Comment renforcer la qualité de l’accompagnement des femmes victimes de violences avec les acteurs de terrain ?

Actualité Publié le 24 novembre 2025

  • Design de service

La préfecture Auvergne-Rhône-Alpes a sollicité son lab Archipel et le pôle design de la DITP pour transformer les interventions d’acteurs multiples en un parcours fluide et coordonné pour les femmes victimes de violences.

Sonia Germain, déléguée aux droits des femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes à la Préfecture du Rhône, et Sandrine Pirolles, cheffe de projet design de services à la Direction interministérielle de la transformation publique.

Interview avec Sonia Germain, déléguée aux droits des femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes à la Préfecture du Rhône, et Sandrine Pirolles, cheffe de projet design de services à la Direction interministérielle de la transformation publique. Elles nous expliquent comment la préfecture Auvergne-Rhône-Alpes, le Lab Archipel de la Préfecture et le pôle design de la DITP ont travaillé afin de renforcer l’efficacité de la prise en charge et de l'orientation des femmes victimes de violences par conjoint ou ex-conjoint.

Quelle est la genèse de ce projet ? A quelles problématiques de coordination étiez-vous confrontée avant ces travaux et quels étaient vos enjeux ?

Sonia Germain : Le projet a démarré au début de l’année 2024 dans le cadre des priorités gouvernementales « Mieux protéger et accompagner les femmes victimes de violences ». Très vite, nous avons constaté que l’accompagnement des victimes est, par essence, pluridisciplinaire. Il mobilise la justice, les forces de sécurité, le secteur social, juridique, sanitaire, l’éducation, etc. Cette diversité nécessite une très bonne interconnaissance entre les professionnels.

Dans le Rhône, et plus particulièrement dans la zone métropolitaine de Lyon, nous nous sommes heurtés à une double difficulté : d’une part, la richesse des dispositifs disponibles rendait la compréhension et la lisibilité globales relativement complexes. D'autre part, certains dispositifs étaient encore insuffisamment connus, par exemple les centres de prise en charge ou l’ordonnance de protection. Tout cela avait des conséquences concrètes : les parcours des victimes se révélaient parfois trop complexes et morcelés.

Nous avons donc défini un objectif clair à déployer sur plusieurs années : améliorer le repérage et l’accompagnement des femmes victimes, des enfants co-victimes et améliorer la prise en charge des auteurs. Il s'agissait de fluidifier l’articulation entre les professionnels et renforcer la qualité de l’accompagnement. Pour cela, il nous fallait des outils permettant de formaliser des parcours concrets et développer une co-construction de solutions opérationnelles sur le terrain. C’est dans cet esprit que nous avons sollicité le Lab Archipel ainsi que l’expertise en design de la DITP. Leur approche nous permettait à la fois de structurer, de simplifier et d’outiller durablement les acteurs locaux pour qu’ils puissent mieux agir ensemble.

Quelle méthode avez-vous mise en œuvre pour répondre aux besoins exprimés ? A quoi avez-vous abouti ?

Sandrine Pirolles : Notre méthode s’est appuyée sur le design de services publics, avec la volonté de placer le vécu des femmes au centre de la démarche. Après un atelier de travail en intelligence collective visant à identifier les champs d’action de 60 professionnels, l’étape clé a été la modélisation des parcours. Nous avons créé trois récits de vie, ou personæ (Élise, Maria, Léa), construits à partir de témoignages permettant de prendre en compte la diversité, la complexité et la représentativité des situations de femmes réelles. Cette modélisation nous a permis d'atteindre plusieurs objectifs :

  • identifier le rôle de chaque acteur dans la chaîne de prise en charge ;
  • comprendre les limites d’accompagnement auxquelles les acteurs sont confrontés ;
  • imaginer collectivement des réponses à expérimenter ou à actionner sur le terrain.

Ces travaux ont abouti à la création de deux outils principaux : une cartographie des acteurs métropolitains de Lyon dans le champs de la lutte contre les violences faites aux femmes, et les parcours de femmes, également déclinés en vidéos (les cycles de violence, les processus d’emprise et la prise en charge des auteurs (Élise), l’emprise et la cyberviolence chez les jeunes (Léa), ou bien la détection et l’accompagnement des enfants et la coparentalité après procès (Maria)). qui rendent tangibles les étapes de vie des femmes victimes de violences et qui ont été généralisées pour être réplicables sur tout le territoire.

Comment ces deux outils ont-ils permis d'aboutir à des solutions concrètes pour les acteurs de la prise en charge des femmes victimes de violences ?

Sonia Germain : Ces outils sont avant tout des supports de sensibilisation, de médiation et d’aide à la décision pour les professionnels. La cartographie des acteurs métropolitains permet aux professionnels d’identifier plus facilement les interlocuteurs, leurs périmètres d’intervention mais aussi les relais et les dispositifs à mobiliser. Plus qu'un inventaire, c'est un outil au service des territoires.

Les parcours permettent de comprendre ceux des victimes : lorsqu’elles sont imprimées, les frises font jusqu’à 3 mètres ! Elles permettent d’identifier les différentes étapes des cycles de violences. 

Dans le cadre de groupes de travail pluridisciplinaires animés par le Lab Archipel, ces deux outils ont servis à la création de deux nouvelles ressources :

  • un guide et une grille de repérage des violences conjugales (victimes/enfants co-victimes/auteurs) à destination de tous les professionnels de terrain ;
  • des recommandations et des bonnes pratiques pour mettre en place des réseaux VIF (violences intrafamiliales, sexistes et sexuelles).

Quels sont vos espoirs pour le futur de ce projet ?

Sandrine Pirolles : Du point de vue du design public, j'espère que cette méthode de modélisation des parcours de vie pourra servir d’inspiration à la conception de solutions multisectorielles, en particulier sur les sujets complexes et sensibles comme celui-ci. Ce travail a démontré que rendre l'expérience usager tangible est la condition sine qua non. Ceci permet de garantir que les solutions co-construites sont faciles à mettre en œuvre et fluidifient le parcours des usagers. Plusieurs objectifs sont aujourd'hui atteints : 

  1. Partager de l’information, sensibiliser, et former, afin que les professionnels (associations, agences régionales de santé, professionnels de santé, de justice, de sécurité, d’enseignement, etc.) appréhendent toutes les étapes de détection, d’accompagnement et/ou d’orientation des femmes victimes de violences.
  2. Soutenir et faciliter la co-construction d’une stratégie départementale ou régionale. Objectif : créer un réseau et l'outiller, dresser le diagnostic de son territoire, co-créer des actions et solutions, structurer les expérimentations, soutenir le déploiement et l’essaimage d'une stratégie sur le territoire

Sonia Germain : Même si cette démarche a été construite à partir des besoins du Grand Lyon, nous avons la conviction qu’elle peut être adaptée et déclinée sur d’autres territoires, quels que soient leurs organisations ou leurs contextes. Les outils que nous avons développés ont été pensés pour être modulables et transférables.

Dans le Rhône, nous inscrivons ce travail dans une dynamique à long terme. Notre ambition est d’offrir aux professionnels des réponses adaptées aux situations rencontrées. Plusieurs étapes sont d'ailleurs déjà engagées :

  • poursuivre les actions de sensibilisation et de formation : un séminaire consacré au cycle des violences a réuni 80 professionnels du territoire le 24 novembre 2025 ;
  • lancer un podcast consacré aux violences conjugales “L’État agit pour vous”, présenté le 25 novembre. Il sera complété par d’autres podcasts thématiques, identifiés par les professionnels comme nécessaires à l’accompagnement des femmes victimes de violences et à la prise en charge des auteurs ;
  • expérimenter le guide de repérage des violences jusqu’à fin mars 2026, auprès d’un panel de professionnels volontaires. Nous espérons pouvoir en assurer une diffusion plus large dès juin 2026.
  • mettre en place des webinaires mensuels, organisés sur la pause méridienne, afin de permettre aux professionnels de poser leurs questions et de mieux s’approprier les outils.

Notre objectif est de consolider un cadre local cohérent, évolutif et structurant, qui facilite le travail des professionnels et renforce la protection des victimes, des enfants co-victimes et la prise en charge des auteurs.

Découvrir les resources pour améliorer la coordination des acteurs de la lutte contre les violences faites aux femmes

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