a pu se rendre compte qu'il y a des aides qui sont (et pour dire, une bonne partie des aides) très techniques, qui ciblent des entreprises qui ont déjà amorcé leur transition écologique et qui sont plutôt des entreprises industrielles ou des entreprises qui ont aussi les moyens de faire des investissements assez conséquents.

Aujourd'hui, ce dont on se rend compte c'est que, par exemple, aujourd'hui aucune aide ne permet à une entreprise de faire son bilan carbone ou d'être subventionnée pour son bilan carbone. On avait une aide qui s'appelait Tremplin pour la transition écologique qui le permettait, mais qui est quasiment épuisée. Donc on se rend compte qu'il y a quand même un certain nombre de manquements aujourd'hui sur l'offre, à savoir des aides qui permettraient aux entreprises qui ont envie de se lancer progressivement d'être subventionnées sur des actions qui sont nécessaires et qui sont même réglementées, puisqu'aujourd'hui le bilan carbone est obligatoire pour les entreprises en fonction de leur nombre de salariés.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Question suivante.

[Personne du public 4]
Allô allô, oui voilà, c'est bon. On sait, c'est magique ce système. Je voulais savoir si votre projet a généré (c'est peut-être trop tôt pour que ce soit le cas), mais a généré du coup des réflexions au sein de vos directions ou de la majorité pour potentiellement faire de la simplification, de la rationalisation ou de la création de nouvelles aides ? On sait que ça va être au programme de l'élection prochaine, on ne va parler que de ça. Donc est-ce que quelque part, vous mettez cartes sur table sur la complexité ? Est-ce que du coup ça a donné des idées à vos directions ou aux députés avec qui vous auriez pu interagir ? Qui se lance ?

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
Nadim, on t'entend pas, tu attends, ça se pose alors.

[Nadim Bel Lallahom, Designer au CGDD]
Est-ce qu'on m'entendra cette fois-ci ? Ce que je voulais dire c'est que la première chose qu'on a faite, c'est qu'on a déjà résumé et intégré tous les enseignements dans un même document. Aujourd'hui, il n'a pas encore été partagé au niveau le plus haut, mais c'est en cours puisqu'on va en discuter demain. Sans garantie que ce document arrive au plus haut niveau, mais en tout cas c'est l'objectif, et c'est le devoir qu'on se donne sur cette mission, c'est de se dire : la recherche doit être rendue utile et doit être partagée. C'est pas nous qui avons la main sur les leviers de décision, c'est pas nous qui choisissons si effectivement ça va réorienter toute une politique.

Mais en tout cas, le devoir qu'on se donne en tant que designers c'est aussi de se dire qu'on est les avocats des entreprises. Et aujourd'hui, les entreprises nous ont partagé... elles découvrent l'ensemble de cette offre et qu'elle la fuitent, elles se rendent compte qu'aujourd'hui les aides ne sont pas forcément adaptées à leurs besoins. Ça c'est le premier point.

Le deuxième, on a quand même des signaux assez positifs, sans rentrer dans trop de détails, qui se sont constitués sur déjà la collaboration avec les différents acteurs du financement public. Je dis pas que ça va aboutir à la création d'un dossier unique demain, mais en tout cas on est en cours de réflexion sur comment intégrer notre outil dans ceux des financeurs publics, donc comment s'intégrer dans l'écosystème déjà existant des outils. Comment aussi potentiellement utiliser ce module d'éligibilité qu'on essaie de déployer avec un certain nombre de data scientists pour montrer aux financeurs publics qu'aujourd'hui, ce guichet unique et ce module d'éligibilité peuvent permettre de faire gagner du temps aux entreprises. Mais on verra qu'on sera toujours bloqués tant qu'on n'aura pas un dossier qui sera simplifié. Donc, disons qu'il faut résumer, on a posé des premières briques. On n'en est pas encore à toucher à toute la structure du dossier, mais on est confiants sur le fait que ces premières briques permettent au moins de faire avancer la réflexion et de commencer à mettre le doigt sur ce qui peut être amélioré sur ce sujet du financement de la transition écologique.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Si les politiques veulent étayer leur programme, on a de la matière, mais c'est pas encore le cas. C'est passé en tout cas, j'espère que la vidéo d'Acteurs Publics sera revue et revue, et surtout qu'on vous contactera ! Pour finir, on va continuer sur le sujet de la transition écologique avec cette fois un retour d'expérience de l'ADEME présenté par mon co-animateur Jean-Baptiste Le Dévéhat, qui est designer et chef de projet numérique au sein de la Direction des Entreprises et des Transitions Industrielles. À toi Jean-Baptiste, merci.

[Jean-Baptiste Le Dévéhat, Designer et chef de projet numérique à l'ADEME]
Bonjour à tous, donc je suis Jean-Baptiste Le Dévéhat, je suis chef de projet et designer à l'ADEME. Donc, comme on le disait, et c'est marrant parce que du coup on va voir assez de résonance avec la présentation suivante et ce qui a été présenté juste avant. Je ne sais pas si la présentation est là. On peut mettre la présentation d'après.

Je vais peut-être commencer par mettre un peu en contexte l'ADEME. L'ADEME, c'est 900 personnes, un peu moins de la moitié sont en direction régionale. C'est 60% de femmes, beaucoup d'ingénieurs, d'ailleurs beaucoup d'ingénieurs femmes. Et ça coque très large sur de très nombreux thèmes et secteurs d'activité. On va dire que l'ADEME c'est quatre axes principaux. C'est une offre déjà d'accompagnement, d'animation des territoires, des acteurs locaux, des différents partenaires pour œuvrer pour la transition écologique. C'est un deuxième axe qui va s'orienter beaucoup plus sur les outils et les données, qui ont du coup une certaine responsabilité légale de collecte de données. On peut penser au DPE, on peut penser à la base (donc un dispositif pour la performance énergétique des bâtiments), on peut penser à la Base Carbone qui permet de savoir quel est notre impact carbone quand on consomme tel ou tel produit. On peut penser au bilan gaz à effet de serre des entreprises, des organisations, dont on a juste entendu parler, dans lequel les entreprises ont une obligation légale au-delà d'une certaine taille, tout comme d'ailleurs les organisations publiques. On peut penser encore dans les données aux données de responsabilité élargie aux producteurs pour connaître les taux de recyclabilité ou de déchets dans certaines filières (donc par exemple on a les filières des pneus, des voitures, de l'électroménager pour savoir quelles sont les quantités de déchets qui sont produites pour l'ensemble de la filière).

Voilà, donc beaucoup de données sur beaucoup de secteurs. Et pour ma part aujourd'hui, je travaille au sein du Programme d'Investissements d'Avenir (PIA). Donc l'ADEME a aussi un axe intéressant dans le financement. Donc le financement, le Programme d'Investissements d'Avenir, on n'en est qu'une partie. Elle est pilotée par le Secrétariat Général pour l'Investissement public, et du coup c'est 2,5 milliards depuis 2010. C'est 150 appels à projets, c'est 2000 partenaires entreprises dont la moitié sont des TPE-PME, c'est plus de 1000 projets accompagnés avec un financement moyen de 300 000 euros par projet. Et d'ailleurs en disant ça, j'espère que Mission Transition va nous aider à aussi continuer à accompagner des entreprises, à faire connaître un peu plus tous ces financements. Si on enlève les appels à projets, on va dire plutôt spécialisés dans l'accompagnement des TPE ou des recharges des véhicules électriques, on est plutôt autour d'un budget de 4 millions d'euros d'accompagnement. Alors la slide d'après s'il vous plaît.

Pour étayer donc le processus de subventions, ce qui est intéressant c'est qu'on pourrait le résumer pour l'entreprise en sept étapes. Donc c'est comme ça que je l'ai résumé, et en dessous on a finalement le processus métier et les équipes dédiées à chacune de ces étapes. La première a été un petit peu représentée par Mission Transition, je ne vais pas revenir dessus, mais c'est finalement la recherche de la demande d'aide, c'est d'avoir une bonne connaissance des appels à projets. Donc les appels à projets sont suivis et définis là au niveau du Programme d'Investissements d'Avenir par le Secrétariat Général à l'Investissement (donc c'est des stratégies d'accélération, c'est effectivement des termes très administratifs).

Et ensuite, il y a toute une phase d'instruction qui est finalement l'acceptation ou non de ces projets. Donc c'est différents ministères qui se regroupent selon les thèmes abordés pour accepter ou non tel ou tel projet. Jusqu'à du coup une troisième étape qui est la phase de contractualisation. Contractualisation qui vient du coup définir finalement quels sont les montages financiers contractuels et les différentes étapes qui vont être ensuite dans la quatrième phase de suivi du projet. Et donc de quelle manière le projet va avoir des financements réguliers année après année. Donc les projets du Programme d'Investissements d'Avenir sont souvent sur des temps longs, c'est plusieurs années, et donc au fur et à mesure on fait des points d'étape avec les projets et les différentes entreprises. Puisque souvent dans les entreprises, c'est plusieurs partenaires (des universitaires, même des grandes entreprises, des petites entreprises) qui collaborent sur une innovation particulière. Une fois que ce projet est terminé, on est dans une phase finalement de retours financiers, puisque du coup il y a aussi des montants qui sont ensuite, qui retournent à l'État.

Je vais aller un peu plus vite sur les deux dernières étapes. C'est finalement, une fois que tout cela est fait, on va avoir une phase d'évaluation et de valorisation. Donc l'évaluation des politiques publiques pour vérifier si l'impact a eu vraiment... s'il y a eu vraiment d'impact à avoir ces financements. Donc il y aura un travail très intéressant d'ailleurs qui a été fait l'année dernière en exploitant toutes les données de ces dix dernières années pour la Commission Européenne afin de vérifier qu'on était bien sur une tendance intéressante pour continuer à accompagner certaines entreprises. Par exemple, plus de la moitié des entreprises ont déclaré qu'elles n'auraient pas pu innover si elles n'avaient pas eu ces subventions de l'ADEME. Plus de 60% des entreprises aussi ont continué à collaborer après leurs innovations avec les différents partenaires de leurs projets. Donc du coup, c'est très intéressant de pouvoir avoir ce retour d'expérience et d'avoir tous ces outils, ces données. Et la dernière, c'est finalement en phase de clôture, bah toutes les données autour du reporting. Je dis reporting au sens large, et c'est finalement la possibilité de pouvoir faire des bilans, des rapports, de suivre aussi un peu la tendance et le pilotage de tous ces projets, puisque comme je le disais alors, plus de 1000 projets au bout d'un moment, sur tous les secteurs d'activité confondus, ça fait beaucoup d'informations à suivre.

Et alors, où se trouve la donnée dans tout ça ? Alors je veux bien la slide d'après. Je l'ai résumé et je l'ai un peu vulgarisé. L'architecture est presque un peu plus complexe que ça. Mais finalement la donnée est partout. La donnée elle est dans toutes les étapes et il est difficile aujourd'hui de pouvoir agréger, récupérer ces données. Qu'est-ce que ça dit ces données ? C'est qu'on s'aperçoit que les données sont des fois redondantes. C'est-à-dire qu'étape par étape, on voit qu'elles ne sont pas interopérées, elles ne sont pas liées par des API, elles doivent être recopiées par les agents publics. Donc j'ai arrêté de compter le nombre de fois où on doit remettre le nom du projet, on doit remettre le nom de l'entreprise, on doit remettre les noms des contacts, et donc du coup la donnée est difficilement lisible.

Alors on pourrait imaginer intuitivement qu'on pourrait interopérer ces données. Alors du coup, je veux bien la slide encore d'après. Ce qui va être finalement aujourd'hui très fortement mis au cœur de la stratégie de la donnée, c'est de faire appel à une solution finalement d'intergiciel, donc des ETL ou à des outils d'extraction, transformation et de chargement de la donnée d'une application à l'autre. Donc on pourrait imaginer que, et c'est ce qui est en train de se faire, on ait simplement le numéro de SIRET de l'entreprise, on va récupérer cette information, toutes les données liées et on va les réinjecter dans les outils dédiés. On va pouvoir aussi par exemple interopérer une application avec une autre. Donc c'est un peu la gare de triage finalement de ces applications. On va pouvoir, et chose très importante aussi, partager les données en open data automatiquement. Tout à l'heure on a dit plusieurs fois automatiser la donnée, c'est finalement pouvoir interopérer les données entre ces différents systèmes. La difficulté de ça, c'est quand on a beaucoup de systèmes, faire entrer un rond dans un carré, à quel moment on le fait rentrer ? Quelle est l'action qui va faire matcher une donnée dans un autre système ? C'est très compliqué. C'est très compliqué parce que les données ne sont pas tout à fait au même format, elles n'ont pas tout à fait les mêmes standards.

Et donc peut-être la solution aussi à voir à l'opposé, et je veux bien la slide d'après, c'est finalement réduire le nombre d'applications. Et c'est ce qu'on est en train de faire finalement aussi. Alors ça a été fait aujourd'hui parce qu'il y avait des applications qui étaient un petit peu vétustes ou en fin de vie. Il fallait, d'ailleurs elles ont très longuement vécu parce qu'il y en a certaines qui avaient plus de dix ans. Donc il fallait les migrer vers d'autres systèmes un peu plus récents, mais il fallait aussi du coup bah faire encore ce travail. Et on est en face de finalement migration, d'évolution de certains systèmes. Et l'interopérabilité versus l'évolution d'un système vers un autre, eh ben c'est toujours une question qui se pose. Et même en simplifiant au maximum comme j'ai pu aussi vulgariser là, en disant imaginons on simplifie tout dans une seule et même appli, il reste quand même à la fin au bout une nécessité de sortir de la donnée, rien que déjà de vouloir les mettre en open data, de vouloir faire des reportings. Donc de fait, l'interopérabilité des données reste nécessaire. Tout à l'heure Marie disait croiser des données avec les données santé, et bien il est nécessaire aujourd'hui de... d'ailleurs plus personne n'imagine que ce soit inexistant, il est nécessaire de mettre des applications, des API, pour pouvoir extraire et requêter l'information correctement.

Alors du coup, en ce moment à l'ADEME, ce qui est intéressant c'est qu'on crée une fabrique de la donnée. C'est un nom qui permet un petit peu de résumer à la fois ce que je suis en train de dire et en train de faire, à la fois de la transformation mais surtout l'accompagnement dans la production de la donnée. Donc comment on peut consolider les données ? Comment on peut éviter de ressaisir la donnée ? Puisque du coup aujourd'hui, on a beaucoup de feuilles encore Excel. Tout à l'heure on disait que c'était assez complexe de pouvoir répondre, il y a entre 10 et 15 annexes Word et Excel à remplir lorsqu'on veut répondre à un appel d'offres... donc un appel à projets pardon. Ce qui est compliqué, c'est de devoir informatiser tout ça. Donc on peut essayer de réduire, on peut essayer de faciliter le partage des données. Si on pouvait déjà en réduire, ce serait grandement appréciable.

Et une fois qu'on a fait ce travail-là et que tous les canaux sont bien branchés, on peut facilement automatiser certaines restitutions. Comment valoriser l'information, l'open data ? C'est très intéressant parce qu'on a un florilège et on a l'ensemble des données, mais des fois dans toutes ces données open data, il est difficile de pouvoir la représenter. Et donc on a mis en place aussi certains outils que je vais vous montrer juste après. Pour ça, il faut développer une certaine aussi culture de la donnée et répondre à certaines conditions un petit peu transverses comme la protection des données personnelles, l'appel numérique responsable comment sécuriser l'information.

Et donc là, ces deux exemples par exemple de deux petites réalisations rapides que j'ai pu faire une fois qu'on a pu bien brancher les données. C'est-à-dire qu'il y avait une carte de l'ensemble des projets d'investissements d'avenir sur ademe.fr. Donc ça a été fait par un de mes prédécesseurs, il avait fait une requête, il avait exporté, il l'avait intégré dans un outil de type uMap (outil cartographique). À ce moment-là j'aurais pu faire la même chose ou j'aurais pu dire "effectivement je vais me brancher sur le système pour que ce soit automatique", et notre portail open data propose directement des représentations de visualisation cartographique, et on en est à faire une petite carte simplement de ces projets-là avec les données aujourd'hui mises en open data. La difficulté encore reste au niveau métier et de savoir comment bien cibler un projet. Comme je disais tout à l'heure ça peut être 4, 5, 6, 7 entreprises, ça peut être plusieurs lieux de démonstration, ça peut être plusieurs lieux de recherche et développement. Donc comment on cible en géolocalisant un projet, c'est encore des questions qui se posent en termes de design sur ce cas. Pardon, je veux bien rester sur la slide d'à côté.

L'autre cas, qui était finalement une interface faite avec l'application Metabase pour faire le bilan pareil du Programme d'Investissements d'Avenir. Donc il avait été fait il y a deux-trois ans, il a été refait cet été, pareil encore une fois en one shot. Là l'idée, c'est de se brancher sur toutes nos applications et de pouvoir finalement ressortir les quelques chiffres que je vous ai dits en début de présentation (donc on est à 2,5 milliards d'euros d'aides), mais finalement on peut voir aussi année après année quels ont été les montants. Donc on peut voir plusieurs pics qui correspondent aux différentes suites du Programme d'Investissements d'Avenir. Donc là on est au PIA 4, il y a eu 3 pics historiques d'accompagnements. On peut voir aussi la répartition des tailles d'entreprises par thématique, par région, enfin voilà. Après ça laisse le champ bien plus large et pour démultiplier les usages, et ça pourrait être prochainement possiblement en ligne.

Donc pour conclure, et pour ne pas prendre trop de votre temps non plus, j'ai résumé un peu la stratégie de la donnée comme étant finalement des bénéfices pour l'ADEME qui sont finalement tout ce que je disais dans les termes d'industrialisation des processus, de vouloir aider à bien transformer les applications avant même de chercher à interopérer les données. Donc l'interopérabilité va bénéficier aussi à l'écosystème de l'ADEME, puisque du coup on va pouvoir récupérer les données en open data plus facilement. En tout cas ça sera plus automatique et ça sera pas un travail fastidieux pour les agents publics d'aller déverser la donnée.

Le bénéfice pour l'ADEME aussi, c'est ce que je disais au niveau du pilotage, de pouvoir produire différentes interfaces et de valorisation de données pour suivre l'activité en interne, que ce soit pour le Programme d'Investissements d'Avenir, mais finalement pour tous les secteurs et les services de l'ADEME. Un outil de pilotage aussi pour les régions. Et donc c'est des nouveaux services qui sont proposés à la fois pour les agents, mais aussi pour l'écosystème proche. Et donc on parlait tout à l'heure des startups d'État, il peut y avoir comme ça les collectivités, les entreprises qui peuvent avoir aussi de la visibilité de ce qui se passe. Il est encore difficile de manière précise de savoir de manière locale où se situent finalement toutes ces sources de financement, que ce soit le Programme d'Investissements d'Avenir, le Plan de Relance, les différents appels à projets comme on le disait tout à l'heure dans Mission Transition, parce qu'ils sont étalés ou éclatés dans différentes organisations.

Et donc ce qui est intéressant avec tout ça, c'est qu'on peut créer derrière des référentiels communs, des standards sur les entreprises qui s'inscrivent, les projets, et quels sont les impacts que ces projets peuvent avoir en termes de tonnes de CO2 évitées, en termes de montants aussi par secteur d'activité. Voilà, toutes ces informations qui finalement viennent nourrir et continuer à nourrir l'open data, le partage de données pour le bénéfice finalement de tout le monde. Voilà, je ne sais pas si vous avez des questions.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Jean-Baptiste, merci de nous avoir fait découvrir la fabrique de la donnée de l'ADEME. On va prendre quelques questions si vous voulez en savoir plus.

[Personne du public 5]
Allô oui, Jean-Baptiste. Je voulais savoir est-ce que... j'ai plusieurs questions mais je vais... c'est la question c'est... je ne sais pas par laquelle commencer. Mais est-ce que ce travail-là de data lake, de stratégie par la donnée, il est compris ? Enfin, est-ce que la culture, tu parlais d'une culture de la donnée, est-ce que ça c'est quelque chose sur lequel tu as pu avancer ? Et est-ce que tu avances par exemple en donnant des exemples de cas d'usage ? Est-ce que tu en aurais à nous partager ?

[Jean-Baptiste Le Dévéhat, Designer et chef de projet numérique à l'ADEME]
Très bonne question. C'est pour ça que j'ai présenté ces deux exemples-là. Du coup c'est vraiment quelque chose que j'ai dû faire assez rapidement pour montrer l'intérêt. Il y en a d'autres, tout à l'heure je parlais de SYDEREP. Donc SYDEREP c'est le Système d'Information des Données Responsabilité Élargie des Producteurs. Donc toutes les entreprises qui ont des tonnages de déchets de recyclage (qui sont d'ailleurs une obligation légale pour elles) doivent déclarer tous les ans cette information sur l'outil SYDEREP. Et donc la fabrique de la donnée est toute récente, elle a reçu un financement cet été de la DINUM, elle est seulement du coup en phase de création, avec du coup SYDEREP. Et finalement le pilotage, pour les agents publics, de savoir quelles sont les entreprises qui ont déclaré, qui se sont inscrites, qui sont en cours de finalement de déclaration, et quelles sont les quantités reçues, c'est un des premiers gros cas d'usage qui va arriver là au début d'année avec cette fabrique.

L'acculturation, elle passe aussi par la formation. C'est intéressant de mettre en place du coup tout un parcours, par exemple de formation en interne. C'est ce qu'on est en train de faire aussi avec la fabrique de la donnée pour d'ailleurs faire comprendre déjà aussi le design (comment bien penser le service à la base), comment, quel est l'intérêt de l'open data, comment bien interopérer ses données, quels sont les intérêts effectivement. Alors là on a mis en place quelques formations rapides, même d'ailleurs Etalab nous a accompagnés là-dessus. Etalab, l'administration en charge de l'open data qu'on va pas trop présenter ici, parce que tout le monde a une bonne partie de la communauté Entrepreneur d'Intérêt Général qui vient d'Etalab aussi, mais du coup tous ces acteurs-là sont aussi en soutien pour présenter ça et pour un peu démystifier finalement l'approche un peu magique de la donnée et de l'automatisme que ça va avoir. La difficulté, c'est tous les prérequis finalement pour arriver à ça.

Et d'ailleurs on voit que même avec toute la quantité de données qu'on peut avoir, il arrive que finalement il y a des incompréhensions. L'information n'a pas eu une bonne circulation ou il faut la reconstituer, et parce que les systèmes passés avaient pas tout à fait le bon format, etc. Et c'est vrai que là, on se retrouve à devoir ressaisir de la donnée encore une fois. Donc c'est pas évident de voir comment faire prendre conscience de l'intérêt de cette donnée dans le pilotage, mais aussi comme je disais dans l'évaluation et donc le jugement d'une bonne politique publique.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Merci Jean-Baptiste. Est-ce qu'il y a une autre question ?

[Personne du public 6]
À la suite de la première question, du coup j'ai une question pour... Comment est-ce que tu peux nous dire comment dans l'ADEME par exemple, tu arrives à faire générer du temps disponible pour les agents ? C'est une problématique qu'on a aussi. Est-ce que les formations c'était quelque chose où les gens ils y vont parce qu'ils sont contraints, ou parce qu'ils sont curieux ? Et indépendamment de ça, est-ce que tu penses qu'ils ont le temps pour s'acculturer à ces nouveaux outils par rapport à leurs impératifs opérationnels ? Puisque là on est sur quelque chose de long terme qui va transformer les processus, mais est-ce que tu trouves des moyens de les accrocher sur ça ?

[Jean-Baptiste Le Dévéhat, Designer et chef de projet numérique à l'ADEME]
Voilà, là ce qui est intéressant, c'est que finalement l'ADEME a un petit peu cette fibre en elle. Comme je le disais au démarrage, elle a ce rôle d'animation territoriale, d'animation des acteurs, des partenaires pour la transition écologique. Donc en son sein, elle a déjà beaucoup d'outils, de mécanismes de communication, de sensibilisation, de partage de l'information. Il y a par exemple à l'ADEME ce qu'ils appellent un Café Doc. Et donc sur un portail interne ou les Mardis de la DSI (qui sont des temps où toute l'ADEME est invitée à découvrir certains sujets), ça va de l'évaluation des politiques publiques, ça va sur la taxonomie (tout à l'heure on en a parlé rapidement qui est en train de se mettre en place au niveau européen). Et du coup, il y a eu par exemple là dernièrement un temps de présentation de cette fabrique de la donnée à toute l'ADEME. Donc il y a une vidéo qui a été prise, elle a été repartagée sur le réseau interne.

Donc il y a des espaces collaboratifs qui permettent aussi à chacun de poser des questions, d'échanger, de questionner. Donc cette sensibilisation en interne à l'ADEME, elle est très présente. Surtout qu'il faut que ça circule aussi au niveau de toutes les directions régionales qui elles aussi font de l'innovation. Donc finalement, c'est parce que dans l'ADEME il y a cette culture aussi que l'information, la culture se partagent. Moi dernièrement la semaine dernière, j'ai été formé sur l'évaluation des politiques publiques, une matinée pour mieux comprendre comment outiller l'évaluation des politiques publiques. Et ces accompagnements, ces formations sont nécessaires et primordiales pour accompagner finalement la bonne mise en marche de leurs obligations et de leur devoir.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Merci Jean-Baptiste. On va conclure avec quelques questions si certains ou certaines veulent revenir sur des questions des projets précédents ou sur des questions plus transverses.

[Personne du public 7]
À propos de la question du design, comment vous avez pu faire de la recherche ou comment vous avez pu, plutôt, représenter cette donnée, faire de la visualisation ? Donc plutôt la dataviz, et avec quel outil ? Est-ce que ce sera un dashboard par exemple et un outil dashboard où tous les partenaires vont accéder à cet outil ? Et comment vous avez pu organiser des ateliers ou comment vous avez pu aussi cibler les entreprises ?

[Jean-Baptiste Le Dévéhat, Designer et chef de projet numérique à l'ADEME]
Alors du coup, c'est vraiment parce que du coup on peut poser aussi d'autres questions pour d'autres projets si vous avez envie. Et ben, ce qui est bien c'est pas vraiment là, à l'ADEME, j'ai été d'abord plutôt un support de l'administration. Donc des agents publics de l'ADEME. Donc j'ai pu toquer très facilement aux portes de plein d'agents publics pour déjà mieux comprendre d'où vient la donnée, quelle est l'utilité. Et donc déjà d'avoir cet écolab... Donc finalement c'est pour ma part beaucoup d'acteurs d'utilisateurs internes. Et effectivement les utilisateurs plutôt externes sont portés par d'autres personnes sur d'autres projets. Et je vois que c'est assez simple finalement de pouvoir faire cette recherche.

La partie plutôt data analyse, plutôt dataviz, là on a aujourd'hui plusieurs outils, en fait on ne s'est pas freinés sur un seul et unique outil. On a plusieurs outils mis à disposition. Que ce soit par exemple la carte-là, ce sont donc des visualisations de la plateforme open data de l'ADEME. Donc sur data.ademe.fr, il y a toutes les données open data mais il y a aussi toutes les visualisations, réutilisations qu'elle propose nativement. Et ça c'est aussi un outil très intéressant de pouvoir dire "je mets de la donnée en open data, tout de suite quelles sont les bonnes petites représentations que je peux avoir ?". Si c'est de la donnée cartographique, un camembert, un graphique, tout ce qu'on veut.

L'autre application Metabase, je l'ai choisie parce que c'est finalement la possibilité pour tout un chacun de faire de la requête facilement. Rien que la notion de requête est presque une définition à renommer, à redonner à chaque fois pour bien cibler : quelles sont les données qu'on souhaite avoir ? Comment les filtrer ? Quelles sont les colonnes ? Quel est tout le champ de la requête ? Mais d'une manière très simpliste, on clique sur un bouton, la Metabase propose ça et pareil en quelques clics propose différentes formes de représentation de la donnée. Donc c'est comment arriver à faire quelque chose de très simpliste, très simple qui fait aussi le choix de certains outils. Le dernier outil qu'on a aussi, c'est quand même Power BI qui est un outil, parce qu'on est quand même très solutions Microsoft. Et là c'est lorsqu'on a le souhait d'industrialiser certains graphiques, certains rapports (donc on a par exemple un rapport pour les préfets, un rapport pour les régions). Et là on a quelque chose de déjà prédéfini, du coup on utilise une autre solution.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
J'aimerais accueillir du coup les intervenantes précédentes autour de la table et à distance. Adeline et Nadim, restez connectés si vous avez des questions à leur poser. Donc on va prendre des questions peut-être plus transverses sur l'ensemble des projets, et peut-être : est-ce que ça vous a évoqué, ça fait écho sur vos propres projets également ?

[Personne du public 8]
Je pensais pour récupérer les connexions à distance, sinon pose ta question et on va la relayer en ligne comme ça ce sera plus simple et sans fil c'est sûr. La petite session de clôture... quand même parler de... je n'ai jamais su qui s'allumait... Mais globalement la question c'est : comment on se fait former à l'évaluation des politiques publiques ? Je pense que ça peut toucher à peu près tous les projets et ça peut intéresser tous les porteurs de projets et les acteurs qui sont dessus.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Et je me permets, on s'est posé la question en même temps. Je me permets de compléter : il y a effectivement le fait de se faire former à l'évaluation, et sur les projets typiquement on doit fixer des mesures d'impact. Et c'est là que ça devient intéressant pour nous, cette formation. Et aussi sur la question du "go", tout à l'heure : comment est-ce qu'on fait pour tirer des enseignements à partir de la donnée et de nos parcours utilisateurs qu'on peut créer, pour en tirer des actions, des enseignements pour le politique ? Et après au niveau... comment est-ce qu'on fait pour cette légitimité et ce poids dans l'évaluation des politiques publiques ? Je pensais que j'allais répondre à la question...

[Jean-Baptiste Le Dévéhat, Designer et chef de projet numérique à l'ADEME]
Et ben, il y a à la fois toutes les données passées sur les projets, de pilotage des projets. Il y a finalement tout un travail très long d'enquête, et finalement de... je sais pas comment dire, informatisation de l'information recueillie sur le terrain auprès des acteurs, et donc auprès des différentes entreprises. Donc ça a été une enquête où je pense qu'il y a eu 400 ou 500 entreprises qui ont répondu. Donc ça a été effectivement un travail puisqu'il y a des personnes formées et compétentes surtout à l'ADEME pour faire cette évaluation. Et une fois que toutes ces données ont été récupérées, bah il faut les croiser, les vérifier. Et donc moi-même je ne suis pas très compétent sur l'évaluation des politiques publiques, j'ai été juste un peu au démarrage accompagné pour comprendre mieux comment ça fonctionne et surtout comment mieux les outiller.

Aujourd'hui, je pense qu'il y a un petit bouleversement aussi dans le milieu, puisqu'il y avait beaucoup d'évaluations quand même très post-projet (donc ex-post, à la fin des projets), là où aujourd'hui on est même en avance de phase du projet, pendant le projet et après le projet. Donc toutes ces données, elles doivent effectivement être définies déjà en tendance d'administration et avec les acteurs eux-mêmes. C'est-à-dire quel est le bon indicateur d'impact que chacun va avoir ? Et là on rentre dans un florilège d'informations, d'indicateurs qui d'ailleurs doivent être très clairement définis. Si on prend juste la tonne de CO2 évitée, qu'est-ce que ça veut dire la tonne de CO2 évitée ? C'est-à-dire qu'on a une solution de référence qui définit une certaine quantité de CO2 produite, et il va y avoir en comparaison dans l'innovation une nouvelle solution innovante qui va avoir aussi une quantité de tonnes de CO2, et il va y avoir ce delta à faire. Donc déjà, juste quand on dit tonne de CO2 évitée, il faut le mettre en perspective avec quelque chose d'autre. Tout comme la durée et le temps passé. C'est-à-dire qu'on va voir... si je prends le nombre d'emplois ou le chiffre d'affaires généré, parce que c'est l'année 1, l'année 2, l'année 3 ? Est-ce que c'est à la fin du projet ? Est-ce que c'est pour l'ensemble de l'entreprise ? Enfin toutes ces données, et bien finalement, elles doivent être clairement définies dans les systèmes et par les acteurs au moment de la collecte.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Assise par terre et j'ai attendu, trop la classe, voilà donc on t'a sur un sujet ! J'avais juste une petite question qui va être vraiment pour ben vous toutes et tous, finalement : quelle est la part, le temps donné au design, à la recherche utilisateurs, en fait à toutes ces démarches dans la construction d'un projet ? Parce qu'il y a des temps de développement, et bah il y a des temps de conception, et du coup je voulais un peu voir avec vous si c'était... si on parle d'un temps très long, si on parle de plusieurs petites heures... enfin vraiment finalement quelle est cette part-là au cours du développement du projet ? Peut-être que d'ailleurs elle est différente pour dix... avec vos différentes expériences ?

[Élodie Delaisement, Designer à la DGCL]
Oui, je pense que ça dépend, ça dépend de la durée allouée au projet. Là, en fait on est plusieurs à être intervenus dans le cadre du programme Entrepreneur d'Intérêt Général. Donc sur ce programme-là, on a initialement une durée de dix mois qui est allouée pour tout le projet. Donc sachant qu'on débarque complètement dans une administration qu'on ne connaît pas, sur un métier qu'on ne connaît pas. Donc on doit tout découvrir, on doit découvrir non seulement les utilisateurs finaux (si ce ne sont pas eux qui...) et le métier sur lequel on va travailler, quoi. Donc tout ça, ça prend du temps. Donc nous on a adopté la stratégie, en plus sachant qu'on a commencé en septembre 2020, on a été reconfinés peu après, donc de faire une recherche, d'aller le plus vite possible, de recadrer le projet rapidement au début, et puis ensuite d'avancer en parallèle. D'ailleurs un peu sur les conseils de Coline qui nous accompagnait, d'avancées parallèlement sur des premières itérations, et de retester, et d'essayer de refaire de la recherche au fur et à mesure pour ajuster, voilà.

[Adeline Celier, Designer au CNSP]
Mais je pense qu'effectivement ça doit dépendre de pas mal de projets. Mais c'est vrai que ce que je trouve intéressant en tout cas dans le programme EIG mis en place, à savoir que tous les acteurs arrivent en même temps (les développeurs, le data scientist, les designers), et tous continuent en même temps le projet. Alors que souvent on a tendance à penser que le design arrive en avance de phase et fait un peu la première phase de conception, et puis ensuite passe la main aux développeurs à la phase de développement et peut pleinement ensuite réitérer avec des tests. Ce que je veux dire, effectivement ça se passe globalement comme ça, donc c'est des temps disons qu'on travaille un peu en différé (enfin souvent le designer est en avance de phase du développement et ensuite prend la main sur la fonctionnalité suivante pour avoir les écrans prêts pour les développeurs, etc.).

Mais ce qu'il faut voir quand même c'est que... moi ce que je trouve intéressant là dans ce travail en continu, en intégré, ce qu'on ne peut peut-être pas forcément faire quand c'est des prestations projets... en tout cas ce que je vois dans l'intérêt de ce travail intégré, c'est que ça permet vraiment de mettre peut-être en place des logiques plus long terme, d'acculturer plus facilement l'administration à de nouvelles méthodes et à de nouveaux réflexes de recherche utilisateurs, de questionnements des procédures, etc. Parce qu'en fin de compte, il ne faut pas se dire : une fois que le projet est développé et mis en production c'est bon, le designer n'a plus rien à faire quoi. Il y a toujours de nouvelles fonctionnalités à produire, il y a toujours un suivi à faire, il y a... comment dire, il y a plein de tableaux. Donc en fin de compte, ça peut vraiment être un travail à flux tendu. Pour moi personnellement là ça fait plus d'un an, bientôt un an et demi que le projet Monitor Fish, que j'ai juste ce qu'il faut pour travailler à temps plein. Parce que quand on n'est plus sur de la conception, on est sur la mesure, l'amélioration des procédures, sur la documentation du projet, la communication, l'ouverture avec de nouveaux acteurs, etc. Donc en fin de compte voilà, c'est le cadre d'un projet où on est intégré dans l'administration, et qu'on a les moyens de... encore une fois, c'est particulier.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Justement Marie, toi qui a commencé par un projet, je pense que c'est le bon exemple aujourd'hui de voilà l'arrivée du design à des niveaux un peu plus stratégiques, comme tu nous a parlé de l'Écolab ?

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
Oui tout à fait. Je pense que ça dépend effectivement du projet, ça dépend de la configuration de l'équipe, ça dépend des moyens alloués, du périmètre, de la disponibilité des utilisateurs. Il y a quelque chose qui est vraiment très important, avec Charlie qui est dans la salle et entrepreneur d'intérêt général sur le projet dont je parlais tout à l'heure, le Green Data for Health, on a eu une phase d'investigation qui a été menée pendant plus de six mois. Et l'équipe, les agents en interne disaient : "Mais on ne va jamais réussir à arriver à cette solution !". C'est parce que ça va être... et en fait c'était assez dur de rester dans cette motivation perpétuelle et de leur dire : "Mais si, on affine au fur et à mesure et après ça va découler naturellement".

Et ce qui était marrant c'est que, là on réfléchit au futur dispositif (à quoi est-ce que ça va ressembler, c'est quand même un très gros projet), et dans la feuille de route de ce projet-là, en fait en regardant de plus près je me suis dit : "OK très bien, mais le designer est juste là au début pour créer les maquettes, et puis après, dans la vision du produit, enfin dans le projet au global, dans la stratégie, dans l'amélioration continue il disparaît totalement." Et les agents, et même le prestataire disent : "Bah oui mais le designer c'est bon, il était là au début". On en est plus d'un an, et je caricature à peine. Mais c'est vrai que c'est un gros enjeu, on le voit sur les différents projets. Donc c'est vraiment très important ce qu'a souligné Adeline. Donc j'ai pas de réponse... un peu une réponse de normand, mais ça dépend vraiment.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Après, je lâche le micro, bien sûr. Est-ce que j'étais... enfin vous avez commencé à aborder la question. Quels ont été les arguments qu'on a pu vous opposer justement, peut-être dans la mise en place d'une énergie jusque-là ? Vous avez cité "Oui, ça va durer très longtemps", "on n'en voit pas le bout", "c'est long", "est-ce que ça aura un impact ?". Du coup, voilà je pose la question à tout le monde un peu. C'est quel est votre best of des arguments qu'on aurait pu vous sortir ? Juste pour qu'on comprenne comment vous avez pu justement contre-argumenter. Nadim, peut-être que toi aussi du coup qui as eu un long démarrage de projet, tu as peut-être des anecdotes croustillantes à nous partager ?

[Nadim Bel Lallahom, Designer au CGDD]
Ouais, effectivement, je pense que le premier point... la première chose qu'on a pu nous dire c'est : "Vous êtes là pour piloter les prestataires en design et en développement". Ça c'est la première chose qu'on nous a dit en arrivant. Ce à quoi on a opposé : alors en fait on est entrepreneurs d'intérêt général, donc on est là pour faire, pas pour piloter des prestataires. Et comment le justifier, c'est que ça va pas forcément plus vite juste parce qu'on pilote des prestataires. Je pense que dans l'administration on a parfois l'habitude de se dire : "on va plutôt prendre des prestataires, et des personnes qui viennent en interne, même si elles ont les compétences côté design ou dév, elles vont juste servir à piloter les prestataires". Nous ce qu'on a opposé à ça c'est de dire : un, ça n'ira pas plus vite avec les prestataires, sauf si vraiment on a des besoins que nous on n'arrive pas à couvrir.

Exemple, dans la recherche utilisateurs, moi j'ai refusé dans un premier temps qu'on prenne des prestataires. Et quand je suis arrivé à épuisement des utilisateurs que j'arrivais à trouver, puisqu'on avait une cible très spécifique (on voulait des entreprises, des PME, des ETI qui avaient l'intention de faire leur transition écologique mais qui avaient des blocages)... Donc c'était compliqué de sourcer ce type d'entreprises pour la recherche utilisateurs. On n'avait pas forcément les moyens, on n'avait pas les utilisateurs sous la main comme dans d'autres projets (je pense à celui d'Adeline ou dans des outils métiers où on a les utilisateurs). La difficulté c'est que notre cible, elle était tellement large mais en même temps tellement spécifique, qu'on avait des difficultés à en trouver. Donc on n'a pas pris de prestataires jusqu'au temps où on est arrivés à un moment où on n'arrivait plus à trouver des entreprises par nous-mêmes, et là on a accepté d'avoir des prestataires qui sont venus nous seconder et continuer la recherche avec nous pour éviter d'être bloqués.

Le deuxième point sur le design, c'est que parfois le designer est aussi enfermé (je pense que c'est tout un sujet de l'acculturation), on a tendance à se dire : le designer est là pour faire du beau, de l'esthétique. Et donc on n'a plus besoin de lui dès qu'il n'y a plus de sujet. Alors que la première chose qu'on dit, c'est en fait nous on est là pour faire de la recherche, cadrer, piloter le projet par cette recherche, et s'assurer que tout au long du projet, même quand potentiellement on est dans des phases de développement, il y a toujours du travail de laboratoire à avoir avec des développeurs ou avec des data scientists. Donc on se positionne aussi en tant que designer un peu comme un fil rouge, et comme les avocats des utilisateurs pour s'assurer que de bout en bout, le produit qu'on imagine, on s'assure qu'il réponde à un besoin, et in fine qu'on arrive à le concevoir jusqu'à sa livraison finale comme un projet qui répond bien aux besoins, et avec une solution qui fonctionne aussi pour les utilisateurs. Et ça pour ça, il faut être là de bout en bout.

Donc je pense c'est une question de positionnement. Parfois il faut accepter de sortir de sa propre posture et accepter qu'on ait besoin d'aide. Je pense qu'on l'a tous vécu dans les projets, l'Entrepreneur d'Intérêt Général, notre poste a été beaucoup plus large que ce qu'on l'aurait imaginé, c'est-à-dire qu'on a endossé plusieurs casquettes simultanément. Dernièrement avec Marie on a une casquette de chargé de déploiement, de responsable partenariats, de pilotage des plans de communication. Mais c'est aussi le jeu. Je pense qu'il faut tenir sa posture, être le fil rouge et accepter aussi qu'à certains moments on ait besoin de nous au sein des administrations pour autre chose. Et c'est pour ça qu'on a choisi d'être entrepreneurs d'intérêt général aussi.

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
Mais il n'y a pas que du négatif, hein, juste pour... enfin oui là on parle des choses négatives (les couleurs de post-it, on va faire du beau et ça). Mais on a la chance, je ne sais pas si c'est le cas partout, mais nous en tout cas au Commissariat Général au Développement Durable d'avoir des agents qui sont vraiment très curieux, qui ont certains a priori. J'ai une collègue qui m'a dit : "Tu sais, au début j'étais quand même relativement sceptique quand je me suis demandée ce que tu allais faire, et finalement je vois vraiment l'intérêt". C'est bien de le reconnaître, c'est déjà ça. Mais on a surtout le commissaire général Thomas Lesueur qui est très preneur de nos inputs et de nos enseignements, pour faire remonter au comité de direction et vraiment rediriger les projets. Et ça c'est vraiment très appréciable. Et les équipes sont vraiment très curieuses et veulent vraiment apprendre et comprendre ce qu'on fait, donc ça c'est quand même un gros point positif.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
C'est une autre question pour conclure. On peut peut-être avoir une dernière question.

[Personne du public 9]
Oui justement c'est intéressant, parce que derrière le terme designer il y a énormément de compétences. Quelles compétences chacun de vous avez apprises pendant vos projets respectifs ? Qu'est-ce que vous avez développé, expérimenté ? Qu'est-ce que vous avez découvert chez vous à titre plus personnel et professionnel bien sûr ?

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Belle question. Votre question d'introspection de fin de soirée. Moi je vais me lancer, du coup en tant que doyenne peut-être du design public. En tout cas, je pense que moi j'avais plutôt un rôle de sensibilisation et d'acculturation au design, donc j'ai appris à parler de ce que je faisais. J'ai en fait appris à parler de mon métier, à former, à transmettre, et argumenter, énormément argumenter. Argumenter, voire de temps en temps faire un petit peu de politique, et c'est un peu le voilà, c'est un peu le secret aussi quand on veut pousser des solutions ou de nouvelles façons de faire, on est forcément pris dans ce grand rouage de la transformation plus large. Et donc il faut savoir parler et montrer.

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
Oui, je pense que ça rejoint exactement ce que tu viens de dire. Et d'ailleurs, j'en profite du coup, ça corrèle. Ce qui m'a le plus impressionnée dans mon nouveau poste, c'est la richesse du savoir des personnes avec qui je travaille au quotidien et sur les différents projets. Les premières heures, j'ai vécu de grands moments de solitude où je ne comprenais pas la moitié de la réunion, et je me suis dit : "Mais à quel moment est-ce que je vais me sentir suffisamment légitime pour soit carrément piloter un projet, ou oser dire quelque chose, ressortir des enseignements, ma méthode, etc. ?". Et ça je te rejoins, c'est tout cet aspect politique et le fait de pas s'excuser d'exister, mais le fait de s'assumer en tant que designer, en tant que compétence propre, et qu'il y a quelque chose à apporter à l'administration.

[Jean-Baptiste Le Dévéhat, Designer et chef de projet numérique à l'ADEME]
J'arrive à un peu la même chose sous un autre axe. C'est de faire des raccourcis, finalement d'être beaucoup plus sûr de soi dans l'énergie apportée à un projet, et de pouvoir aller cibler, discuter tout de suite avec les interlocuteurs intéressés. Pour la question d'avant, la petite anecdote qui m'a fait marrer c'est qu'au début une personne m'a dit : "Mais heureusement que tu pousses les portes et que tu vas voir les autres, parce que sinon ça n'avancerait pas beaucoup, quoi !". Mais du coup c'est le côté entrepreneur, porter les sujets et vraiment aller les mener jusqu'au bout, puisqu'on a à la fois la vision et la responsabilité d'avoir un peu les retours utilisateurs sur les épaules, ce qui donne finalement beaucoup d'énergie dans le portage finalement d'un projet, et dans la volonté de faire mieux, de faire plus efficace, et de finalement apporter satisfaction à tout le monde.

[Élodie Delaisement, Designer à la DGCL]
Par rapport à ce que vous avez dit au début, effectivement, derrière le terme designer il y a en fait plein de spécialisations. Et tout comme derrière le terme développeur, en fait finalement on se retrouve en binômes à faire plein de métiers différents, pour le développeur ou la développeuse, et pour la partie design. Donc c'est vrai qu'en plus sur ces projets, on travaille avec des gens qui ne connaissent pas... pour mon administration (mais je pense que c'était le cas sur les autres d'administration), avec des porteurs de projets qui connaissent très bien leur métier comme je le disais tout à l'heure, mais qui pour notre cas c'était la première fois que notre mentor portait un projet de ce type-là. Donc en fait, on se retrouve à faire aussi une partie un peu plus stratégique en amont, une partie de co-conception, peut-être presque un rôle qui pourrait s'apparenter à du Product Owner si on fonctionnait en Scrum.

Et mais c'est bien, parce que du coup, moi ça a très très bien fonctionné dès le début, je suis arrivée avec des ateliers un peu stratégiques justement pour savoir... et qui m'ont appris plein de choses, parce que j'ai un peu appliqué, j'essaye à chaque nouvelle mission d'appliquer des choses qui m'ont fait défaut aux missions précédentes, donc je me suis dit "bon, dans quoi je mets les pieds ?". Et puis j'ai découvert en atelier stratégique que le projet avait été porté avec une autre administration qui était partie, et donc voilà, c'est toujours des choses bonnes à savoir dès le début du projet : qui est l'allié, qui est l'ennemi. Donc voilà, le design ça peut aussi être ça : la partie stratégique, conception, product ownership, donc... Et sinon j'ai appris à rédiger des requêtes d'API pour aider Sylvain qui est sous l'eau. Donc voilà, touche-à-tout !

[Nadim Bel Lallahom, Designer au CGDD]
Moi je voulais poursuivre en disant que l'une des premières choses... quand je suis arrivé en me disant que le défi de notre sujet ça allait être la conception, ce dont je me suis rendu compte c'est que le défi c'est tout sauf la conception. Finalement l'outil, en termes de conception, n'était pas si compliqué que ça à produire. Mais tout l'enjeu c'était comment on allait réussir à récupérer les données, comment on allait réussir à éviter de recréer quelque chose qui existait déjà. Donc finalement voilà le premier apprentissage, c'était de se dire : en tant que designer, on se dit parfois que tout est une question de conception, notamment en tant que designer d'outils numériques. Alors que la réussite du projet ne se joue pas forcément sur la conception. Pour nous la réussite du projet elle s'est beaucoup plus jouée sur les relations avec les financeurs publics, elle s'est jouée beaucoup plus sur la capacité à identifier la startup d'État avec qui travailler et réussir à les intégrer au sein de notre outil.

Donc c'est ce que tu disais Coline, on est parfois amenés aussi à faire un peu de la politique malgré nous, ou en tout cas à avoir des... créer des partenariats ou des relations institutionnelles qui font qu'entre différents acteurs publics on va réussir à collaborer ensemble, et réussir à produire quelque chose et créer un commun numérique. J'aime bien le terme parce que c'est exactement ce qu'on a essayé de créer. Et le deuxième point, je pense qu'il est assez important, et c'est un message aussi pour les designers qui se retrouveraient à rejoindre le service public, je pense qu'il ne faut pas arriver avec des méthodes préconçues. Il ne faut pas arriver avec des méthodes préconçues parce que sinon on rate une majorité de ce que disait Marie, à savoir qu'il y a énormément de gens qui ont des connaissances techniques précises, spécialisées dans le service public, sur qui il faut s'appuyer. Parfois, arriver avec sa mallette d'outils et d'ateliers tout faits fait qu'on passe complètement à côté de l'expertise de certaines personnes. Je pense que le plus important c'est cette phase d'écoute, de compréhension, d'immersion dans l'administration, d'aller taper à toutes les portes et d'essayer de comprendre qui fait quoi. Donc je dirais ne pas arriver avec des méthodes préconçues, et au contraire faire ce qui fait la beauté du métier dans le design : c'est l'adaptation. C'est de créer de nouveaux exercices, de créer de nouveaux outils, d'imaginer des ateliers. Et surtout de le faire au niveau de l'endroit où on arrive, à savoir simplement en s'appuyant sur la connaissance des uns et des autres.

[Marie Ramon-Daré, Chef de projet design et innovation au CGDD]
En une phrase, ce que c'est, c'est que j'ai l'impression de redécouvrir mon métier de designer en rejoignant les services publics, parce que justement on est remis en question tous les jours. Ça donne de grands moments de solitude encore une fois parce qu'on a l'impression qu'on ne sait plus faire notre métier, c'est là qu'on apprend et qu'on grandit. Et c'est ce qui est vraiment beau avec le design pour le service public.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
À Adeline, une compétence que tu as apprise ou découverte ?

[Adeline Celier, Designer au CNSP]
Oui mais je pense qu'il y a beaucoup de points qui rejoignent ce que vous avez pu dire déjà. Mais je te rejoins vraiment aussi Nadim sur la question de : la réussite du projet ne tient pas qu'à la conception. Et c'est marrant parce que chez nous clairement l'outil métier a une grande place. Et de fait, il y avait de vrais enjeux de conception d'interface, j'ai passé beaucoup de temps à dessiner des écrans comme un designer d'interface normal j'allais dire.

Mais en fin de compte, encore aujourd'hui, j'en parlais avec les officiers qui dirigent les équipes du CNSP pour leur rappeler que l'outil qui fonctionne bien ne réglera pas tous les problèmes. Et c'est juste une composante d'un service, d'un parc de service public, et là c'est un service de coordination de surveillance des pêches. Donc en fait, si la coordination en tant que telle (et donc la transmission d'informations entre les acteurs, les procédures de travail, si elles sont claires, la bonne coordination des équipes etc.), si tout ça n'est pas au point, on aura beau avoir une Rolls comme outil, ça ne changera pas grand-chose. En tout cas ça n'améliorera pas profondément le service.

Et donc de mon côté, je me suis retrouvée finalement à aller plus loin que ce que je pensais dans le questionnement des procédures. Et je me suis mise à utiliser un peu cette place de designer, disons avec un regard peut-être d'outsider qui... on ne sait pas trop ce qu'il fait, donc on ne se formalise pas trop de toutes les questions qu'il pose. On joue un peu d'une certaine naïveté ("On ne sait pas pourquoi ça marche comme ça, quoi ? Ça ne pourrait pas marcher plutôt comme ça ?"). Et en fin de compte, oui on prend une place du coup où on fait vraiment du design de services de façon globale. Donc on vient questionner les choses, l'outil, et c'est ça que je trouve le plus intéressant en cause, plus que de la simple stylisation d'interface. Et je pense qu'il faut vraiment pas hésiter à investir cette place de fait. Encore une fois, je pense qu'on a tous eu la chance d'avoir, de travailler avec des personnes qui sont prêtes à ça aussi. Et du coup, il ne faut pas hésiter à investir ces gens-là en tant que designer, puisque c'est une chose qui est vraiment... pour revenir sur cette idée, je pense que le design a vraiment cette chance d'être un peu l'électron libre. Il faut vraiment pas hésiter à utiliser cette place-là de trait d'union entre les spécialités dans un projet, mais de pont en fait entre les différentes parties prenantes. Et il y a presque parfois des questions RH qui émergent dans l'équipe, là ça dépasse un peu mon champ, je préfère pas trop m'en mêler. Mais en fin de compte, on sent qu'on touche à des trucs vraiment mêlés, et qui font partie aussi du projet. Donc et c'est là que ça devient intéressant.

[Coline Malivel, Designer senior à la DITP]
Merci, on va peut-être s'arrêter là pour ce soir. Voilà, c'était déjà une très riche séance autour du design et de la data, avec les quatre projets qui nous ont été présentés. On vous remercie voilà, en présence et à distance, qui ont été présents. Merci !

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  • Sensibiliser les administrations à l’approche design.
  • Présenter des projets de design de service.
  • Partager des pratiques de designers travaillant au sein du secteur public.

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