Manipulations de l’information : comment les comprendre et mieux les combattre ? 

Actualité Publié le 11 février 2026

  • Sciences Comportementales

À la demande de VIGINUM, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, la DITP a mené une vaste revue de la littérature scientifique pour répondre à plusieurs questions.

Pourquoi une fausse information se propage aussi bien qu’une vraie ? Comment l’éviter ? Le rapport « Lutter efficacement contre les manipulations de l’information », explore les racines psychologiques et sociales de la désinformation. Loin de stigmatiser la crédulité, il démontre que nos mécanismes cognitifs et nos besoins sociaux jouent un rôle clé dans notre rapport à l'information.

Pour y voir plus clair et à agir chacun à notre échelle, voici les principaux enseignements à retenir au quotidien, tant au niveau des individus que des acteurs publics ou privés.

Le travail mené vise, entre autres, à dépasser l'intuition pour fonder l'action publique sur des preuves scientifiques. Au lieu de supposer que les citoyens sont simplement « mal informés », le pôle sciences comportementales de la DITP a analysé les mécanismes cognitifs (biais de confirmation, attention, émotions…), sociaux et contextuels qui guident les interactions des individus avec l'information. Cela permet de concevoir des politiques publiques plus efficaces, comme l'ajout de « pauses réflexives » avant de partager un contenu sur les réseaux sociaux, ou l'amélioration de l'éducation aux médias.

Pas nécessairement. Le rapport souligne qu’il existe un écart entre « croire » et « partager ». On peut partager une fausse information pour des raisons sociales (pour faire rire, pour choquer, pour engager la conversation) sans pour autant être convaincu de sa véracité. Les clics et les partages sur les réseaux sociaux ne sont donc pas toujours des indicateurs fiables de l’adhésion réelle des citoyens à ces informations.

Tout dépend de l’intention de l’auteur, qui permet de distinguer trois niveaux :

  • La mésinformation : il s’agit d’une erreur. L’information est fausse, mais diffusée sans intention de nuire (par exemple une erreur de chiffre ou une rumeur partagée par ignorance).
  • La désinformation : c’est un mensonge délibéré. L’information est créée ou manipulée volontairement pour tromper ou causer du tort.
  • L’ingérence étrangère est une manipulation d’information orchestrée par un acteur étranger (État ou organisation) pour déstabiliser la démocratie, diviser la société ou discréditer les institutions.

Contrairement aux idées reçues, les individus montrent généralement une bonne capacité à discerner les vraies des fausses informations. Adhérer à une fausse information n’est pas une question de « bêtise » ou de crédulité excessive. Les études montrent que nos croyances répondent souvent à des besoins psychologiques et sociaux : un besoin de réponse, de sens face à un événement angoissant, ou d’appartenance à un groupe.

Croire et partager une information, même douteuse, est parfois une manière d’affirmer son identité ou sa loyauté envers sa communauté politique ou sociale et peut même se révéler cohérent dans certains contextes.

La vérification des faits est utile mais elle comporte des limites. Si elle peut permettre dans certains cas de corriger des croyances erronées, elle ne modifie pas toujours les attitudes ou les comportements. Pire, une correction trop succincte peut parfois renforcer la méfiance et créer un « effet rebond », surtout si elle provient d'une source envers laquelle l'individu est déjà défiant. Pour être efficace, la correction doit être détaillée, provenir d'une source perçue comme crédible par le public visé et expliquer les techniques de manipulation utilisées.

C’est une piste prometteuse appelée l'immunisation psychologique (ou pré-bunking). Le principe est d’exposer les individus à une version affaiblie d'un argument trompeur ou de leur expliquer une technique de manipulation – comme l’usage de faux experts ou de langage émotionnel – avant qu’ils n'y soient confrontés réellement. Comme un vaccin, cela active les défenses intellectuelles. Des jeux sérieux ont prouvé leur efficacité pour aiguiser l'esprit critique :

Agir uniquement sur les contenus (modération, suppression) est nécessaire mais insuffisant. Le rapport préconise une approche complémentaire. La désinformation prospère sur des terreaux favorables : la défiance envers les institutions, l'isolement social, la précarité économique ou le déclin de la presse locale. Lutter efficacement contre les manipulations de l'information, c'est aussi renforcer le lien social, soutenir le pluralisme des médias et restaurer la confiance dans l'action publique.

Pour aller plus loin : une approche scientifique au service de l'intérêt général

Si ces enseignements offrent un premier éclairage pédagogique, la lutte contre la désinformation s'appuie sur une analyse rigoureuse des mécanismes à l’œuvre dans nos sociétés. L'intégralité des recherches, les méthodologies utilisées et le détail des interventions probantes analysées par nos experts sont à découvrir dans le rapport « Lutter efficacement contre les manipulations de l’information ».

Consultez le rapport complet

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