Journée des labs : innovons avec l’intelligence artificielle 

Actualité Publié le 1 juillet 2025

  • Innovation publique

Le 20 juin dernier, la DITP a réuni le réseau des laboratoires d’innovation publique, dans le cadre de la Journée des labs sur le thème de l’intelligence artificielle.

Les membres du réseau des laboratoires d’innovation publique réunis au Lieu de la transformation publique.

A l’heure où l’action publique se saisit de plus en plus de l’intelligence artificielle (IA), la DITP accompagne le réseau des laboratoires d’innovation publique dans cette transformation. Les représentants d’une centaine de laboratoires se sont réunis au Lieu de la transformation publique afin de se rencontrer, partager, progresser, s’inspirer. L’occasion pour les participants de mieux comprendre les opportunités, limites et responsabilités liées à l’utilisation de l’IA.

Journée des labs : innovons avec l’intelligence artificielle

Journée des labs : innovons avec l’intelligence artificielle

La DITP présente La Journée des labs : innovons avec l'intelligence artificielle - 20 juin 2025

Grégoire Tirot, chef du service innovation et participation citoyenne : Aujourd'hui, l'intelligence artificielle est au cœur de l'innovation publique. Les laboratoires d'innovation publique sont par leur nature même en première ligne pour tester, utiliser ces nouvelles technologies.

Quel est le rôle du réseau des labs d'innovation publique ?

Grégoire Tirot : La direction interministérielle de la transformation publique anime un réseau de 140 laboratoires d'innovation publique. Et pour se faire, elle organise des journées inspirationnelles, des journées d'échange trois fois par an pour les aider à partager, échanger sur des projets, des expériences, de nouvelles compétences comme c'est le cas aujourd'hui sur l'intelligence artificielle.

Quels défis et opportunités l'IA ouvre-t-elle pour l'innovation publique ?

Vincent Roberti, directeur des services numériques et de la stratégie de la donnée (UNEDIC) : Les enjeux pour l'innovation publique concernant l'IA, c'est avant tout le dialogue social. Il faut parler, il faut échanger avec tous ceux qui vont avoir demain un emploi qui va être transformé par l'arrivée de l'IA, qu'elle soit générative ou pas. Il faut définir ses valeurs, sécuriser son éthique d'usage de l'IA.

Laurence Devillers, professeur en intelligence artificielle à Sorbonne Université et chercheur au LIMSI-CNRS : L’enjeu majeur en fait, c'est à mon avis d'être en intelligence collective, c'est-à-dire de créer des cercles, des conventions ou des façons de procéder qui nous permettent d'avoir une meilleure compréhension de ce que font ces outils.

Sébastien Marius-Butali, responsable du laboratoire d'innovation de la CAF du Rhône : On a présenté tout à l'heure lors d'un atelier des jeux sérieux autour de de l'IA générative. L'idée c'est de permettre à chacun à chaque collaborateur de comprendre comment fonctionne cette technologie. On accompagne aussi les collègues managers avec des formations prompt engineering de telle manière aussi qu'ils puissent expérimenter avec les outils qui sont mis à disposition. Et on est aujourd'hui sur une étape où on essaie d'écouter les métiers pour pouvoir identifier dans leur quotidien où l’IA pourrait trouver sa place.

Comment ces rencontres accélèrent-elles les coopérations autour de l'IA ?

Grégoire Tirot : On voit bien que l'intelligence artificielle peut être une solution. Mais pour ce faire, pour que cette intelligence artificielle puisse nous aider à transformer notre action publique, à la rendre plus efficace, il nous faut apprendre à l'utiliser, à l'apprivoiser. Et donc c'est quelque part la vocation de ces laboratoires d'innovation publique qui ont déjà testé pour un certain nombre d'entre eux ces IA au travers de tests, de petits projets. Et donc la question c'est de savoir comment on peut utiliser au mieux ces nouvelles technologies au service de l'action publique.

Vous souhaitez en savoir plus sur les laboratoires d'innovation publique ? Rendez-vous sur modernisation.gouv.fr

Comprendre l’IA pour un meilleur usage

L’événement s’est ouvert par une intervention de Laurent Marcangeli, ministre de l'Action publique, de la Fonction publique et de la Simplification, qui a mis en lumière les enjeux de l’intelligence artificielle pour l’action publique et souligné l’importance de la mobilisation des laboratoires d’innovation publique. Il a apporté un éclairage historique, permettant de contextualiser les échanges.

Après une mise en perspective de Jean-Paul Haton sur l’histoire et les principes de fonctionnement de l’IA, la table ronde de la matinée a réuni Martin Ulbrich (Commission européenne), Vincent Roberti (Unedic), Elsa Le Duigou (DINUM) et Laurent Blanc (DITP). Les discussions ont mis en évidence les enjeux réglementaires, l’intégration progressive dans les services publics, l’impact sur les métiers et la place de l’humain. Une attention particulière a été portée à la souveraineté numérique, à la maîtrise des données et à l’appropriation par les agents. 

Prototyper, expérimenter, débattre et partager pour se saisir de l’IA 

Après avoir réalisé une cartographie de leurs usages actuels et idéaux de l’IA, les laboratoires d’innovation publique ont découvert et testé une dizaine d’outils et ressources d’acculturation. Qu’ils soient débutants ou experts, les participants ont pu débattre, jouer et modéliser autour d’ateliers et jeux sérieux : Compar:IA, la Malette IA, Espas’IA, Aïe Aïe IA, Jeux à Débattre L’IA etc. Ces formats ludiques ont permis de désacraliser l’IA et de mieux en comprendre les ressorts, les biais et les effets souvent inattendus.

Une dizaine de labs, plus matures sur l’IA, ont également partagé la diversité de leurs expérimentations : usages dans les tâches professionnelles, acculturations des agents, développement d’outils intégrant l’IA, etc. Que ce soit pour le traitement des dossiers administratifs, la création de supports de valorisation, la capitalisation des retours d’expérience, l’élaboration de scénarios prospectifs ou l’analyse à grande échelle, l’IA représente une opportunité dont plusieurs labs se sont déjà saisi.

Penser les limites et interroger les finalités de l’IA

Cette journée était également l’occasion de prendre du recul pour les représentants des labs dans leur usage actuel et potentiel de l’IA. Lors de la table-ronde de l’après-midi, Laurence Devillers (Sorbonne Université-CNRS), Antoine Mestrallet (Sciences Po Paris), Soizic Pénicaud (Observatoire des algorithmes publics) et Gauthier Roussilhe (RMIT) se sont interrogés sur les impacts et limites de l’IA générative. Le coût écologique, les implications sociales, les enjeux économiques, les considérations éthiques, les biais systémiques ainsi que les spécificités du positionnement des agents publics ont rythmé les échanges. Les intervenants ont invité les laboratoires à garder un esprit critique et à être vigilants sur leurs usages, tout en veillant à être transparents auprès des usagers lorsque l’IA est employée.

« Utiliser l’IA, c’est comme lorsque vous lancez un jeu de dés, il y a de l’aléatoire, vous n’êtes donc pas sûr que la réponse qu’il va donner soit juste. »

Laurence Devillers, professeure en IA et en informatique appliquée aux sciences sociales

Structuration de l’écosystème et objectif de frugalité des modèles et des usages

Au fil des interventions, un consensus a émergé, l’IA n’est ni une baguette magique ni une menace en soi, mais un outil puissant à condition d’en maîtriser les usages, les biais et les impacts.

Partant de ce constat, les participants se sont organisés autour d’un atelier de co-écriture d’un manifeste sur l’usage de l’IA par les labs. Ils y ont formulé leurs engagements, identifié les écueils à éviter et proposé des valeurs partagées.

La Journée des labs a ainsi permis de cartographier les expérimentations en cours et d’identifier les besoins pour structurer l’écosystème : mutualisation des pratiques, capitalisation sur les projets passés et production de ressources… Les laboratoires d’innovation publique apparaissent comme des acteurs essentiels pour expérimenter, documenter et encadrer les usages de l’IA, au plus près des besoins des usagers comme des agents.

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