« La présence des services publics est un fondement de notre socle républicain »

Actualité Publié le 10 juillet 2026

  • Expérience Usagers

Interview de Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture du Nord, sous préfet de l’arrondissement de Lille, chargé des services publics.

Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture du Nord, sous préfet de l’arrondissement de Lille, devant le Palais des Beaux-Arts de Lille

Dans le Nord, département le plus peuplé de France, la fonction de sous-préfet en charge des services publics prend une dimension particulière. Entre métropole dynamique, grands projets industriels et territoires confrontés à des fragilités sociales, les enjeux sont nombreux. Nous avons interviewé Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture du Nord et sous-préfet référent aux services publics depuis 2024, sur les spécificités du territoire et sur son action au service des usagers.

Le Nord présente des réalités diverses. Quelles conséquences cela a-t-il sur l’accès aux services publics ?

Le Nord est un département hors normes. C’est le plus peuplé de France et il connaît des situations très contrastées, entre la métropole lilloise, pôle majeur d’attractivité, des territoires accueillant d’importants projets industriels ou de décarbonation, mais aussi des secteurs confrontés à une forte précarité sociale ou une déprise démographique.

Dans cette si grande diversité, veiller à ce que chacun puisse accéder à des services publics de qualité, quel que soit son lieu de résidence, et quels que soient ses besoins, est un enjeu essentiel. C’est tout le défi qu’il nous faut relever dans le cadre de notre action.

Pourquoi l’accès à des services publics de qualité est aujourd’hui un enjeu si important ?

Je suis convaincu que la présence et la qualité des services publics constituent un fondement essentiel de notre pacte social et républicain. La qualité des relations entre les Français et leur État est singulière et constitue un facteur d’unité et de lien entre tous.

Les différentes crises que nous avons traversées ces dernières années ont montré combien nos concitoyens sont attachés à des services publics accessibles et proches d’eux.

Les attentes portent à la fois sur la proximité géographique et la simplicité des démarches. La dématérialisation apporte beaucoup, mais elle peut aussi créer des difficultés et un réel sentiment d’isolement. Notre responsabilité est d’éviter que la complexité des démarches ne conduise au renoncement aux droits.

Comment voyez-vous votre rôle de sous-préfet en charge des services publics ?

Mon rôle est d’animer et de coordonner l’ensemble des acteurs qui contribuent au service public : services de l’État, opérateurs, collectivités, etc. C’est à la fois un sujet de maillage territorial et d’expérience usager.

Nous devons nous assurer que les services sont accessibles, que les démarches sont compréhensibles, que les usagers trouvent le bon interlocuteur et bénéficient d’un accompagnement adapté. Et c’est majeur si nous voulons lutter contre le non-recours aux droits, ou contre le sentiment que les services publics ne sont pas au rendez-vous.

Je crois profondément, par exemple, que les maisons France services occupent une place importante dans cette stratégie de proximité. Elles sont devenues un complément indispensable à la dématérialisation. Elles permettent à chacun d’être accompagné dans ses démarches lorsqu’il en a besoin. Elles offrent aussi, et c’est un élément essentiel, le maintien d’un contact humain, si utile lorsqu’une situation est compliquée ou présente des spécificités particulières.

Mon rôle s’apparente donc à celui d’un chef d’orchestre au service du lien entre les citoyens et les nombreux acteurs qui rendent un service public.

Comment s’organise la coopération entre les différents acteurs publics du territoire ?

Dans le Nord, nous avons la chance de pouvoir compter sur une dynamique collective très positive. Le conseil départemental, les collectivités, les opérateurs et les services de l’État partagent une même volonté d’être utiles aux habitants au plus près d’eux.

Le Schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité des services au public (SDAASP) constitue depuis 10 ans à cet égard un outil précieux. Il joue un rôle pivot dans notre organisation car il permet de réunir l’ensemble des partenaires dans une même instance afin de coordonner les actions et de simplifier la gouvernance.

Quelles sont les actions menées dans le département dont vous êtes particulièrement fier ?

Nous avons récemment proposé à l’ensemble des conseillers des 55 France Services du Nord des ateliers de sensibilisation aux violences intrafamiliales, un sujet prioritaire. Puisqu’ils accueillent au quotidien de nombreux usagers, ils peuvent être amenés à détecter des signaux faibles, à repérer des situations préoccupantes et à orienter les personnes vers les structures compétentes.

Nous travaillons également sur la simplification des démarches administratives. À la préfecture, des fiches pratiques et des courriers ont été réécrits dans un langage plus clair pour rendre certaines procédures plus compréhensibles et donc plus accessibles.

Que retenez-vous de cette mission de sous-préfet en charge des services publics ?

C’est une mission particulièrement stimulante parce qu’elle conjugue organisation, innovation et relation humaine. Notre objectif est simple : faire en sorte que les services publics demeurent proches, compréhensibles et accessibles à tous. Dans un département aussi vaste et contrasté que le Nord, c’est une ambition essentielle.

Tellement essentielle que le préfet de région a désigné un référent régional aux services publics. C’est mon collègue, le secrétaire général de la Somme, qui en est chargé. Cette dimension régionale est particulièrement pertinente pour le Nord dont les liens avec les départements voisins sont extrêmement forts. Beaucoup de nos concitoyens, par exemple, vivent dans le Pas-de Calais travaillent dans le Nord et inversement. La vision interdépartementale permet aussi de partager les bonnes pratiques. Les frontières administratives ne doivent pas être bloquantes pour les usagers.

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