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L'administration change avec le numérique

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Un nouveau Mareva pour mieux calculer la valeur des projets informatiques de l’administration
17.04.15
MAREVA

Comment déceler la valeur d’un projet informatique quand elle ne se traduit pas uniquement en termes financiers ? Pour relever ce défi, les administrations peuvent compter sur Mareva, une méthodologie d’évaluation des chantiers informatiques de l’administration. Mise à jour par la DISIC, la DSI de l’Etat, cette grille d’analyse cible aussi bien les volets économique, que fonctionnel et stratégique. Entretien avec Rémy Mazzocchi, chargé de l’évaluation et de la sécurisation des projets SI de l’Etat à la DISIC, au sein du SGMAP.

QU’EST-CE QUE MAREVA ?

Rémy Mazzocchi. Mareva (Méthode d’Analyse et de REmontée de la Valeur), est une méthodologie permettant de mesurer la valeur des projets informatiques, spécialement adaptée à la sphère publique. Dans le secteur privé, cette valeur est aisée à évaluer car elle dépend souvent du chiffre d’affaire généré. L’exercice est plus délicat en l’absence de démarches transactionnelles, comme dans la plupart des projets de l’administration.

Dans ce contexte, Mareva fournit une grille d’analyse couvrant l’ensemble des gains attendus pour un projet mené dans le secteur public, sur les plans économique, fonctionnel mais aussi stratégique. Ces gains sont mesurés, justifiés et clairement formalisés.
 

LA DIRECTION INTERMINISTÉRIELLE DES SYSTÈMES D’INFORMATION ET DE COMMUNICATION (DISIC) VIENT DE METTRE À JOUR MAREVA, QU’APPORTE CETTE NOUVELLE VERSION PAR RAPPORT À LA PRÉCÉDENTE ?

Rémy Mazzocchi. Elle renforce considérablement l’analyse du volet stratégique. Dans les faits, elle permet d’évaluer la qualité du service rendu, les conditions de travail, les leviers de transformation, les besoins réglementaires, le respect du schéma directeur de la direction des systèmes d’information (DSI) concernée, la sécurité informatique, la réduction de la dette technique, les impacts métiers, la dépense, la durée de vie du projet ou encore les coûts de fonctionnement.
 

LA MÉTHODE MAREVA VA-T-ELLE AMÉLIORER LE TAUX DE RÉUSSITE DES PROJETS ?

Rémy Mazzocchi. C’est l’objectif. La plupart des échecs résultent du même schéma : un manque de corrélation entre d’une part les ambitions initiales des projets et d’autre part leur résultat, avec leur impact fonctionnel et économique.
Mareva s’attache précisément à combler ce fossé, en limitant les écueils les plus courants comme l’inflation des coûts de développement et d’hébergement, la sous-estimation des contraintes d’exploitation et de maintenance ou le manque d’anticipation des ressources. Il met ainsi à l’abri de mauvaises surprises tant les équipes projet que les décideurs.
 

CONCRÈTEMENT, COMMENT EST CALCULÉE LA VALEUR DES PROJETS INFORMATIQUES AVEC MAREVA ?

Rémy Mazzocchi. Elle est obtenue en additionnant les notes attribuées à chacun des paramètres stratégiques et économiques de Mareva. Ces paramètres - une trentaine en tout - ciblent l’ensemble des aspects et des parties prenantes du projet. C’est là toute la force de Mareva. Dans le cadre du déploiement d’un nouveau service public numérique, ils mesureront par exemple le temps économisé par l’usager ainsi que le taux d’utilisation du service.
 

LES NOTES ATTRIBUÉES PAR MAREVA VISENT DONC À RESPONSABILISER LES DIRECTIONS DE PROJET…

Rémy Mazzocchi. C’est juste. Mais pas seulement. Elles donnent également un moyen d’objectiver les résultats obtenus. Notés, les projets se prêtent désormais à la comparaison. Celle-ci a trois vertus. Elle est précieuse lorsqu’une direction cherche à prioriser ses chantiers. Un même canevas sert alors à les évaluer et à sélectionner ceux qui génèrent des gains en ligne avec les priorités (contraintes réglementaires, besoin de transformation, qualité de service, etc).

Ensuite, la comparaison aide à évaluer plusieurs scénarios d’un même projet. L’un peut être modeste, l’autre plus ambitieux, car mobilisant davantage de moyens et fournissant plus de services. Dans ce contexte, Mareva décèle le scénario dont la valeur est la plus élevée. Toutefois, celle-ci doit être systématiquement complétée par une analyse de la faisabilité des scénarios (fonction de la gouvernance, de la réalisation et des délais).

Enfin, les notations de Mareva et leur représentation graphique (sous forme de radars) aident à suivre l’évolution d’un projet dans le temps. En identifiant notamment ses dérives potentielles par rapport à la cible initiale mais également de mettre en lumière les belles réussites de l’administration.
 

QUELLE EST LA PROCHAINE ÉTAPE POUR MAREVA ?

Rémy Mazzocchi. Cette nouvelle version a déjà fait l’objet de formations dans la plupart des ministères. 150 directeurs et chefs de projet sont déjà rompus à l’alimentation des tableaux et à l’interprétation des graphiques de Mareva (documentation disponible en ligne). L’idée étant de rendre les ministères totalement autonomes dans l’application de la méthodologie.

Nous sommes actuellement en train de concevoir une version allégée de Mareva. C’est-à-dire applicable très en amont des projets, au stade où les données sont encore manquantes ou hypothétiques. Lancée au premier semestre 2015, ce « Mareva light » s’appuiera sur des ratios pré-calculés, issus du retour d’expérience d’une centaine de projets déjà réalisés. Ces tables renseignent par exemple sur les coûts moyens de la masse salariale par catégorie ou sur la répartition des dépenses selon les étapes des projets. Ce Mareva allégé est idéal pour faire ressortir des tendances et « préparer le terrain » pour un Mareva plus complet et détaillé. Enfin, cette version allégée se prêtera particulièrement bien aux projets menés en mode agile et à leurs itérations successives.

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