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Action Publique 2022

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Chantiers transverses AP22 : l'interview de Thomas Cazenave
14.06.18
Rencontre avec le délégué interministériel à la transformation publique, Thomas Cazenave

Cinq chantiers dits « transverses » - car s’appliquant à l’ensemble des administrations – sont conduits dans le cadre d’Action Publique 2022 : simplification et amélioration de la qualité des services, rénovation du cadre des ressources humaines, transformation numérique, modernisation de la gestion budgétaire et comptable et organisation territoriale des services publics ;  des thématiques à fort enjeu pour des milliers d’agents publics. Les mesures issues de ces travaux constitueront les conditions du succès, dans la durée, des futurs plans de transformation. Cinq mois après les premières annonces du comité interministériel à la transformation publique, comment s’attelle-t-on à simplifier et améliorer la qualité des services rendus aux usagers ? L'interview de Thomas Cazenave, délégué interministériel à la transformation publique et pilote de ce chantier interministériel.

Comment avez-vous abordé le chantier « simplification et amélioration de la qualité de service » ? 

D’abord, avec la conviction que le défi de la simplification administrative est toujours d’actualité ! La complexité de notre droit ainsi que la lourdeur de nos procédures administratives pèsent sur la compétitivité des entreprises et la vie de nos citoyens. Elle est également ressentie par les agents publics, ce qui est préjudiciable à l’efficacité de l’action publique, alors même que les usagers expriment des attentes très fortes en termes de performance des services publics (ndlr : voir les principaux enseignements de la consultation du Forum de l’Action Publique). Sur la base des expériences passées, nous pensons aussi que la politique de simplification administrative doit être plus cohérente, produire des résultats plus rapides et visibles et reposer sur un engagement très fort des ministères

 

Un facteur clé du succès du chantier simplification réside donc dans la mobilisation des ministères ?

Je dirais même que les ministères doivent être un moteur dans cette démarche de simplification. Les tentatives précédentes de simplification conservent, auprès des ministères, l’image d’une charge de travail accrue avec des résultats finalement jugés peu flagrants. 
Nous avons ainsi  demandé à chacun d’entre eux, dès fin 2017, de s’approprier cette politique et d’élaborer un document d’orientation stratégique assez libre, afin qu’ils identifient dans leurs périmètres respectifs les principales complexités perçues, par les usagers, par les services déconcentrés… Le sens de l’exercice étant d’identifier les normes et les démarches à simplifier prioritairement afin d’obtenir des résultats très concrets. Fort de ces contributions, la direction interministérielle de la transformation publique (DITP) les accompagne aujourd’hui dans l’élaboration des volets « simplification et qualité de service » de leurs plans de transformation ministériels. Nous proposons aussi de les accompagner sur quelques projets emblématiques, comme c’est le cas avec le ministère de la justice sur la simplification et la dématérialisation de l’aide juridictionnelle.

 

Pouvez-vous nous décrire votre méthodologie ?

La DITP a mis au point une méthodologie fondée sur l’analyse de politiques publiques. Le principe est d’étudier une politique publique dans sa globalité, avec une approche centrée sur les parcours de vie des bénéficiaires. C'est pourquoi, nous interrogeons régulièrement les usagers, au travers d’un baromètre, pour comprendre leurs attentes, prioriser lesactions, mais aussi évaluer l'impact sur leur vie quotidienne. Cela nous permet de dépasser les logiques administratives, souvent cloisonnées, pour apporter des réponses concrètes et co-construites. C’est cette méthode robuste que nous avons encore employée récemment dans le cadre l’élaboration du rapport « Plus simple la vie »  (ndlr : un rapport de 113 propositions pour simplifier le quotidien des personnes en situation de handicap, remis au Premier ministre en mai dernier).

 

La DITP conduit-elle des actions « en propre » au-delà de ce travail de mobilisation des ministères ?

En effet, nous avons initié plusieurs chantiers ces derniers mois, comme celui de la transparence sur la performance et la qualité des services publics et sur la satisfaction des usagers ou encore la relance du dispositif France expérimentation.

 

France Expérimentation est l’expression de cette démarche volontariste élargie aux acteurs économiques ?

Tout à fait. Le programme France expérimentation vise à offrir aux acteurs économiques  la possibilité d’exprimer leurs besoins d’adaptation des normes et des procédures administratives. Le dispositif vient d’être rénové et élargi au domaine législatif, sous forme d'appel à projet expérimentation, en plus des dérogations réglementaires (ouvert en continu). Les dispositions expérimentales retenues seront inscrites dans la loi.

 

Le Premier ministre a annoncé lors du dernier CITP la publication d’une première vague d’indicateurs de résultats et de qualité de service dans le courant de l’année…Qu’en est-il ?

En effet, cet engagement se traduit par l’obligation pour tous les services accueillant du public de rendre compte de la qualité des services qu’ils délivrent en affichant des indicateurs de performance et de satisfaction à l’horizon 2020. Depuis février dernier, des travaux ont été engagés avec une vingtaine de réseaux pour formaliser les premières feuilles de route de publication et co-construire le cadre méthodologique commun avec l’appui des équipes de la DITP. L’ambition commune, c’est rendre compte aux citoyens de nos résultats, pour renforcer la relation de confiance entre les usagers et les services publics. C’est aussi nouer un dialogue sincère à partir de données de proximité, fiables, pertinentes pour l’usager et facilement accessibles. Les premiers indicateurs devraient être affichés d'ici la fin de l'année . Nous restons sur un calendrier ambitieux, celui d’un déploiement progressif à toutes les administrations accueillant du public pour 2020.