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L'administration change avec le numérique

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Un système d’information unique pour l’État : rencontre avec Jacques Marzin, DISIC
25.09.14
Système d'information de l'Etat

Le décret du 1er août 2014 relatif au système d'information (SI) et de communication de l'État place les différents SI ministériels sous la responsabilité du Premier ministre. Désormais unique, l’informatique de l’Etat gagnera en interopérabilité, en rationalisation des infrastructures et en transparence des coûts. Il sera piloté par la direction interministérielle des systèmes d’information et communication (DISIC). Parole à son directeur, Jacques Marzin.

À quels besoins répond ce décret ?

Jacques Marzin, Directeur de la DISIC.Jacques Marzin. Il traduit une prise de conscience, fruit d’une réflexion interministérielle qui a mûri depuis la création de la DISIC et les travaux avec les directions des systèmes d’information (DSI) des ministères. Collectivement, nous nous sommes accordés sur le fait qu’il n’y avait pas 10, mais bien un seul SI de l’État. Dès lors, il ne peut être piloté que par le Premier ministre. L’intérêt de ce pilotage équivalent à celui d’une DSI groupe est double. Premièrement, il existe désormais un lieu unique où est conçue la stratégie numérique et l’architecture informatique de l’État. Ces deux éléments sont fondamentaux dans la mesure où ils impactent la nature des services délivrés aux citoyens et aux entreprises.

Deuxièmement, ce lieu permettra de fédérer les compétences des quelque 20 000 informaticiens de l'État. Elles sont extrêmement riches et donnent lieu à des travaux remarquables. Pour autant, cette expertise n’est pas suffisamment partagée du fait de l’éloignement des DSI des ministères.

Pour gagner en homogénéisation et en fiabilité, […] il faudra partager une vision transverse de l’architecture.

 

Par quoi se traduit cette stratégie numérique de l’État ?

Jacques Marzin. Par la délivrance de services publics sans couture pour l’usager. Le décret de 1986 qui rendait chaque ministère responsable de son SI est daté. A l’époque, les SI ministériels étaient centrés sur des problématiques de backoffice dont l’une des missions était de générer des impressions de masse pour les démarches administratives des citoyens et des entreprises. Loin donc des traitements multicanaux (web, smartphone, guichet, etc) que l’usager attend aujourd’hui.

Malgré quelques exceptions notables, la grande majorité des ministères ne fournit pas de services publics de bout en bout de façon autonome. Autrement dit, ces services ont tous une dimension inter-administrative. Or beaucoup sont perfectibles en matière d’architecture, de sécurité, de cohérence ou de sémantique. Pour gagner en homogénéisation et en fiabilité, le déploiement de simples règles d’interopérabilité ne suffira pas. Il faudra partager une vision transverse de l’architecture. A l’image des travaux réalisés par le SGMAP avec le programme « Dites-le-nous une fois ».

Nous voulons à terme que les ministères s’alignent sur les meilleures pratiques de leurs pairs.

 

Comment allez-vous travailler avec les ministères ?

Jacques Marzin. Nous instruirons avec eux les projets dont le ROI justifie ou non une mutualisation. Car dans certains cas, la diversité doit être préservée. Nous leur fournirons par ailleurs des délais de ralliement. Mais eux seuls décideront du moment. C’est ce qui s’est passé avec le réseau interministériel de l’État (RIE) : les ministères s’y sont raccordés selon leurs propres agendas.

Le décret prévoit également que les ministères nous transmettent des plans d’investissements relatifs aux projets informatiques. Il n’est pas question d’arrêter des chantiers mais bien de les sécuriser en termes de coûts et de délais, voire, si besoin, de les aider à rectifier le tir le plus tôt possible.

Avec ces plans d’investissement, nous disposerons d’une vision consolidée des projets ministériels. Nous voulons à terme que les ministères s’alignent sur les meilleures pratiques de leurs pairs, notamment en matière de gestion de la sous-traitance ou de portefeuilles de projets, pour ne citer que deux activités essentielles.

Aujourd’hui, nous avons beaucoup de difficultés à comparer les coûts des différents systèmes de messagerie des ministères… Dans le futur, nous serons en mesure d’établir des bases de comparaison pour confronter les solutions techniques et organisationnelles adoptées chez les uns et les autres.

 

Est-ce la première fois que les ministères sont confrontés à ces enjeux de mutualisation de l’informatique ?

Jacques Marzin. Ce n’est pas une première. Le décret traduit d’ailleurs une part de réalité : les ministères ne gèrent déjà plus eux-mêmes leur système d’information financière, depuis que l’ensemble des systèmes de gestion des dépenses de l’État a été confié à l’Agence pour l'informatique financière de l'État (AIFE). De la même façon, avec le RIE, les ministères ne pilotent plus eux-mêmes leur réseau, opéré désormais par la DISIC.

Nous souhaitons ardemment que les équipes continuent d’innover, mais que cela se sache et profite à d’autres.

 

Avec ce décret, les ministères ne vont-ils pas perdre en indépendance d’initiative ?

Jacques Marzin. Certainement pas. Notre volonté n’est pas de concentrer l'informatique des ministères autour des services du Premier ministre, ni de construire une DSI géante, ni encore de dessaisir les ministères de leur responsabilité opérationnelle sur leur SI, ni enfin de brider toute démarche d’innovation. Bien au contraire, nous souhaitons ardemment que les équipes continuent d’innover, et que cela se sache et profite à d’autres. Le décret entérine l’idée que l'État raisonne son SI globalement. La DISIC, elle, restera une DSI stratégique, et non opérationnelle. Elle entend d’ailleurs déléguer à des ministères la responsabilité de gérer, pour le compte d’autres ministères, des pans entiers du SI.

Il faut une stratégie centrale pour […] coordonner et financer cette modernisation.

 

Un système d'information unique pour l’État favorisera-t-il la modernisation voire le remplacement des systèmes d’information historiques ?

Jacques Marzin. Sans aucun doute. Aujourd’hui, l’une des difficultés de la modernisation du SI tient à la résorption de cet héritage informatique. L’État compte encore de grands systèmes de type « mainframe » sur lesquels sont exploitées des applications développées dans les années 70.  

Une tendance « cour-termiste » consiste à créer des applications de « revamping » qui masquent la vétusté de ces systèmes. Mais cette pratique ne fait que renforcer la dette technologique. Il faudra désormais une stratégie centrale pour faire disparaître ces poches d’ancienneté, coordonner et financer cette modernisation. Il en va de la défense du SI.

 

À quand un système d'information de l’État interopérable ?

Jacques Marzin. Pour très bientôt. Après le temps juridique, le temps architectural. Nous conduisons actuellement un projet, « l’État plateforme », que nous allons soumettre à la critique interne et externe dans les semaines à venir. Il repose sur une architecture d’échange de données entre administrations basée sur des API ouvertes et sécurisées. Fondamentalement, elle permettra la fourniture de nouveaux services publics numériques facilitant les démarches administratives des usagers. Ces services, et ces applications multicanales, pourront être développés par un écosystème varié : administration, secteur associatif, secteur privé... L’usager, lui, sera en permanence maître de ses données personnelles. Par exemple, il autorisera ou non leur circulation entre les administrations.

En pratique, dans les mois à venir, plusieurs composants constitutifs de l’État plateforme verront le jour : France Connect, un système d’authentification de l’usager reconnu par toutes les administrations, une place de marché pour référencer les services et une forge pour stocker les librairies informatiques nécessaires à l’appel de ces services. 

 

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